Chroniques de MARS - Attentats de Paris - Breaking news

« Seuls les artistes peuvent sauver le Monde. » Bertolt Brecht

A l’heure où nous écrivons ces lignes, la France panse ses plaies et nous sommes encore tous, en ce mois de novembre 2015, sous le choc d’une telle agression barbare, à Paris et au Stade de France.

Les facteurs majeurs qui ont présidé à ce que des êtres humains doués de raison tirent ignoblement sur une population sans défense, à l’arme de guerre, doivent nous amener à nous poser en profondeur et en conscience de vraies questions sur les causes et sur les mobiles de tels agissements.

Pour l’heure, dans ce numéro des « Chroniques », nous voulons apporter trois regards aigus et trois analyses distinctes sur ces attentats meurtriers : la première est une analyse éminemment politique d’une personnalité légitime à s’exprimer sur le sujet ; la seconde est une analyse prophétique grâce à un film réalisé par Nicolas Boukhrief, la troisième est le regard poétique d’un musicien anonyme ayant pris place dans la rue, au milieu de ses compatriotes, pour rendre hommage aux victimes…

TEG pour les K2Mars - novembre 2015


I - Marc Trévidic dit ses 4 vérités

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Marc Trévidic : "Il faut taper dans le tas..."

Marc Trévidic, juge au pôle antiterroriste de Paris de 2006 à 2015, avait prédit en septembre un attentat de masse.

Vous aviez prédit en septembre un attentat de masse. Que faut-il faire maintenant  ?

« Nous avons besoin de bras, dans le renseignement, la justice, la police, mais pas de lois supplémentaires. C’est un mal français. À chaque attentat, on fait une loi. Qui ne sert à rien. Il faut fluidifier le passage du renseignement vers le judiciaire à propos d’individus dangereux pour qu’on cherche des preuves contre eux et qu’on les arrête. Quand vous avez un tel potentiel de personnes radicalisées, il faut se mettre à niveau. »

Après chaque attentat, on découvre que les suspects étaient identifiés, voire même fichés « S » par le renseignement. Mais à quoi cela sert-il ?

« Le renseignement identifie un individu en voie de radicalisation. Mais l’enjeu est de passer au judiciaire, de réunir des preuves qui permettent de l’arrêter. C’est notre système. Alors à moins que l’on change de régime, que l’on sorte de la démocratie, il fonctionne comme cela… La fiche S, c’est une alerte. Que tout le monde soit averti quand le gars passe une frontière, revient de Turquie, de Syrie. Je le répète : si vous mettez en face le nombre de fonctionnaires de police spécialisés et le nombre de radicalisés, il y a moins d’un fonctionnaire par cible. »

Laurent Wauquiez (LR) exige la création de centre de rétention pour djihadistes présumés. Qu’en pensez-vous ?

« Ça n’a aucun sens. Et puis notre constitution ne l’autoriserait pas. Ou alors on crée des Guantanamo en France. Non, ce n’est pas la solution. »

L’enquête s’oriente vers la Belgique. Après Londres, qui a fourni des bataillons à al-Qaida, y a-t-il un problème spécifique à Bruxelles ?

« C’est la question épineuse des foyers de salafisme. Il y en a en France aussi. Dans ces quartiers, on a quelques mosquées, des salles de prière improvisées où se prêche la mauvaise parole. Selon moi, il faut taper dans le tas. Arrêter les imams aux discours de haine, infiltrer ces quartiers-là. Éviter les concentrations, faire que les populations soient plus éclatées sur le territoire. C’est toujours le problème quand on crée non pas des zones de non-droit, mais d’un autre droit, des zones de droit islamique, si vous voulez. Pour ceux qui sont sous le coup de procédures judiciaires, il faudrait leur interdire de revenir dans leur ancien quartier. »

Vous critiquez le regroupement des radicaux dans les prisons...

« Si vous faites cela, vous décidez qu’ils resteront salafistes. C’est l’inverse de la déradicalisation. Je ne sais pas à quoi on joue en France sur le sujet. »

Vous avez souffert des limites de la coopération judiciaire (attentat de la rue des Rosiers, moines de Tibhirine…). Que faut-il améliorer dans l’échange de renseignements ?

« Dans le renseignement, la cohésion s’est améliorée dans l’espace Schengen. Dans le passé, certains étaient frileux ; aujourd’hui, tout le monde a peur des djihadistes de Daech, donc les infos passent. Si on élargit à la Turquie, par exemple, la fiabilité est loin d’être absolue. Ni la stratégie, ni les intérêts en jeu… Le problème, c’est qu’il n’y a pas que l’Europe, mais cela engage tous les pays qui gravitent autour de Daech, de l’Irak, de la Syrie. »

Les jeunes Français de retour de Syrie ont défilé dans votre bureau. Quel est leur profil ? Leurs actions ont-elles quelque chose à voir avec la religion ?

« Non, bien sûr, la religion n’est qu’un vernis. Ils ont une telle méconnaissance de leur religion que cela ne peut pas être leur moteur. A part, trois versets sur le Djihad, ils n’y connaissent rien. Une minorité – 10 % – a approfondi le sujet. Ils ont juste envie d’en découdre, de se venger de quelque chose ».

SOURCE // Par Alain MORVAN


II - Un film prophétique aux accents d’Apocalypse

Alors que le film allait être projeté en France, celui-ci vient d’être déprogrammé et son affiche retirée du métro parisien...

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Sam, journaliste indépendant, profite de sa culture musulmane pour infiltrer les milieux intégristes de la banlieue parisienne. Il se rapproche d’un groupe de quatre jeunes qui ont reçu pour mission de créer une cellule djihadiste et semer le chaos au cœur de Paris.

à VOIR AUSSI... // Les Chevaux de Dieu - un film de Nabil Ayouch

Yassine a 10 ans lorsque le Maroc émerge à peine des années de plomb. Sa mère, Yemma, dirige comme elle peut toute la famille. Un père dépressif, un frère à l’armée, un autre presque autiste et un troisième, Hamid, petit caïd du quartier et protecteur de Yachine. Quand Hamid est emprisonné, Yachine enchaîne les petits boulots. Pour les sortir de ce marasme où règnent violence, misère et drogue, Hamid, une fois libéré et devenu islamiste radical pendant son incarcération, persuade Yachine et ses copains de rejoindre leurs "frères". L’Imam Abou Zoubeir, chef spirituel, entame alors avec eux une longue préparation physique et mentale. Un jour, il leur annonce qu’ils ont été choisis pour devenir des martyrs…

Télérama // Votre film est sorti récemment au Maroc. A-t-il provoqué des réactions ?

Nabil Ayouch // J’avais peur que ce film soit mal compris car il raconte une histoire douloureuse sur laquelle le Maroc est passé très vite, sans pouvoir faire un travail de mémoire. Mais le public a manifesté une envie de comprendre et s’est vraiment intéressé au film. Les gens n’ont plus envie de se contenter des thèses officielles. Sans doute parce que le Printemps arabe est passé par là. Ce qui avait été dit jusqu’ici sur les attentats dont il question dans Les Chevaux de Dieu, c’est qu’ils étaient le fait d’une cellule terroriste soutenue par des islamistes à l’étranger. Sauf que ce ne sont pas des terroristes venus d’Afghanistan qui ont commis ces attentats, mais des gamins qui habitaient à côté de Casablanca, et ça change tout. Par-delà les questions de religion, ces attentats pointaient un problème de société pour le Maroc, une défaillance de l’éducation, de la justice sociale dans un pays qui laisse des gens vivre dans l’exclusion et prend le risque de créer des frustrations et de la violence. Mon film veut justement regarder du côté de ces vies qu’on n’a pas voulu comprendre, montrer la réalité qui se cachait sous les attentats, et le public apprécie cette approche. Les Marocains sentent bien que nous ne sommes pas complètement sortis de ces difficultés : il y a eu d’autres attentats depuis ceux de 2003, perpétrés par des jeunes qui vivaient eux aussi dans des bidonvilles, hors de la société. Qu’est-ce qui fait que des jeunes se sentent à un tel niveau de marge et d’abandon qu’ils en arrivent à des actes aussi extrêmes ? C’est ce que les gens veulent comprendre aujourd’hui. (...)

SOURCE TELERAMA //


III - L’Art plus fort que la Mort

Les terroristes ont-ils sciemment ciblé une salle de concert, la musique étant interdite par les djihadistes ? Voici la réponse d’un anonyme : un homme, seul, est venu avec son piano à queue, s’est installée devant le Bataclan et a joué "Imagine" de John Lennon. Tout un symbole…

Chroniques de MARS No 19


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