Patrick BERLIER - La Symbolique des deux saints Jean - Les personnages

De tous temps, les antiques courants initiatiques ont toujours célébré le Feu-Principe assimilé au Verbe et à la Lumière personnifiée. Entre Histoire et Tradition, Patrick Berlier, traversant le Jourdain et reprenant son bâton de pèlerin, nous invite à le suivre sur les traces des deux Saints Jean dans cet ouvrage flamboyant où les deux figures bibliques : l’Évangéliste, « l’apôtre que Jésus aimait », et le Baptiste dit « le Précurseur », sont tous deux identifiés en tant que symboles de la Connaissance et de l’Amour, aux Portes solsticiales, Jean Baptiste, au solstice d’été, et Jean l’Évangéliste au solstice d’hiver...


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Jean Baptiste entra dans l’histoire lorsqu’il vint s’installer au bord du Jourdain pour prêcher et baptiser, prenant avec lui quelques disciples, dont vraisemblablement un jeune homme également nommé Jean, le futur apôtre et évangéliste. L’Évangile selon saint Luc précise que cela se passait en « l’an quinze du principat de Tibère César » (Luc, 3, 1). Tibère étant devenu empereur en 14, la quinzième année de son règne correspond donc à l’an 28. Luc dit encore : « Et Jésus, lors de ses débuts, avait environ trente ans » (Luc, 3, 23). En réalité, Jésus ayant dû naître entre l’an -7 et l’an -5, comme nous l’expliquerons au prochain chapitre, en 28 il avait donc entre trente-deux et trente-quatre ans, et saint Jean Baptiste aussi puisqu’il est né six mois avant Jésus. Quant à saint Jean l’Évangéliste, traditionnellement représenté sous l’apparence d’un jeune homme imberbe, il avait certainement quelques années de moins : nous avancerons une hypothèse à ce sujet lorsqu’il sera plus précisément question de lui.

En l’an 28 donc, la Palestine était sous domination romaine depuis la conquête de Pompée en 63 av. J.-C. Le pays était alors partagé en plusieurs contrées, dont certaines administrées directement par les Romains depuis l’an 6. Pour ce qui concerne les régions où va se dérouler notre histoire, la Samarie et la Judée (du nord au sud) formaient deux provinces romaines, placées sous le contrôle du procurateur ou préfet Ponce Pilate, qui occupa ce poste de l’an 26 à l’an 36. Les régions frontalières étaient laissées sous l’administration de rois juifs, les tétrarques, souverains fantoches et romanisés, cela pour éviter tout risque de troubles. Galilée, au nord, et Pérée, à l’est, étaient sous l’autorité du tétrarque Hérode Antipas, fils d’Hérode le Grand. Son frère Philippe gouvernait les régions encore plus au nord. Ce sont des données historiques que saint Luc rappelle en introduction du chapitre 3 de son Évangile.

Seuls les Juifs de Judée estimaient être de race pure ; pour eux, les Samaritains étaient une race hybride, ne méritant que le mépris. Quant à la Galilée, c’était une terre dans laquelle plusieurs peuples s’étaient mélangés, y-compris quelques tribus celtiques, la racine gal de son nom étant commune à la plupart des contrées qui furent occupées, au moins un temps, par les Celtes. Pour les chrétiens, il est significatif que le Fils de Dieu ait choisi de s’incarner dans une modeste famille de Galilée, région d’où jamais aucun prophète n’était sorti, mais en naissant toutefois à Bethléem, qui est en Judée et qui fut aussi la ville natale du roi David.

La connaissance que nous avons des deux saints Jean repose sur les deux séries de sources bibliographiques qui ont légué leurs histoires à la postérité. D’abord les récits du Nouveau Testament – Évangiles, Actes des Apôtres, Épîtres – que nous avons extraits de la Bible d’Émile Osty, traduite à partir des textes originaux en hébreu, araméen et grec. Ensuite les livres d’hagiographie, les biographies des saints, en particulier la célèbre Légende Dorée. C’est un ouvrage écrit vers 1264 par l’archevêque de Gênes Jacques de Voragine. Il conte la vie des principaux saints de la chrétienté, en s’appuyant sur les Écritures, sur les textes de ses prédécesseurs et des Pères de l’Église comme saint Augustin, ou encore des chroniqueurs comme Flavius Josèphe ou Eusèbe de Césarée.

Quelques remarques sur ce titre La Légende Dorée sont nécessaires. Le mot légende ne doit pas être pris dans le sens de récit merveilleux, comme on l’entend aujourd’hui. Ce terme doit être pris dans le sens du mot latin legenda : ce qui doit être lu. Autrement dit c’est le sens second du mot légende en français moderne : une explication, un commentaire ajouté à un dessin, un plan, etc. Cette légende est dorée car écrite avec l’or le plus pur de la parole divine. Jacques de Voragine raconte les vies des saints comme s’il en avait lui-même été le témoin. Il exalte leurs destinées exemplaires d’où il ressort, en filigrane, le combat de Dieu contre le Mal. La Légende Dorée a servi de support aux prédicateurs, durant plusieurs siècles. Aujourd’hui le livre a évidemment perdu de sa céleste puissance, mais reste un récit au charme suranné. Il est d’ailleurs toujours édité.

Tous ces ouvrages constituent l’expression écrite de la Tradition mystique chrétienne, qui va être évoquée pour chacun des deux saints Jean. Cette Tradition repose sur des faits vus à travers le prisme de la foi, laquelle se fonde sur une doctrine, une croyance. Croyance en Dieu tout puissant créateur de l’univers et de l’humanité, croyance en Jésus-Christ Fils de Dieu, venu sur terre pour racheter les péchés des hommes par son sacrifice, croyance en la résurrection des morts et en la vie éternelle. Chacun est libre d’adhérer ou pas à cette croyance, mais en tout état de cause la foi mérite le respect. Les pages qui suivent ont été écrites dans ce principe. La foi et la Tradition chrétiennes viendront témoigner, souvent, obligatoirement même, en s’appuyant sur les citations bibliques, mais nous situerons les faits dans leur réel contexte historique, sans jamais perdre de vue leur valeur symbolique.

Pour clore ce chapitre liminaire, évoquons une représentation des deux saints Jean, une huile sur panneau du XVIe siècle, provenant d’une collection privée, révélée à l’occasion d’une vente d’œuvres d’art dont le catalogue fut mis en ligne sur Internet (voir notre cahier iconographique). C’est un tableau de petit format (44 x 60 cm). Les deux saints y sont naïvement figurés, côte à côte, adultes, auréolés, chacun avec ses attributs traditionnels. À gauche saint Jean Baptiste est vêtu d’une chasuble grossière de couleur écrue, serrée à la taille par une ceinture de corde. On le reconnaît grâce à l’agneau et à la croix bannière, qui apparaissent dans la lumière sur le livre ouvert qu’il tient dans la main gauche, et qu’il montre de la main droite.

À droite saint Jean l’Évangéliste est vêtu d’une chasuble verte, serrée à la taille par une ceinture de cuir ; une cape rouge est jetée sur ses épaules. On le reconnaît au fait qu’il est en train d’écrire, à l’aide d’une plume, dans un livre qui est son Évangile. Ce pourrait être une plume d’aigle, ce qui serait une manière astucieuse de faire apparaître l’animal attribut, mais pourtant l’aigle est bien présent, il est juste un peu caché, dans l’ombre, sous la main gauche de l’évangéliste, seuls son bec et son œil se détachent vraiment du fond. Au fil des chapitres suivants nous expliquerons ce que signifient ces attributs. Saint Jean l’Évangéliste est d’autre part figuré imberbe, ce qui est la manière habituelle de le représenter.

Le peintre inconnu – qui a peut-être élégamment signé de son nom ou surnom par les lettres visibles sur le livre tenu par saint Jean Baptiste – a voulu montrer par cette œuvre, touchante de candeur, que des liens ténus unissaient les deux saints Jean. Nous allons maintenant nous attarder à (...)

Patrick Berlier - Extrait du livre : La symbolique des deux saints Jean - Arqa édition - juin 2017.


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