15/4/2012 [L’astrologie et la question du point vernal]

Il est intéressant de noter que l’on nous dit que le zodiaque est calé sur le point vernal alors que le dispositif des domiciles l’est sur l’axe solsticial. En fait, comme on l’a montré dans de précédents textes, le dispositif des exaltations qui est complémentaire est bien, quant à lui, articulé sur l’axe des équinoxes. Si l’on ajoute que ces axes ont nécessairement une contre partie à l’autre extrémité du zodiaque, nous avons bien un système basé sur le quatre. A l’opposé des luminaires se place en effet Saturne et plus largement les planètes « extérieures » à l’orbite de la Terre.

C’est pourquoi nous pensons que la question du point vernal est un faux problème car tout ne dépend pas d’un seul et unique repère. Nous ajouterons qu’il est probable que de tels repères aient d’abord été associés à des étoiles fixes et non à des abstractions comme c’est le cas du point vernal. Par ailleurs, nous ne pensons pas qu’il faille d’entrée de jeu distinguer entre ces quatre points sidéraux pas plus qu’il ne faut distinguer une semaine d’une autre, un mois d’un autre. L’astrologie transcende la question des saisons (cf. l’école Ebertin, outre Rhin, la « Kosmobiologie »), ce qui dépasse la question des deux hémisphères (nord, sud).

L’existence de quatre étoiles fixes, qualifiées de « royales » va bien entendu dans ce sens, à savoir que le passage sur une nouvelle étoile royale enclenche un nouveau cycle. Cela signifie que le cycle d’une planète n’implique pas nécessairement son retour sur le même point sidéral. En ce sens, l’on peut diviser le cycle astronomique de Saturne en quatre cycles de 7 ans, en rapport avec les 4 étoiles fixes royales. Ce qui constitue un cycle est identique pour toute planète ou tout luminaire, à savoir le passage sur une des 4 étoiles « cardinales » et non en conjonction avec telle ou telle planète (comme le prônent actuellement la plupart de ceux qui travaillent en astrologie mondiale et/ou cyclique, comme Yves Lenoble).

Les astrologues sidéralistes qui s’en tiennent à une certaine étoile de la constellation du Bélier pour installer leur zodiaque dans son ensemble font fausse route. Celui-ci doit se constituer sur 4 étoiles fixes qui enclenchent chaque fois un nouveau cycle pour la planète considérée. Cela signifie aussi qu’il faut cesser de s’intéresser au symbolisme des 12 signes zodiacaux et en fait quasiment à quelque symbolisme que ce soit, celui-ci étant contingent et susceptible d’être remplacé par d’autres représentations mieux maîtrisées. Le paradoxe de la reconstitution des symbolismes, c’est qu’une fois que le travail est effectué, cela permet de s’émanciper de leur emprise du fait que l’on en saisit le caractère aléatoire. Tant qu’une série symbolique reste opaque, elle tend à se maintenir indéfiniment car on ne peut lui trouver d’équivalent. En fait, l’astrologie n’a pas pour autant ignoré la symbolique des saisons, celle du jour et de la nuit, celle des phases de la Lune mais elle les a intégrées à sa façon pour structurer sa notion même de cyclicité.

En revanche, si effectivement chaque cycle équivaut au précédent et/ou au suivant, on peut tout à fait introduire une dialectique yin yang à l’intérieur de chaque cycle, soit deux phases complémentaires que l’on pourra qualifier de féminine et de masculine, de vénusienne et de martienne, comme on voudra, l’essentiel étant de se comprendre.

On aura réalisé que l’existence d’un seul « point » conduisait à constituer des cycles planétaires trop longs. Avec quatre points au lieu d’un seul, on raccourcit quatre fois les dits cycles, notamment celui de Saturne que nous associons plus à une durée de 7 ans plutôt que de 28 et ainsi de suite. Le cas de la lune montre l’exemple si ce n’est que ses phases ne sont pas structurées par les étoiles fixes mais par ses aspects au soleil (lui-même une étoile fixe mais qui pour nous terriens ne l’est pas). On dira d’ailleurs que les étoiles fixes prennent le relais du soleil pour les planètes « extérieures » (Mars, Jupiter et Saturne). Pour Mercure et Vénus, il a du exister une pratique liée aux aspects avec la Lune, sur le même modèle que le Soleil.

On pourrait en dire autant pour l’importance exagérée conférée à l’Ascendant (autrefois appelé horoscope et l’on parlait des « maisons de l’horoscope », c’est-à-dire calculées à partir de l’ascendant, ce qui par abréviation fait que le mot horoscope (« horoscopie cartésienne » chez une Claire Santagostini) a fini par désigner l’ensemble du thème.

En effet, sont attestées des pratiques conférant au Milieu du Ciel un rôle comparable à celui de l’Ascendant. Là encore, on trouve une division en 4 « angles ». (quartes). L’ascendant est en analogie avec l’équinoxe (de printemps), le « point vernal » et le MC avec le solstice (d’Eté). Là encore, il n’y a aucune obligation à diviser chaque quarte en trois, on peut tout à fait opter pour une division en deux, ce qui donne 8 et non 12 maisons (octotopos de Manilius). Il est plus aisé de structurer un cycle en 2 qu’en 3, comme nous le montre le symbole même du yin yang. De même, de nombreuses traditions divisent l’année en 8 saisons. (cf. Yvonne de Sike et al, Fêtes et croyances populaires en Europe, Ed Bordas, 1994). C’est ainsi que l’année chinoise se situe bien avant le point vernal, soit en février. C’est dire que la division en 12 est plus embarrassante qu’autre chose et que nous avons préconisé carrément son abandon. Certes correspond-elle aux rencontres soli-lunaires. Mais nous pensons que les rencontres les plus significatives entre les 2 luminaires sont celles qui divisent le mois en quatre et non l’année en douze. La division en 4 est bien mieux conscientisée visuellement que la division en 12 qui n’est jamais que 12 fois la même chose. Le maintien du 12 constitue ce que Bachelard appelait un obstacle épistémologique qui hypothèque la recherche astrologique, comme on peut le voir chez un Jean-Pierre Nicola qui n’est pas parvenu à s’en détacher. –(pas davantage d’ailleurs pour les 12 maisons, travers évité par Michel Gauquelin qui n’a pas privilégié une telle subdivision). Laissons aux astronomes leur division en 12 ! Quand on pense que cela conduit tant d’astrologues de nos jours à rechercher 12 astres pour correspondre aux 12 signes, c’est assez pathétique ! Cela dit, on notera que les dispositifs des domiciles et des exaltations se sont organisés autour du 12. Mais, on rappellera qu’ils sont d’abord (cf. nos travaux sur ce point, dans la présente livraison) articulés autour des axes équinoxiaux et solsticiaux. Ce qui donne 8 signes : bélier-taureau- balance-scorpion pour les exaltations et cancer-lion – capricorne-verseau pour les domiciles. Les signes dits mutables ne sont pas indispensables. Nous pensons qu’initialement, on ne plaçait ni les luminaires ni Saturne dans le système mais seulement Vénus, Mercure, soit deux planètes « intérieures » Mars et Jupiter planètes extérieures. En effet, les luminaires et Saturne sont des astres « cycliques » qui n’ont pas à être affectés à un lieu zodiacal particulier. Ce n’est que dans un second temps qu’on les aura intégrés, ce qui aura conduit à ne plus mettre en avant la dualité planétaire entre 3 astres dynamiques (de la Lune à Saturne, en passant par le soleil dont le statut est assez ambivalent) et 4 astres statiques (de Mercure à Jupiter).

Pour le cerveau humain, il nous apparait que tant que l’on reste dans la dualité, on contrôle la situation. Mais au-delà, s’ouvre une sorte d’infini qui ne relève plus vraiment de la « raison ». On peut justifier une alternance, une dialectique (deux partis, deux candidats au second tour des élections etc.), si l’on dépasse cette limite, on bascule dans l’aléatoire, l’anecdotique, dans l’irrationnel.

Jacques Halbronn


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