Dominique VOISIN - Une certaine idée du Grand-Œuvre # 1

Alchimie - Science de la Vie.

En aparté, je voudrais dire combien je garde un profond respect et une grande admiration pour ces deux maîtres à penser contemporains et hors série que sont FULCANELLI et Eugène CANSELIET.

Se faire une idée précise de la voie sèche n’est pas chose facile. Je m’adresse en ce lieu au futur philosophe par le feu avec le dessein d’éveiller sa curiosité sur la prépondérance de l’opératif, sans pour autant déserter la transcendante étude spéculative. Dans cette abondance de variantes, les nouveaux apôtres de la science hermétique, laissés à eux-mêmes, cherchent à louvoyer au sein de la tourbe moderne et ancienne, où tout est dit et son contraire, et le plus souvent, s’écartent de la vérité.

En effet, il est plus aisé d’aller vers la simplicité en pensant pouvoir écourter l’étude philosophique, cependant indispensable à la pratique. Chez les bons auteurs, philosophie et mythologie sont étroitement liées au grand œuvre. L’ambigüité de cette union sacrée, qui forme un rempart, entraîne vite l’étudiant au centre d’un labyrinthe ésotérique où souvent le trouble et la confusion règnent en maître jusqu’à en perdre son latin.

Heureusement, dans le testament spirituel d’Eugène CANSELIET, L’alchimie expliquée sur ces textes classiques, tout est dit. Une mine d’or !

J’insiste : mon objectif, dans cet énoncé, n’est pas de prétendre vouloir analyser l’ensemble de la doctrine alchimique, mais tout au plus d’entrevoir le côté pratique sans trop s’égarer et pour les amoureux de science qui savent déjà : rien de nouveau.

Au cœur de l’imagerie théâtrale de son laboratoire légendaire, FULCANELLI a marqué au fer rouge des générations d’alchimistes. Plus simplement, le plaisir de construire son four, aidé par quelques amis, faire fabriquer ses pinces et ses lingotières par le petit ferronnier du coin, posséder de bons creusets qui résistent au second sel, et pour couronner le tout, le réel désir de manier « les outils puissants du métallurgiste ».

Revenons maintenant à notre quête du GRAAL en compagnie d’Eugène CANSELIET et penchons-nous avec discernement sur cette voie escarpée, incertaine et malgré tout délicate.

J’ai mentionné un peu plus haut que dans ce livre tout est dit, tout est donné : les poids, les quantités, les proportions, les degrés, les limites aussi. J’exclue volontairement la philosophie pour ne conserver que la partie la plus croustillante, le travail au laboratoire.

Finalement le grand œuvre c’est quoi ?

Une matière, des clous, deux sels, un esprit.

Premier œuvre page 192

L’antimoine en poudre – le fer en limaille – les deux sels – nitre – tartre – fraction du quinzième – rayonnement cosmique de la mi-nuit.

Première flambée, première séparation – caput mortum.

Deuxième fusion

Le mercure – l’étoile – le v.i.t.r.i.o.l

Troisième purification

Songer aux limites...

Second œuvre

Calcination – sublimation

Le têt à rôtir rempli au trois quart de caput mortum (avec ou sans sel ? Essayez les deux, le sel de caput ne pique pas la langue comme le sel de tartre.)

A la fin d’une longue calcination – terre rouge, rousse.

Dans le fond du vase...

La terre adamique – vient ensuite le mercure en plusieurs fois, et pour finir, le vitriol. Sur ce point précis : afin d’échapper à une interminable contrariété, il est préférable d’avoir un vrai ami alchimiste qui vous donnera le petit secret pour éviter le bourbier – vous gagnerez du temps.

Une sublimation larvée...

J’approche lentement des 500 degrés, je soulève délicatement le couvercle, une mer d’huile.

Je prévois les grandes lames de fond du mercure aux environs de la mi-nuit. Le temps me parait long, ce n’est pourtant pas le moment de s’assoupir, il faut veiller au grain. Je pousse un peu le feu et regarde à l’intérieur du creuset. Le filet se trame, la toile se tisse, se déchire, l’heure est à la prudence. Le cœur s’accélère, l’anxiété monte, la rémore aussi : enfin le moment tant attendu, le grain de beauté flotte à la surface – plus petit que je ne le pensais. Comme le souligne Eugène CANSELIET page 260, pour deux kilos de matière initiale, on obtient un embryon de 20g à la fin des aigles…

(LIRE LA SUITE... - Une certaine idée du grand-œuvre # 2 Le Mystère de l’Assation.)

Dominique VOISIN © CHRONIQUES de MARS No 14, mars 2014.

THESAVRVS // Adam – Adepte – Aigles – Alchimie – Alchimiste – Argyropée – Assation – Athanor – Chrysopée – Coupellation – Cyliani – Élixir- Élixir de longue vie – Eugène Canseliet – Philalèthe – Fulcanelli – Gnose – Grand Œuvre – Lavures – Macrocosme – Magnum Opus – Mercure – Microcosme – Nicolas Flamel – Œuvre au noir - Œuvre au blanc – Œuvre au rouge – Or – Panacée – Paracelse – Philosophie Hermétique – Pierre Philosophale – Poudre de projection – Régule – Rémore – Soufre – Sublimations – Table d’Emeraude – Teinture – Terre adamique – Transmutation – Unobtainium - Vitriol – voie de l’Antimoine – voie du Cinabre //


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