Michel GRANGER - Histoire(s) de Père Noël

Father Christmas en Angleterre, Babbo Natale en Italie, Weihnachtmann en Allemagne, Nikolo en Autriche, Santa Claus aux States, Sint Nikolaas chez les Bataves... D’où vient ce personnage international haut en couleurs, qui fascine tant les petits et rend les grands nostalgiques d’un temps, plus ou moins lointain, où ils croyaient encore en lui ?

Malgré son apparence très « marketing » – on dirait une création récente de la fée publicité – s’agit-il, comme certains l’ont suggéré, se fiant trop aux apparences chatoyantes de l’individu, d’une émanation de certaines angoisses de la société de consommation dans laquelle nous sommes enlisés ? Pas évident car cette figure rubiconde, certes maintes fois récupérée à des fins mercantiles, symbolise, encore et contre tout, une manière de virginité mentale peu porteuse commercialement parlant.

LE PÈRE NOËL A L’INSTITUT

Les Américains, ne reculant devant aucune irrévérence, n’ont pas hésité, eux, à créer un Institute of Scientific Santa-Clausism, destiné (sic) « à rendre public un corps d’évidence si vaste et si solide qu’il convaincra tous les sceptiques ».

De quoi ?

De l’existence du Père Noël ou plus vastement d’un côté caché des choses, gardé sous le manteau (de fourrure...) ?

Mes efforts ont été vains pour pénétrer cette tribune des anti Santa Claustrophobes (sic) yankees, fermée, semble-t-il, à ces étrangers et sous-développés d’Européens.

LE PÈRE NOËL EN ORBITE

Walter Schirra, l’astronaute facétieux du programme Gemini, fut l’auteur de la farce la plus célèbre de l’histoire de l’astronautique. En décembre 1965, le 16 précisément, d’un ton grave et dramatique, il lança par radio, depuis la position supérieure qu’il occupait : « Eh, là-bas, il y a un drôle d’engin sur la droite qui se rapproche... ».

Le centre de Houston s’émut quelques instants de cette insolite observation. – Je vais tenter de capter ses signaux, ajouta Schirra.

Retentit alors dans l’immense salle de contrôle de la NASA la fameuse ritournelle : « Vive le vent, vive le vent d’hiver... », tandis que l’astronaute décrivait l’objet en vue avec une barbe blanche et, juché sur son traîneau... Schirra, malgré les contrôles draconiens, avait réussi, cette fois, à emporter son harmonica. Dans Mercury 8, cela avait été un sandwich...

Plaisanterie spatiale ou nom de code pour désigner autre chose ?...

Revenons à l’origine du Père Noël intimement mêlée à Saint Nicolas, un des saints les plus populaires de la tradition européenne.

LE PÉRIPLE D’UN SAINT

Connu pour sa grande générosité, notamment vis-à-vis des pauvres, ce saint homme, évêque de Myra, en Asie Mineure, fut néanmoins persécuté. Chargé de distribuer des cadeaux au solstice d’hiver, il acquit ainsi beaucoup de sympathie auprès des petites gens.

Parmi les miracles à son actif figure celui d’avoir ramené à la vie les trois petits enfants qui s’en allaient aux champs, lesquels, en chemin, avaient été kidnappés, puis tués, puis salés... par un vilain boucher.

Son culte se répandit en Méditerranée orientale et, après le transfert de son corps à Bari, gagna l’Italie du Sud au 11ème siècle.

Un chevalier, de retour de croisade, apporta une de ses reliques en Lorraine et son nom se répandit en Flandres et en Grande Bretagne en tant que protecteur des enfants : Santa Claus.

LA VISITE DE SAINT NICHOLAS

Il fallut pourtant qu’un professeur de littérature américain, Clement Clark Moore (1779-1863), poète à ses heures, affuble, plus récemment, le personnage d’un vêtement de fourrure, le flanque d’un attelage de plusieurs rennes avec un balluchon de cadeaux pour que l’image cristallise dans l’inconscient collectif de la société moderne.

Sa composition de 56 vers parut anonymement en 1823 dans le journal local Troy Sentinel. Mais le Père Noël manquait encore de consistance. Deux illustrateurs contribuèrent à sortir l’image stéréotypée que l’on connaît aujourd’hui ; l’un protégea le Saint Nicolas du Professeur Moore d’un vêtement typiquement Arctique, l’autre le coloria en rouge.

DES RACINES CHAMANISTES

Mais cette genèse, somme toute triviale, d’un mythe qui se perpétue, a suscité des thèses plus alambiquées quant à ses détails. Comme, par exemple, la théorie de Rogan Taylor (spécialiste de l’Histoire du football !), Docteur en Psychologie et Religion de l’Université de Lancaster.

Il prétend ni plus ni moins trouver les racines de la légende du Père Noël dans le chamanisme du nord-est de la Sibérie en vogue il y a plusieurs siècles. Le côté volant du traîneau aurait été directement inspiré de l’effet de champignons hallucinogènes du type agaric !

Et les cadeaux véhiculés ne seraient que des dérivés de messages des dieux destinés aux hommes. Quant aux rennes, ils jouaient effectivement un rôle vital dans les tribus sibériennes.

Cette thèse fit l’objet d’un long développement dans le Sunday Times Magazine du 21 décembre 1980.

QUELQUES DÉTRACTEURS

Le Père Noël, tel qu’on le campe de nos jours, naturellement, n’obtient pas un complet consensus. Il a même fait l’objet, dernièrement, d’une campagne de déboulonnage ou plutôt de remise en cause de son look jugé trop vieillot, trop rondouillard, le désignant tout droit comme un candidat à l’infarctus.

Le Père Noël du 21ème siècle devrait se donner un peu d’exercice !

Quant à sa psychologie bonhomme et fruste, elle est jugée comme primaire, rétrograde, voire stupide, en tout cas indigne de « servir d’exemple à nos enfants » (sic).

C’est du moins l’avis de George Freemann, leader de la campagne Père Noël au placard...

Pour ma part, je vous souhaite un joyeux Noël !

Michel GRANGER - Les Chroniques de Mars No 15 - © Michel Granger / Michel Moutet, 2014 - novembre- décembre 2014.

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