Cédric MANNU - Heinrich Kunrath - Détails de la gravure centrale : Oratoire & Musique

L’apparition formelle des trois Manifestes de la Rose-Croix, en 1614, 1615 et 1616, marque trois dates mémorielles dans l’Histoire de l’Hermétisme occidental. Passé quatre siècles, elles marquent aussi un anniversaire en forme de pierre blanche posée sur la ligne du temps, en signe sacramentel. Un signe des temps mais aussi un sceau de cire rouge orné d’une rose pourpre, en relief, pour signifier à chacun, au passant, au questeur, à quel point les écrits de l’Ancien Ordre mystique sont fondamentaux pour toute quête initiatique authentique.

Les éditions Arqa se devaient de saluer à leur manière ce moment si important, en cette date anniversaire, pour commémorer les quatre-cents ans de la Fama, de la Confessio et des Noces, et pour ainsi faire œuvre utile en présentant de nombreux documents inédits sur ces « Frères invisibles ».

Gil Alonso-Mier - Rafal T. Prinke - François Trojani - Thierry Emmanuel Garnier - Cédric Mannu - Patrick Berlier - Frédéric Garnier - Benoît Fichefet


(…) Faisant suite à un article paru dans la revue Aries, article de Peter J. Forshaw de l’Université d’Amsterdam sur : l’Oratoire – l’Auditorium – le Laboratoire, nous tenions à notre tour à rapporter, en français, quelques éléments issus de cette étude ayant trait à la Musique et au rapport qu’elle entretient avec l’Alchimie.

Signalons tout d’abord ce point mis à l’honneur par Peter Forshaw, à savoir que dans le livre d’Abraham von Franckenberg (1593-1652) dans Raphaël ou l’Ange des Arts (1676), ce disciple et biographe de Jakob Böhme, dévoile une section sur la médecine kabbalistique ou spirituelle. Il ne faut pas oublier à cet égard qu’Heinrich Khunrath de Leipzig (1560-1605) se disait Docteur des deux médecines et fidèle amoureux de la Théosophie. Dans l’extrait qui suit, tiré de l’étude de Forshaw, apparaît un lien notable entre Oratoire, Auditorium et Laboratoire.

Cette association s’inspire bien sûr d’Heinrich Khunrath et de son livre De Igne Magorum (1608) qui insiste sur la nécessité vitale de conjuguer pratiquement Alchimie, Magie et Cabale, ce qui rejoint en écho, par delà le temps et l’espace, la pensée livrée au XXe siècle par Eugène Canseliet dans son livre Alchimie. La musique comme médium entre l’activité verbale de l’Oratoire et l’activité manuelle du Laboratoire trouve son support dans la pensée d’un théoricien musical du troisième siècle, Aristides Quintilianus qui écrit : « Seule la musique enseigne à la fois par le Verbe et par la contrepartie d’une Pratique ».

Marsile Ficin (1433-1499) justifie lui aussi la relation entre Médecine, Musique et Théologie. Ainsi les quatre instruments de musique mis en avant par Khunrath devant le Laboratoire indiquent une voie où les quatre éléments se retrouvent combinés dans la pratique de l’Oratoire et du Verbe ainsi que dans l’activité manuelle et besogneuse du Laboratoire. Dans la lignée de Paracelse, nous trouvons là une indication précieuse pour qui veut pouvoir transmuter car : « nul ne transmute s’il ne s’est transmuté lui-même. »

Des références pythagoriciennes sont disséminées dans l’Oratoire. « Ne parlez pas de Dieu sans lumière » est une référence directe à Cornelius Agrippa (1486-1535) et à son ouvrage Les Trois Livres de la Philosophie Occulte.

En ce qui concerne les instruments, on distingue à gauche une lyre da braccio et une harpe, à droite, un luth et un cistre. Les deux derniers instruments, plus proches du Laboratoire, utilisent tous deux une technique avec des frettes. Une claire indication de la divine proportion nécessaire dans l’étude de la Nature : en conjonction avec la balance et ses poids, le livre de musique (ouvert) et ses paroles et portées, on retrouve ainsi l’idée exprimée par Khunrath et de nombreux alchimistes, dans un proverbe classique, idée tirée de la Bible (Livre de la Sagesse – XI, 20) : « Tu as tout réglé avec mesure, nombre et poids. »

Ces quatre instruments de musique peuvent être utilisés en conjonction avec la récitation des Psaumes, les pratiques à fins d’exorcisme, et aussi la Magie naturelle - les Hymnes orphiques plus particulièrement. Dans les détails des alcôves de l’Oratoire, on trouve des références à la musique en mode Ionien, qui contrairement aux opinions de Platon et d’Aristote, peut se révéler austère et dure, demandant une attitude sérieuse et propice à la tragédie. [Voir notamment d’Heinrich Glarean (1488-1563) son Dodekachordon de 1547 et son analyse de Lucian].

Une gravure d’intérêt majeur est à rapprocher de celle de l’Amphithéâtre, elle éclaire les collusions entre Kabbale, Magie – Musique et Alchimie, c’est celle tirée de la Révélation des mystères des teintures essentielles des sept métaux publiée en 1646, de Basile Valentin, œuvre traduite en langue française par le grand initié André Savoret (1898-1977). On y voit

(...)

Cédric MANNU (extrait de L’Héritage de Christian Rosencreutz) - Les Chroniques de Mars, numéro 22 - novembre - décembre 2016.


1614-1615-1616 - 2014-2015-2016

400e ANNIVERSAIRE de la ROSE-CROIX // L’héritage de Christian Rosencreutz

400e ANNIVERSAIRE de la ROSE-CROIX // Préface de la « FAMA » de 1615 – Édition de Dantzig

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400e ANNIVERSAIRE de la ROSE-CROIX // Cahier iconographique – De quelques documents inédits

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François TROJANI // De l’antique mystique des Rose-Croix du XVIIe siècle à l’Alchimie contemporaine

François TROJANI // ERGON et PARERGON

François TROJANI // L’Esprit et l’Être

François TROJANI // Les Rose-Croix et l’Alchimie

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RAFAL T. PRINKE // « Lampado Trado » - De la Fama Fraternitatis à la Golden Dawn

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Frédéric GARNIER // Du secret alchimique de François de Chazal et de son origine

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