Myriam PHILIBERT - Quand l’INITIATION s’écrit au féminin

Le Mythe des Déesses Mères – Féminin sacré et Tradition Primordiale #3

LE RETOUR DE LA DÉESSE

" JE TOURNE L’HOMME EN FEMME.

JE SUIS CELLE QUI PARE L’HOMME POUR LA FEMME ;

JE SUIS CELLE QUI PARE LA FEMME POUR L’HOMME "

Paroles de la déesse Inanna

* * *

Hommage à la Libératrice, prompte et courageuse,

Dont le regard est rapide comme l’éclair,

Celle qui sourd des myriades d’étamines,

Du visage de lotus du Protecteur des trois mondes.

La louange de Tara

L’antagonisme naissance / création est-il irréductible ?

Il appartient à l’avenir de trancher. L’histoire humaine prend ses bases dans des structures tribales matrilinéaires au néolithique, et probablement bien auparavant. La maternité et la mère y sont magnifiées comme modèle d’origine du monde. Puis, avec la complexité accrue des sociétés, il y a instauration du patriarcat ce qui implique un dieu masculin. Les religions hébraïque puis chrétienne ou musulmane s’en font l’apologie. Leur modèle induit inévitablement la violence et la guerre fratricide. Si la maternité a un côté chaotique et démesuré, la virilité conduite à son paroxysme aboutit à la rage dévastatrice, à la colère impulsive et à une destruction également radicale. Or, les cultes où la (ou les) déesse(s) ont la préséance offrent généralement plus d’humanité, de compassion, voire d’amour, que celles où la divinité mâle exacerbe sa virilité. C’est là un trait féminin (mais non divin). Cependant, il existe des exceptions avec Kâlî ou Sekhmet. Ivres de sang et de carnage, elles perdent tout contrôle d’elles-mêmes. Les religions vouées à des dieux de guerre - les cultes anciens d’Amérique centrale, ou encore le christianisme - comptent parmi celles qui, dans l’histoire, ont commis le plus d’atrocités, d’exactions et de tueries au nom de leur foi. Ici encore, ce caractère se rapporte au masculin (mais non au divin). Il est vain de se voiler la face, les croyances portées vers un Dieu terrible sont irrésistiblement entraînées par la mort et vers la Mort.

Shiva le destructeur semble en manifester le point ultime. Mais Kâlî nue et parée d’un collier de cinquante têtes coupées danse alors sur le cadavre de son époux. Ses cheveux sont défaits. Elle brandit le couperet qui tranche la vie d’une main et une dépouille sanguinolente de l’autre, sur arrière plan de plate-forme de crémation et d’âmes errantes. Sa langue pend pour témoigner de l’ultime révélation aux portes de la Mort. Ainsi, la grande Déesse manifeste, elle aussi, une insoutenable barbarie.

Souhaiter la paix et l’amour dépasse parfois, dans les moments de crise en particulier, le simple vœu pieux. Le retour à la religion, à une religion prônant le don de soi, est périodiquement annoncé, chaque fois qu’il y a une grave crise. Il est l’antithèse salvatrice à la cruauté de l’environnement social, tribal ou individuel. L’amour de la Déesse devient, à un moment donné, dans l’ère de violence que nous traversons aujourd’hui et que l’Inde nomme si justement l’âge de Kâlî (son nom offre un lien avec le temps), presque une nécessité. Mais des mots d’ordre comme « paix » et « amour » restent un luxe que l’on ne sait plus s’offrir actuellement.

Aux époques préhistoriques ou historiques, les religions consacrées à la Déesse s’inscrivaient dans des périodes d’abondance et de faste, d’où découlait inévitablement la générosité. Le don était naturel. Il avait la corne d’abondance pour emblème. Mais dès que l’objet devint l’attribut de Fortuna, la Déesse perdit tout crédit, galvaudée et livrée à des devineresses sans talent qui mentaient et promettaient la réussite individuelle.

Autre était le culte de la Déesse, totalement centré sur l’humilité de celui qui cherchait l’accès au plan divin ou la qualité de « dieu » et/ou l’approche grandiose de Mystères, effroyables dans leur révélation. Peur panique et accès libéré à une autre réalité les définissent. L’essence des religions à Mystères tient dans une initiation active. À l’origine, elle a pu avoir un aspect quintuple : naissance, formation, union, repos, mort, en harmonie avec les âges de la vie. Les Celtes ont su garder cette approche archaïque, parfois réduite à trois, dans le don du nom, l’initiation héroïque, suivie de l’initiation amoureuse. Naissance et mort en sont les manifestations extrêmes. Le tantrisme a su en conserver la substance.

En fait, les religions vouées à la Déesse offrent deux approches distinctes. Soit elles privilégient justement le secret, l’obscurité, la nuit et la révélation apocalyptique du plan divin. Soit elles s’estiment « spiritualisées », mais cela reste à démontrer, et la prière y joue un rôle primordial. Cette passivité paraît, certes, en harmonie avec la féminité, mais elle part d’un postulat inadéquat, dans lequel le Don est l’apanage de la Déesse. Or, dieu ou déesse ne sont ni bons ni mauvais. Ces qualités apparaissent au stade de la manifestation. Il est inepte de les appliquer au plan divin. Ainsi, le christianisme se caractérise par un regain du culte marial. Certes, Marie demeure la Vierge sans défaut qui préexiste à la création, mais l’on ne saurait la qualifier de magnanime, à moins de la rabaisser au niveau de la manifestation et de l’humain.

À côté, les dévots de Kâlî semblent s’enfoncer dans l’abjection, la déchéance, l’ignominie, par des pratiques qui horrifient tout occidental. Peut-être ses fidèles ont-ils raison. Nous sommes dans l’ère de Kâlî. Rappelons-le ! La Déesse a effectivement la capacité de les libérer du flux de la vie et des émotions qui les consument, par son potentiel infini d’énergie active. Dès lors, le croyant s’identifie au cadavre du dieu Shiva et se laisse transformer par la grâce sublime de celle qui défait les liens du devenir.

Prônerons-nous le retour de la Déesse ?

Il existe des divinités qui paraissent d’un altruisme sans faille comme Marie ou Tara. Mais à côté, les plus redoutables détiennent une force de rédemption ! Nos égarements viennent de notre incapacité à nous affranchir de l’illusion de la dualité. Perdu dans les affres de ce mode de pensée, chacun persiste à dissocier masculin et féminin, ou soi et « dieu » (ou « déesse »). De cette erreur tenace viennent les haines religieuses qui dégénèrent, à la fin, en fanatisme et en guerres. Peut-être faut-il savoir humblement rechercher la part de divin féminin en soi et reconsidérer, à la lumière de cette approche, la question du divin ?

La Déesse demeure « Mahamaya », au-delà de toute définition. Chacun peut rechercher ses aspects terribles ou au contraire ne voir que sa douceur. N’a-t-elle pas de multiples apparences ? Parvenir à l’appréhender au-delà de ses noms divers et de ses formes innombrables, et non distincte de soi est peut-être la voie de l’unification.

Ma mère est-elle noire ?

Extérieurement noire et nue, elle illumine le lotus du coeur !

Ramakhrishna

Myriam PHILIBERT – Le Mythe des Déesses Mères – Féminin sacré et Tradition Primordiale (extrait du livre) © Les Chroniques de Mars, numéro 19 - Décembre 2015.


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