Myriam PHILIBERT - LES MONDES PERDUS - Le Sidh et la navigation de Bran

Il ne suffit pas de s’enfoncer dans la jungle impénétrable pour parvenir à ses fins. Il faut savoir aussi trouver l’opportunité, le passage ou encore le passeur… De la « Gnose », de la « Parole perdue » aux « Mondes perdus », il n’y a qu’un pas… et, Myriam Philibert, sur les sentiers de la Tradition, emprunte une fois encore cette voie mythique qu’elle connaît si bien, pour nous conter en compagnie des Grands Anciens que sont Platon, saint Brandan, Edgar Cayce, James Churchward, Rudolf Steiner, l’amiral Byrd, et bien d’autres encore, les continents oubliés sous les eaux - et les villes souterraines - qui sont inévitablement une part incontestable de la mémoire vivante de nos Traditions millénaires. Toutes la sève puissante et les racines profondes de nos êtres éveillés puisent inconsciemment dans ces méandres incompris...


LES MONDES PERDUS

J’apporte une branche de pommier de l’Au-delà, une branche d’argent étincelant, qui porte des fleurs de cristal.

(La Navigation de Bran.)

Pour sa part, Bran, prince et fils de Febal, attiré par quelque sirène voluptueuse, qui lui a fait don d’une branche de fleurs de cristal, vogue vers « l’île aux femmes », avec vingt-sept marins. Est-elle située au Nord ou vers l’Occident ? La course semble aisée, si l’on regrette un incident de parcours. Un port se profile, propice pour renouveler les provisions et une chaloupe est mise à l’eau. Confiant, le marin débarque, mais aussitôt, il est mis en pièce et dévoré par la population cannibale. L’esquif poursuit sa voie jusque vers un lieu inquiétant. Deux montagnes de verre s’entrechoquent, ne laissant qu’une étroite fente entre elles. Malgré leur appréhension, les navigateurs se glissent là…

Et ils atteignent, enfin, une île paradisiaque où les fruits sont merveilleusement gros et goûteux, où le jour ne finit jamais, où le temps s’est définitivement arrêté. Pourtant, ils ne restent qu’une seule journée ! L’un des matelots a le mal du pays et tous s’en retournent. Sur l’Océan, vague et vide, les hommes ne rencontrent que le souverain de l’au-delà qui galope sur un char à deux roues. Ce dernier tente de les alerter sur la relativité du temps. En vain !

Enfin, ils arrivent sur les côtes d’Irlande et le premier qui saute sur le rivage tombe immédiatement en poussière. Prudent, Bran interroge un pêcheur, qui finit par avouer que le nom de Bran figure dans de vieilles chroniques. Des centaines d’années se sont écoulées…

Depuis son bateau, Bran rédige son épopée et repart vers les îles lointaines et sa dulcinée. Ici, le paradis appartient à une culture celte et païenne, alors que celui de saint Brandan est résolument chrétien. N’est-ce pas, dans les deux cas, une fiction comparable, avec une géographie irréelle ? Pourtant, on peut également avancer que Bran a découvert le Triangle des Bermudes, ou quelque faille, ou mieux un vortex spatio-temporel.

Il est une île lointaine. À l’entour, les chevaux de mer brillent Belle course contre les vagues écumantes Quatre pieds la supportent.

Georges Dottin,

l’Épopée irlandaise

Si Bran, fils de Febal et irlandais, s’illustre dans la quête des îles lointaines, un autre Bran, géant et gallois, est, lui aussi, associé à une île, également située hors du temps. Le nom de Bran a rapport avec le corbeau, messager entre les mondes. Cette nouvelle légende se rattache au cycle arthurien. Une guerre atroce a eu lieu entre Irlandais et Gallois. Il ne reste que sept survivants gallois qui rapportent avec eux la tête coupée de Bran, laquelle a des vertus prophétiques. Sur leur trajet, entre l’Irlande et le Pays de Galles, une île flottant au-dessus des eaux leur apparaît. Encore une étrangeté ! La curiosité aidant, ils abordent… On ne sait comment. En fait, l’île ne se situe pas directement dans l’eau, mais qu’elle repose sur quatre pieds. Étonnant !

Et ils se retrouvent prisonniers « entre quatre angles », mais charmés par les oiseaux de Rhiannon. Pendant quatre-vingt ans, ils vont goûter aux joies de l’Autre monde. Un jour, l’un d’entre eux ouvrira la porte du tertre, et l’œuvre du temps et la putréfaction reprendront leur droit…

Et les héros, le fil de leur propre histoire.

Le Sidh, île Blanche ou verte comme Avalon, se révèle comme le paradis promis aux valeureux celtes. Ils y restent parfois définitivement ou, si leur mission n’est pas achevée, ils revêtent un corps pour permettre à d’autres d’accéder à ce monde bienheureux. Purement imaginaire, ces îles échappent à toute tentative de cartographie.

Avalon, pourtant, existe bel et bien, jadis au sein d’un marécage qui en faisait une île, à moins que ce ne soit son double, invisible au commun des mortels. Nul ne saurait préciser si la dépouille mortelle du roi Arthur y a bien été inhumée. Derrière sa tour ruinée, son puits recelant une eau ferrugineuse et son labyrinthe ascensionnel, Glastonbury réserve encore bien des secrets. Morgane la fée et ses huit sœurs lunaires ont su tracer, dans leur magie fatale, un cercle d’invisibilité autour de ce qui ne devait pas être encore dévoilé. Cette île prodigieuse se trouve (…)

Myriam PHILIBERT - Les MONDES PERDUS (extrait) - Les Chroniques de Mars, numéro 24 - 24 juin 2017.


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