Walter GROSSE - L’Alchimie et le troisième principe de la thermodynamique #1

« L’Alchimie rejoint Einstein et toutes les découvertes mathématiques actuelles. »

Eugène Canseliet - Le Feu du Soleil

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Ce que les alchimistes recherchent dans leurs laboratoires c’est la purification absolue des corps. Mais, qu’ont les lois de la Physique à nous dire sur ce thème… ?

Ce que j’ai découvert c’est que le troisième principe de la thermodynamique n’a pas le dernier mot. Par conséquent, tout en contournant cette loi, sans la violer, évidemment, nous nous rapprocherons de plus en plus de l’Alchimie et mon but sera ici de le démontrer.

Selon la théorie hermétique, les corps dénommés simples, c’est-à-dire, ceux qui nos chimistes classifient de nos jours d’ « élémentaires », ne sont pas tout à fait simples, mais plutôt composés. En effet, il n’y a pas de corps vraiment simple (100 % pur).

Comme on le sait, le troisième principe de la thermodynamique (théorème de Walther Nernst) énonce qu’il est impossible, indépendamment de la procédure, aussi idéalisée soit elle, de réduire la température d’un système au zéro absolu (0 K, –273,15 º C) dans un nombre fini d’étapes. De même, il n’est pas possible de réduire l’entropie du système à zéro ([delta] S = 0), car l’adiabatique S = 0 ne s’intercepte qu’avec l’isotherme T = 0 K, ou vu que l’entropie ne peut être réduite à 0, les corps ne peuvent être purs à 100 %, car cela demanderait une quantité infinie de travail et d’énergie. Par conséquent, le cristal idéal, pur et parfait, n’existe qu’en théorie.

Représentation théorique d’un cristal idéal (réseau ccc) de vanadium à T = 0K

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En synthèse, la science moderne a finalement reconnu que les anciens alchimistes avaient raison, car la dualité relative à la composition des "corps simples" est de nos jours scientifiquement prouvée : un corps 99,99999 % pur contient encore 0,00001 % d’impuretés et, en tant que tel, tous les corps sont définitivement composés.

La présence de ces impuretés dans un métal pur forme une solution solide et les termes "solvant" et "soluté" sont généralement utilisés. Dans ce cas, le "solvant" (ou matrice) représente l’élément qui est présent en plus grand quantité (matériau hôte), c’est-à-dire, le corps 99,99999 % pur, tandis que le "soluté" est utilisé pour indiquer l’élément qui est présent en plus petite quantité, les 0,00001 % d’impuretés, ce qui veut dire qu’il s’agit d’une solution solide de substitution ou d’insertion :

Un métal chimiquement pur est alors une solution... solide, certes, mais une solution tout de même, c’est-à-dire, il est "solvant" + "soluté" (et c’est pour cela qu’il peut se dissoudre par lui-même).

« On sait que depuis l’alchimie arabe, les alchimistes et, à leur suite, des nombreux philosophes tel Albert le Grand croyaient les métaux composés de soufre et mercure ; le pseudo-Geber rompt ici avec cette tradition : le soufre, quoique considéré dans la Summa Perfectionis comme l’un des composants des métaux, y est regardé comme une impureté (1). »

« Le soufre commun extérieur, est la cause de l’imperfection des métaux. Il y a deux sortes de soufre dans chaque métal excepté dans l’or (2), le soufre extérieur combustible et le soufre intérieur incombustible, qui appartient à la composition substantielle de l’argent-vif. Le soufre extérieur peut être séparé et enlevé par la calcination ; le soufre intérieur est inséparable de l’argent-vif par la calcination dans le feu. L’argent-vif retient ce dernier qui ne peut être enlevé car il lui est homogène : le premier est repoussé et rejeté, et exposé à l’action du feu qui le consume (3). »

La dualité Mercure + Soufre, qui est devenu alors la pierre angulaire de la science hermétique, semble avoir été transmise du monde arabe à l’Occident latin par le philosophe et médecin persan Abũ ‘Alĩ al-Husayn ibn ‘Abd Allãh ibn Sĩnã, dit « Avicenne » (980-1037), lors de la traduction de son De congelatione et conglutionatione lapidum par le traducteur Alfred de Sareshel, dit Alfredus Anglicus (1175-1245), qui l’a ajouté au livre IV des Météorologiques du philosophe grec Aristote (384 av. J.-C. - 322 av. J.-C.), bien que son origine se perde dans la nuit des temps !

La première diffusion publique plus généralisée de cette théorie ancestrale semble se devoir au Pseudo-Geber latin, auteur du traité Summa perfectionis magisterii, et que certains supposent être Paul de Tarento, alchimiste italien du XIIIe siècle.

En guise de conclusion, le parallélisme entre l’Alchimie, qui défend que tous les corps sont composés par cette dualité et le troisième principe de la thermodynamique qui, à son tour, énonce que les corps ne peuvent pas être purs à 100 %, est bien évident :

Dualité = Corps 99,99999 % pur + les 0,00001 % d’impuretés

Par contre, un pseudo-alchimiste aurait certainement beaucoup de mal à expliquer, à la communauté scientifique, ce que sont physiquement et chimiquement ces deux principes qui font en sorte que, finalement, les corps dits simples soient composés !

En effet, nous ne devons pas oublier que le soufre intérieur est inséparable de l’argent-vif, ce qui est également en conformité avec ce principe de la thermodynamique.

Ce qui s’avère moins clair c’est le moyen par lequel la décomposition alchimique des "corps simples", la purification absolue, peut avoir lieu, car, en fin de compte, ils sont inséparables l’un de l’autre et c’est justement cela que nous allons étudier prochainement dans ces « Cahiers de l’Alchimiste » que je vous propose de parcourir avec moi dans les prochains numéros des Chronique de Mars… !

@ suivre…

" Les Cahiers de l’Alchimiste " - Un texte de Walter GROSSE pour les Chroniques de Mars - numéro 19 – Décembre 2015 ©.

(1) Didier Kahn, Alchimie et Paracelsisme en France à la fin de la Renaissance (1567-1625), Librairie Droz, Genève, 2007, Vol. 8 de Cahiers d’Humanisme et Renaissance, « Préambule, Aspects de l’Alchimie médiévale au seuil de la Renaissance : art et nature, naturel et surnaturel - Alchemia transmutatoria : le pseudo-Geber et la doctrine du "mercure seul"  », p. 37.

(2) Ce que l’alchimiste veut dire c’est que l’or natif n’est extrait d’aucun sulfure minéral (Au n + S n), et qu’il est également inoxydable, ce qui n’est pas le cas des métaux imparfaits. Toutes les impuretés externes, avec lesquelles les métaux forment des composés chimiques, sont ce "soufre externe", tandis que les impuretés internes, qui empêchent un métal d’être pur à 100 %, étaient autrefois dénommées "soufre interne".

(3) Lacinius, Sommaire du Rosaire d’Arnauld de Villeneuve, Extraits faits par Lacinius des œuvres d’Arnauld de Villeneuve, dans lesquelles la préparation de notre Pierre est expliquée de manière pratique et transparente, Venise, 1546.

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