Entretien avec Myriam PHILIBERT - LES MONDES PERDUS #2

Il ne suffit pas de s’enfoncer dans la jungle impénétrable pour parvenir à ses fins. Il faut savoir aussi trouver l’opportunité, le passage ou encore le passeur… De la « Gnose », de la « Parole perdue » aux « Mondes perdus », il n’y a qu’un pas… et, Myriam Philibert, sur les sentiers de la Tradition, emprunte une fois encore cette voie mythique qu’elle connaît si bien, pour nous conter en compagnie des Grands Anciens que sont Platon, saint Brandan, Edgar Cayce, James Churchward, Rudolf Steiner, l’amiral Byrd, et bien d’autres encore, les continents oubliés sous les eaux - et les villes souterraines - qui sont inévitablement une part incontestable de la mémoire vivante de nos Traditions millénaires. Toutes la sève puissante et les racines profondes de nos êtres éveillés puisent inconsciemment dans ces méandres incompris...


Chroniques de Mars // Autre grand sujet qui concerne les Mythes anciens, à propos du Déluge, la « Mère patrie » et la Langue originelle universelle, il s’agit de MU, le continent perdu… Peux-tu nous en parler un peu. Tu cites d’ailleurs dans ton livre, à juste raison, le travail de recherches, inédit, vraiment très passionnant d’André-Jean Bonelli, que nous avions présenté dans le numéro 18 des « Chroniques de Mars » ?

Myriam Philibert // Le mystérieux et improbable continent de Mu attise, lui aussi, l’imagination et entretient la réflexion. Contrepoids dans le Pacifique de l’Atlantide atlantique.

Mère patrie de la langue originelle de l’être humain, combien se sont acharnés à en retrouver les traces ténues et à retracer un passé sans âge ? Récemment, André-Jean Bonelli apporta une contribution originale et inédite à la question, soulevant deux points.

L’héritage génétique, d’une part. Les ultimes survivants de l’antique terre vivraient encore sur un atoll perdu dans le Pacifique. Selon les anthropologues, il y aurait bien eu une seule « mère » humaine au tout début de la préhistoire. Des différenciations ethniques nettes seraient intervenues ensuite, surtout à partir de 10.000 avant notre ère. Étrange ! L’Atlantide s’effondre à ce moment-là... D’autre part, la planète « disparue » entre Mars et Jupiter s’invite ici. Les scientifiques se gardent bien d’aborder le sujet et de dater l’explosion cataclysmique qui a jeté des millions de débris dans l’espace, laissant le champ libre aux hypothèses les plus audacieuses ou les plus déroutantes. A-t-elle pu contribuer au peuplement de la Terre… ?

Chroniques de Mars // Quand on parle de l’Atlantide, on pense aussitôt à Platon, et quand on parle de MU, la référence historique et le personnage qui apparaît aussitôt en tête de chapitre et bien sûr le colonel James Churchward (1852-1936) ; peux-tu nous le présenter, sans lui, il est bien possible que MU, fut définitivement oublié, n’est-ce pas ?

Myriam Philibert // Mu et le colonel Churchward, voici un autre point de controverse... Sa biographie est sujette à caution ! Et il appartient à une lignée de chercheurs versés dans l’inspiration médiumnique ou se vantant de collecter des traditions occultes et oubliées, mystérieusement rapportées par des prêtres plus ou moins illuminés qui, inconditionnellement, auraient livré à des inconnus les arcanes de leur savoir. Fut-il un imposteur, ou croyait-il vraiment aux assertions qu’il avançait avec une soif effrénée de sensationnel ? Ses thèses ont enthousiasmé les foules et ses romans eurent un succès fou. Si sa force de persuasion a généré une approche extravagante du mythe « Mu », au travers d’hypothétiques tablettes, elle a discrédité, pendant cinquante ans au moins, toute quête archéologique d’envergure sur la civilisation des Mayas.

Chroniques de Mars // Le continent Lémurien a aussi été « radiographié » par de savants initiés comme Rudolf Steiner ou encore Malcolm de Chazal, famille d’exception dont nous nous ne faisons régulièrement l’écho, grâce à notre ami Frédéric Garnier, qui nous présente un de ses aïeux en la personne de François de Chazal de la Genesté (1731-1795), qui fut un alchimiste et Rose-Croix réputé… Peux-tu nous présenter les recherches de Steiner et de Malcom de Chazal concernant la Lémurie… ?

Myriam Philibert // Avec la Lémurie, autre sujet tabou et évanescent, la science et l’occultisme se retrouvent, une fois encore en conflit. Pourtant la base paraît (scientifiquement) sérieuse, mais difficile. La Tradition prend le relai pour évoquer la « troisième » race humaine, ici mise à l’honneur. Rudolph Steiner se lance éperdument dans cette aventure, tentant de concilier géologie et approche traditionnelle. Pour retrouver les Lémuriens, selon cette dernière optique, et pour étayer ses dires à propos de leurs fantastiques terres, il use des surprenantes archives akashiques – la mémoire de l’humanité. Selon lui, au cours de l’ère Tertiaire, des femmes plus ou moins fantomales s’adonnent au rêve, tandis que les hommes préfèrent la magie. Étonnant Eden de nos origines ! Pour sa part, Malcolm de Chazal, natif d’une île échappée à la submersion du continent, explore, puis use et abuse du « temps du rêve » et il entre en connexion avec un prophète lémurien qui lui fait d’énigmatiques révélations... Ainsi, il ouvre involontairement une voie royale aux romanciers de Science Fiction.

Chroniques de Mars // On ne peut, en réalité, s’intéresser à tous ces continents perdus, sans s’intéresser à leurs explorateurs, à leurs découvreurs, en tout cas pour ceux qui en réchappèrent et qui purent témoigner... Un des plus extraordinaires de ces hommes d’exception est sans aucun doute le contre-amiral Richard Byrd (1888-1957). Toute sa personne est entièrement rattachée au mythe de « la Terre creuse », n’est-ce pas… ? Il consacra une large partie de sa vie à l’exploration des pôles. Selon toi, aurait-il partagé le vieux fantasme d’Edmond Halley à propos de la terre creuse… ? Il semble aussi que Jules Verne, fut un fervent admirateur de cette bien curieuse théorie… ?

Myriam Philibert // Richard Byrd nous autorise à entrer profondément dans un autre style « d’affaires », non seulement fantastiques mais liées au secret absolu, qu’il se devait d’emporter dans la tombe. Comment a-t-il osé lâcher des bribes d’information et faire la lumière sur « la terre creuse » ? Depuis Platon, peu de chercheurs, en dehors d’Edmond Halley, ou de romanciers d’anticipation comme Jules Verne, n’avaient remis cette hypothèse au goût du jour. Des Maîtres, une fois encore, tenaient-ils à divulguer quelque secret enfoui non pas dans la mémoire des hommes mais dans celle de la terre ? Découverte exceptionnelle ou fantasme de pseudo-scientifique ? Ici, les lois élémentaires de la physique usuelle sont quelque peu bousculées. Il faut trouver des parades admissibles. Maya, l’illusion, chère à Platon, s’invite pour bousculer la réalité. Richard Byrd, contre-amiral et explorateur des pôles, a-t-il eu le privilège de découvrir, brièvement certes, les tréfonds de la planète, là où vivent de sages Intra-terrestres ou d’entrevoir un univers inversé, régi, lui, par des extraterrestres supérieurs à nous ? Toute la question reste posée. L’homme a-t-il été abusé, trahi par un mirage, une hallucination, dans une zone extrême, où tous les instruments de mesure s’affolent. Est-ce lui le mystificateur ou a-t-on falsifié ses propos dans un but perfide, pour brouiller les pistes et jeter le discrédit sur ses espoirs d’inventeur… ?

Chroniques de Mars // Myriam…, on ne peut pas achever cet entretien sans évoquer - voire invoquer – évidemment, « l’Aggartha » - Nous avons à faire là, non pas à un « continent perdu » mais bel et bien à un « territoire oublié » seulement vivace dans l’inconscient collectif et dans le témoignage nébuleux de quelques explorateurs de terrains ou en archives… Sans entrer dans trop de détails que nos lecteurs découvriront parfaitement dans ton livre, peux-tu simplement nous donner quelques pistes de réflexions sur ce que tu considères être « l’Aggartha ? » - « Continent imaginaire », « sas vers une autre dimension », ou encore « territoire sacrée » en relation étroite avec notre surface terrestre par des « portes induites » comme aime à dire notre ami Alain Le Kern… ?

Myriam Philibert // Aggartha : voici une autre « terre intérieure » et une nouvelle énigme à résoudre. La perception sensible nous permet d’appréhender les notions d’intérieur et d’extérieur. Mais ne serait-ce pas une illusion ? Le mythe de la Caverne de Platon nous permet d’apprécier toute la fantasmagorie de la question : où est le réel, où est l’imaginaire ? Aller au-delà, c’est admettre des « réalités d’un autre type », mais tenter de franchir la barrière de l’irrationnel, tenter d’ouvrir la porte au-delà de laquelle il n’y a plus de porte. Insaisissable ! Quelque part, on rejoint l’image archaïque de la théocratie de Platon, à propos de l’Atlantide. Ici, le Roi du Monde représente l’autorité suprême. Où se situe véritablement son royaume ? Où s’ouvre l’accès à son domaine ? Comme pour l’Atlantide, nombre d’incursions, nombre de quêtes sont restées vaines. Il est des mystères qui doivent demeurer occultes, ou accessibles seulement à quelques privilégiés. Heureusement, la physique quantique ouvre des horizons qui font le lien entre les mondes, car elle reconnaît ces univers parallèles, jusqu’à lors identifiables seulement par des moyens non conventionnels, comme l’intuition, la révélation, le rêve, la transe, voire l’illumination. Cependant, apporter la preuve de leur existence n’introduit pas, pour autant, la voie royale qui conduit vers cette immatérielle cité d’or. Comment Être en Aggartha demeure un mystère quasi absolu ! Il reste à souhaiter de beaux jours à la littérature fantastique et à la fraîcheur qu’elle apporte dans un monde parfois désenchanté...

Entretien avec Myriam PHILIBERT - Les Chroniques de Mars, numéro 24 - 24 juin 2017.


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