Charles ANTONI (1941-2016) - In Memoriam

« La Conscience de Soi est un état de conscience qui n’est pas naturellement présent en nous. Il doit être créé par nous-mêmes. Il provient d’un développement spécifique et intentionnel de la fonction émotive. Ceci ne demande ni travail difficile ni souffrance ; en fait, la souffrance est une barrière et un obstacle : plus l’on aura conscience de soi, moins l’on souffrira et vice-versa. »

Charles Antoni

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Charles Antoni est un écrivain français né le 2 décembre 1941, fondateur de la maison d’édition L’Originel.

Après une enfance à Monaco, il se lance dans le théâtre avec Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil, il joue dans « Le Capitaine Fracasse » de Théophile Gautier, dans « La Cuisine » d’Arnold Wesker, dans « Le Songe d’une nuit d’été » de William Shakespeare. En 1969 il répond à l’appel de l’Inde et écrit ses premiers livres de yoga. Au cours de ses sept voyages en Inde il rencontre les personnes décisives pour sa formation de philosophe. Adepte de Tai-Chi-Chuan ou de yoga chinois, littéralement : « boxe du faîte suprême », est, selon comment il est pratiqué, à la fois une gymnastique de santé, un art martial chinois, d’inspiration taoïste, et une voie spirituelle.

En 1976 à Paris il fonde la revue et les éditions « L’Originel ». Charles Antoni se consacre également à son goût pour l’écriture et publie une quinzaine d’ouvrages. Il est diplômé de la Fédération Française de Hatha-Yoga. Depuis 1980 Charles Antoni est sociétaire de la Société des gens de lettres. En 1998 il fonde et préside "l’Association française des amis de Fernando Pessoa". En 2013 il fonde et dirige l’Association littéraire François Augiéras.

De nombreux thèmes sont abordés dans les livres de Charles Antoni, tels que le développement personnel, la non-dualité, les philosophies de l’éveil, la Corse, l’enseignement soufi, Gurdjieff, la littérature, le yoga, la santé et le bien-être...

Charles Antoni quitte son corps physique, en Corse, le 29 juillet 2016.

// Source

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“ Vis ta vie ne sois pas vécu par elle ” - Fernando Pessoa

Charles Antoni, acteur, écrivain, nous invite à suivre notre propre chemin vers une vie pleine de conscience.

Délaissant sa Corse natale, à l’âge de 21 ans, il arrive à Paris où il prend des cours de théâtre au Vieux Colombier, endroit où viendra le chercher Ariane Mnouchkine du théâtre du Soleil, avec laquelle il commence une carrière théâtrale prometteuse. Très rapidement, mai 68 viendra bousculer la conscience des uns et des autres entraînant la troupe vers des représentations et un engagement politico-artistique, et Charles Antoni vers d’autres horizons : - un libraire, face au cirque Medrano où il travaillait, lui a mis dans les mains un livre de René Guénon et très vite aussi – « Fragments d’un enseignement inconnu » …

Cela le provoque à partir en Inde d’abord à Pondichéry où il rencontrera Mère, et Satprem, puis Swami Poonja, se familiarisera également avec les enseignements de Chandra Swami. Il voyage beaucoup, (7 voyages en Inde), part sur les traces de Gurdjieff, rencontre les grands penseurs de ce XXe siècle. De retour en France, il fonde les Editions l’Originel, devient l’éditeur de Prajnanpad, et emprunte les voies initiatiques occidentales, ne laissant de côté rien qui ne lui permette de faire des rencontres, d’asseoir sa pensée et d’explorer le monde intérieur. Il poursuit en créant en 1977 sa revue trimestrielle « L’Originel », qui donne matière à connaissances et transformations, avec des dossiers tels que ceux sur la Corse et le Portugal qui n’ont pas leur équivalent dans le sérieux et la pertinence de leurs exposés. Ses propres écrits sur le yoga, le soufisme, le développement personnel et essentiel, côtoient des auteurs choisis pour éclairer la Tradition d’Orient et d’Occident et constituer un fonds riche sur l’hermétisme, la philosophie, la spiritualité.

En dehors des sentiers battus, Charles Antoni nous livre son message comme pour nous « secouer » d’une léthargie avancée. Car il n’y a pas d’autre but dans ces pages que de nous accompagner à contre courant, nous exhorter – et plus particulièrement les jeunes, les « générations futures » - à vivre ses rêves éveillés, accomplir des actions justes, et se laisser agir par la vie.

Le changement ne viendra que « le jour ou chacun se sentira solidaire de l’autre et de la Nature dont dépend notre service que nous le voulions ou non… Nous devons avoir le courage de nous mettre face à nous-mêmes », « il faut prendre le temps de regarder, sans être obsédé par le but final… on découvre alors un monde plein de signes qui n’attendent que d’être vus et pris en compte, il ne s’agit pas de miracle, mais d’attention à tout ce qui se présente à nous ».

Courage, attention, vigilance, effort, compréhension, des valeurs à mettre d’urgence entre toutes les mains (jeunes et moins jeunes) pour simplement parfois se (re)dire que « tout est possible, le monde est neuf, tout reste à faire … », et que « l’amour ne peut pas être qu’un mot ».

Caroline Chabot - Journal Réel

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IN MEMORIAM - CHARLES ANTONI

Charles mon ami, où-es-tu ?

Tu as quitté ce monde le vendredi 29 juillet à Volgheraccio, dans ta montagne corse.

Progresses-tu en défricheur dans le « non frayé » ou attends-tu en vigile la « Princesse Absente » sur le bord du chemin ?

Es-tu suivi par la vieille qui tend la pomme, histoire de t’inviter à recommencer la farce, ou la chasses-tu de tes yeux mi-clos, comme un mauvais rêve ? toi, homme de théâtre qui savait déciller les regards.

A Neige, qui t’a précédée de trois mois et cinq jours pour ce pays d’au-delà des monts, d’au-delà des morts que nous sommes, si d’aventure tu la croises, tu peux dire : « à présent je sais ». Et que tu l’exprimes à ta manière : « … bon Dieu, p... ! ça dépasse tout ce que je pouvais imaginer ! », ne m’étonnerait pas !

A l’Age, où nous devions vous recevoir Paule et toi en Septembre, tu ne viendras pas… Je le regrette, ami, parce que je sais que tu aurais aimé t’asseoir au soleil sur le perron dominant le parc, en compagnie de nos chats et je te vois, ton stylo à la main… et ce registre sur lequel, chaque jour, de ton écriture fine, tu notais tes impressions afin de n’en laisser perdre aucune.

Ce cahier qui ne te quittait pas, côtoyant ta tasse au café sans cesse renouvelé et le cendrier rempli jusqu’à la gueule de tes cigarettes inachevées, je le revois, palimpseste sans arrêt recomposé, annoté, rectifié… cahier « akashique » où des vies et des vies – les tiennes - empilées les unes sur les autres, cherchaient par là à se manifester.

Ainsi va la vie, ainsi vont nos jours. Pilotés à vue sur un frêle esquif, nous pensons le diriger en godillant approximativement. C’est notre lot commun, combien de fois l’avons-nous évoqué ensemble, vieux frère ? Je ne retracerai pas ici ton parcours, tes amis le connaissent ; il me suffit de dire que tu fus assurément ce « coureur d’aventures », cavalier bleu quêteur de Vérité qui, d’ ouest en est et du nord au sud se déplaça pour la traquer en veneur, cette Vérité, même et surtout, en ce petit « vaissel très secret » où elle sommeille en chacun de nous.

Ce qui reste de toi repose à présent dans la tombe des tiens, au petit cimetière corse de Felce, sous les châtaigniers trois fois centenaires de la montagne. Mais sous ta verrière du neuvième arrondissement, au milieu des milliers de livres empilés et tapissant les murs, les tiens sont là, les tiens, ton « testament philosophique », rédigés les uns après les autres comme autant d’hommages à Gurdjieff, Ramana Maharshi, Shri Nisargadatta Maharaj, UG, Cattiaux, Klima et tant d’autres que tu admirais…

Mes pensées vont aussi à Paule, la compagne fidèle de tes derniers jours, et à toute l’équipe de l’Originel, ta « maison », assuré qu’à ta façon tu veilles sur eux, comme un soleil qui continue à briller, attentif à chasser l’intrus car, comme l’écrivit Louis Cattiaux « …ce monde est cruel, et la douleur l’habite. »

« A nous revoir, ami ! »

Georges Magne

Les Chroniques de Mars, numéro 26 - décembre 2017.


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