Jean ARTERO // FULCANELLI – L’Adepte invisible – Interview #1

L’ALCHIMIE une Tradition vivante

Il ne pouvait pas être un Numéro Spécial sur l’Alchimie - en tout cas tel que nous le concevons - sans que bien sûr soit évoqué dignement la figure tutélaire de Fulcanelli ! Mais de quel Fulcanelli parlons nous… ? Puisqu’il en apparaît quasiment un tous les trois mois sous un nouveau patronyme ! À croire que Fulcanelli, « l’Adepte aux mille visages », comme à la fête foraine, se reflète sans cesse dans un labyrinthe infini en forme de palais des glaces… ! Est-ce un hasard circonstancié ou bien un jeu de miroirs volontaire de la part de l’Adepte… ? Et quels sont les auteurs contemporains qui se laissent prendre benoîtement à un tel miroir aux alouettes ? Où se trouve donc Fulcanelli, l’Adepte facétieux qui se joue de nous avec autant de facilités… ? Il fallait bien un historien de l’Alchimie comme Jean Artero pour se pencher à merveille sur cet imbroglio de noms dont la liste démesurée ne cesse de s’étendre en permanence et surtout pour nous permettre de revenir à peu plus de raison… Jean Artero dans son ouvrage « Fulcanelliana » - Petit guide hermétique consacré à la biographie de Fulcanelli - reprend à zéro « l’affaire Fulcanelli » et nous emmène à reconsidérer brillamment chaque thèse d’auteur, une à une, comme une enquête policière à charge et à décharge. Absolument toutes les pistes sont abordées, et ce sans aucune concession. Pour une fois, à rebours de toutes les thèses évoquées, dans ce livre captivant de bout en bout Jean Artero s’engage résolument, il ne nous propose pas, bien heureusement, un patronyme de plus à ajouter à la longue liste des Fulcanellis possibles, mais en réalité nous dit en quoi et pourquoi il ne peut être tel ou tel…

« Chroniques de Mars » No 23, avril 2017 – Numéro Spécial Alchimie.


ENTRETIEN avec Jean ARTERO

Chroniques de Mars // Jean Artero, bonjour, vous publiez ce mois-ci un nouvel ouvrage sur ce que l’on appelle communément le « mystère Fulcanelli », ce livre fait suite à votre « Présence de Fulcanelli » déjà publié chez Arqa et écrit il y a dix ans maintenant. Si ce premier livre était un ouvrage historique remarquable, salué comme tel à sa sortie, et pionnier en la matière sur le sujet traité, reflétant par ailleurs le climat alchimique ambiant ayant cours à la Belle Époque, votre nouveau « Fulcanelli » est, lui, présenté sous forme de guide et nous permet donc d’y voir beaucoup plus clair dans le maquis quasi-inextricable de toutes les thèses et antithèses publiés sur Fulcanelli depuis une dizaine d’années, concernant la biographie avérée ou supposée de l’Adepte invisible. De multiples noms ont été proposés dans cet intervalle de temps, certains très récents, certains fort intéressants au plan de la recherche, d’autres beaucoup plus « farfelus », dirons-nous… ; certaines thèses sont fortement étayées de documents d’archives incontournables, ce qui est très notable, d’autres thèses, dans une égale confusion d’ensemble, reposent sur des analyses superficielles et bien peu convaincantes...

On peut citer comme patronymes sans souci d’exhaustivité dans cet amalgame de noms divers : Julien Champagne, Eugène Canseliet lui-même, un ou des membres de la famille de Lesseps, Camille Flammarion, Raymond Roussel, Carlos de Bourbon, Gustave Eiffel, Paul Decœur, Jules Violle, etc., etc., … la liste est loin d’être close, semble-t-il, puisque de nouveaux noms apparaissent régulièrement dans un pêle-mêle bien débridé !

Vous avez, de votre côté en tant que chercheur et historien de l’Alchimie, dans ce livre, fait œuvre charitable en reprenant toutes ces thèses, une par une, en les passant au crible de la raison et de l’histoire connue, notamment à travers les détails et les témoignages d’époque, pour en tirer une quintessence qui permet au lecteur attentif de s’y retrouver parfaitement dans cet enchevêtrement incroyable de noms divers et variés. Il y a, là, pour « Fulcanelli », le plus souvent des scientifiques de premier plan, bien sûr, mais pas que… Votre ouvrage qui recense la totalité de ce qui a déjà été publié sur le sujet depuis l’origine du « mystère Fulcanelli » rend compte avec autorité et justesse de toutes les pistes évoquées par les différents auteurs contemporains de ces thèses. Thèses qui nous mettent mieux, somme toute, sur les traces de Fulcanelli lui-même, c’est donc à porter grandement à votre crédit. A ce titre, ce livre qui vous a demandé plus de deux ans de travail reste une somme incontournable quant aux nombres de citations présentées et commentées, grâce à l’index en fin de volume aussi, et surtout a comme mérite la mise en perspective de chaque silhouette évoquée, en tant que « fulcanellisable » possible… Pouvez-vous, pour nos lecteurs, sans bien sûr trop déflorer vos analyses de fond, nous donner globalement, à titre d’exemples, quelques indications précieuses et nécessaires sur quelques différentes pistes évoquées par tous ces auteurs… ?

Jean ARTERO // Bonjour, et d’abord merci de votre aimable invitation. Vous avez raison d’insister sur le fait que ces « Fulcanelliana » constituent une sorte de prolongement naturel à mon « Présence de Fulcanelli ». Dans cet écrit initial, j’avais surtout essayé de montrer à quel point la personnalité réelle que recouvre désormais le pseudonyme de l’alchimiste contemporain le plus traduit au monde importait moins que la dimension hermétique, littéraire et même spirituelle de son œuvre.

Après cette synthèse forcément imparfaite, j’ai voulu proposer à mes lecteurs et lectrices une analyse plus poussée et actualisée des thèses des un(e)s et des autres sur cette œuvre et cette personnalité. D’où le choix fait de présenter lesdites études une par une, et de les apprécier, pour l’essentiel, en fonction de leur rapport propre à l’opus fulcanellien, bien plus au demeurant que de leur dévoilement plus ou moins réussi selon les cas de l’occulte personnalité de Fulcanelli.

A mon sens, pour l’instant, cette personnalité reste assez largement mystérieuse, quels que soient le talent et l’imagination de nos fulcanellistes, et ce même s’il est incontestable que certains de ses disciples, au premier rang desquels nous trouvons évidemment Julien Champagne et Eugène Canseliet, nous permettent de nous en approcher au plus près.

Chroniques de Mars // Selon certains auteurs présentés dans votre livre, « Fulcanelli » ne serait pas une personnalité à part entière, mais en réalité un « melting pot », c’est-à-dire comme son étymologie anglo-saxonne l’indique précisément : « un creuset destiné à fondre les métaux » - autrement dit un collectif de noms - ayant partagé une charge, ou une « mission » commune, le temps de l’édition de deux ouvrages majeurs consacrés à la Tradition pérenne. Là aussi encore, ce collectif de noms peut être très variable… Parfois, autour de Dujols, de Champagne, de Canseliet, des de Lesseps, d’Alphonse Jobert, etc. Les assertions sont multiples, quel est votre sentiment sur ce sujet, en vous référant aux thèses citées dans votre ouvrage ?

Jean ARTERO // Il y a dans cette approche de l’élucidation du pseudonyme fulcanellien du vrai et du faux. Comme je viens de le sous-entendre, il devient évident à la longue que l’œuvre de Fulcanelli est le résultat d’un travail collectif. Et que Julien Champagne en fut plus que l’illustrateur, comme Eugène Canseliet en fut plus que le préfacier et rédacteur supposément final.

En outre, Champagne comme Canseliet n’ont pas hésité, l’un précocement, l’autre plus tardivement, à se prévaloir du « titre » de Fulcanelli.

Leur statut est assez unique de ce point de vue, et même si on ne peut exclure à ce stade des recherches que d’autres hermétistes ou alchimistes aient participé à l’élaboration de l’opus fulcanellien - Pierre Dujols-Magophon est de ce point de vue un candidat des plus sérieux, tant les accents de son Hypotypose au « Mutus Liber » nous semblent proches de ceux de l’auteur du « Mystère des Cathédrales » et des « Demeures Philosophales » - il est difficile encore aujourd’hui d’avoir des certitudes à ce sujet.

Reste que ni Julien Champagne ni bien sûr Eugène Canseliet n’avaient à la fin du XIXème siècle ou au début du XXème, au moment où selon toute vraisemblance ont commencé à s’élaborer le « Mystère » et les « Demeures », le bagage nécessaire pour en être les véritables inspirateurs. L’identité de cet inspirateur, ou de ces inspirateurs, nous échappe toujours actuellement...

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FULCANELLIANA // TABLE des MATIÈRES // I - Les de LESSEPS par Jean-Claude Allamanche - II - FULCANELLI par Bernard Allieu & Bernard Lonzième - III - Carlos de BOURBON par Javier Corzo Sanchez - IV - Camille FLAMMARION par Frédéric Courjeaud - V - Albert Cochon de LAPPARENT par Christophe De Cène - VI - Jules VIOLLE par Johan Dreue - VII - Pierre DUJOLS par Geneviève Dubois - VIII - FULCANELLI par Roger Facon - IX - Paul DECŒUR par Filostène - X - Albert Cochon de LAPPARENT par Jacques Grimault - XI - Paul DECŒUR par Walter Grosse - XII - Alphonse JOBERT & Pierre DUJOLS par Richard Khaitzine - XIII - FULCANELLI par Leo Krugerman - XIV - Gustave EIFFEL par Cédric Mannu - XV - Paul DECŒUR par Nicodème - XVI - FULCANELLI par Luis Miguel Martinez Otero - XVII - FULCANELLI par Kenneth Rayner Johnson - XVIII - Jules VIOLLE par Patrick Rivière - XIX - Julien CHAMPAGNE par Evelyne Segaud.

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Jean ARTERO - Les Chroniques de Mars numéro 23, avril 2017 - Extrait du livre de Jean ARTERO : FULCANELLIANA


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