Entretien avec Myriam PHILIBERT - DE SPARTACUS à BATMAN #2

« Que ton épée te soit fidèle, ton ami sincère, ta dame douce, aimable et constante ; et au milieu des sourires de l’amitié et de l’amour, tu perdras enfin le souvenir de l’île solitaire... » - Walter Scott

Des Mythes et Légendes à la Chevalerie de combat

Une histoire contée depuis les cirques romains dévolus à Spartacus et ses hommes jusqu’aux villes tentaculaires dans lesquelles combattent dans la Matrice - et au fin fond de notre Psyché - les héros emblématiques des Temps modernes. Dans ce livre d’Histoire intitulé « De Spartacus à Batman », l’auteur, Myriam Philibert, Docteur en Préhistoire, grande spécialiste des Mythes et des Légendes, des symboles anciens aussi, mais surtout gardienne aimante de ces personnages si glorieux, relate avec un style hors du commun la fabuleuse légende de nos héros anciens.

* * *

SAINT MICHEL, SAINT GEORGES, ACHILLE, SPARTACUS, CUCHULAINN, GALAAD, LES TEMPLIERS, JEANNE D’ARC, MIYAMOTO MUSASHI, NÉO, BATMAN…


Le mythe du héros chevaleresque en Occident chrétien

> SUITE de L’INTERVIEW de MYRIAM PHILIBERT

Chroniques de Mars // Jeanne d’Arc – la pucelle d’Orléans - n’est bien entendu pas oubliée dans ton livre. Pour cette période, c’est d’ailleurs le personnage central de la chevalerie médiévale, pourrait-on dire, avec Bayard et Du Guesclin ! Jules César, en son temps, avait d’ailleurs qualifié la cavalerie gauloise de « chevalerie », mais il faut bien reconnaître comme tu le soulignes qu’être « chevalier » et être « guerrier » correspondent à deux états différents... Le chevalier possède « un supplément d’âme » qui lui vient de loin, peux-tu exposer un peu cette dimension spirituelle tout à fait singulière parlant de la mission de Jeanne d’Arc… ?

Myriam Philibert // Et la chevalerie devint féminine avec une guerrière, Jeanne d’Arc. La femme combattante s’inscrit dans le mythe des civilisations eurasiatiques. Ailleurs et originellement, les traditions des peuples cueilleurs qui remontent au paléolithique ancien, prônent la non-violence. Jeanne rejoint l’élite chevaleresque que représentent Bayard ou Du Guesclin. Habillée en page, elle n’exalte en rien la féminité. Est-ce pour cela qu’elle s’en prend avec une rare violence aux femmes légères qui accompagnent les troupes ? Avec une ardeur et une délectation toute masculine, elle se livre au combat, s’y illustre par quelques faits d’armes et défend une cause, guidée par des « voix » célestes. Comme Achille, elle entre dans la légende rapidement. Le bûcher lui donne aussitôt une vénérable aura de sainteté. Cependant, ce parcours, vite enjolivé, nuit à l’histoire et de larges pans d’ombre subsistent, à l’heure actuelle, à son propos, dont les principales questions : qui fut-elle vraiment ? Mourut-elle sur le bûcher ? Son « corps » vient-il d’être mis au jour ?

Chroniques de Mars // Avec beaucoup de pertinence, tu abordes aussi les Arts Martiaux et l’Extrême-Orient, avec la Chine, la Corée et bien sûr le Japon, pour nous parler des Samouraïs ! C’est une façon habile, par mimétisme et opposition apparente de faire une digression importante pour finalement mieux revenir à l’Occident chrétien ! Les valeurs de chevalerie sont parfaitement partagées par ces deux Mondes… Tu parles dans ce chapitre très documenté notamment de l’Art de la Guerre de Sun Tzu, bien sûr du Bushido, et aussi du fameux Gorin-No-Sho ou « Traité Des Cinq Roues » de Miyamoto Musashi ! Un personnage extraordinaire qui a été le plus grand Samouraï de son temps !

Peux-tu nous donner quelques éléments d’appréciation le concernant… ?

Myriam Philibert // Pour les Grecs ou les Romains, il y avait les barbares et les autres, les « Civilisés ». On imagine volontiers les barbares déferlant, sans discipline et en hurlant sur le champ de bataille, coupant les têtes, tuant avec une rare sauvagerie et ivres de leur carnage. Vision simpliste mais pertinente. N’attendons rien du guerrier sanguinaire. Et fions-nous au chevalier. Ne reste-t-il pas courtois jusque dans le combat ?

La distinction est subtile. Le « barbare » Spartacus respectait les codes d’honneur de la profession. Myamoto Musachi, en son temps, ôta des vies innombrables, avec un art consommé et un détachement exemplaire, pour l’honneur. Tous deux dépassent le cadre étroit du simple combattant pour atteindre un héroïsme transcendant. Sur un plan historique, les arts martiaux d’Extrême Orient sont nés en Inde, avant de diffuser vers la Chine d’abord puis la Corée ou le Japon. Une discipline stricte et codifiée, et une éthique – une « chevalerie » -, en quelque sorte, même si beaucoup de combats se déroulent à pied, les caractérisent. Celle-ci est universelle. On peut aller en Amérique précolombienne, également, où chaque affrontement est régi par des lois implacables et d’une rigueur sans faille. Ne les nomme-t-on pas, eux aussi, « chevaliers » ?

En Extrême-Orient, le fameux manuel de l’Art de la guerre date du temps de Lao-Tseu. Et le Bushido (ou « Voie du guerrier ») constitue l’aboutissement du rituel du samouraï. Un millénaire d’affinement des gestes et de l’art du combat, auquel Miyamoto Musashi apporte sa propre contribution avec le Traité des cinq roues ! Faut-il brosser le portrait du plus grand Samouraï de tous les temps ? Une interminable succession de duels. Un seul avec un alter ego totalement égal en énergie et en puissance avec lui-même, et voici le tournant décisif dans sa carrière. Un guerrier oublieux du sabre et se livrant à la calligraphie. Avouons que sa vie est un roman.

Chroniques de Mars // Tu t’attaques aussi au Cinéma hollywoodien… ! Parmi les personnages de fiction mais si caractéristique d’une symbolique chevaleresque, tu nous parles de Neo et de la Trilogie « Matrix », dont tu donnes un décodage extrêmement pertinent, décodage qui relate très bien la connaissance traditionnelle contenue dans ces trois films… Et surtout très bien cachée… C’est un vrai régal ! Et puis, il y a évidemment Batman, le « chevalier sombre » le « dark knight »…, qui occupe lui aussi l’espace de tout un chapitre final. Son emblème est la chauve-souris, symbole plutôt nocturne et mal compris… – Louis Charbonneau-Lassay en parle d’ailleurs dans son « Bestiaire du Christ » ; Batman est un super-héros un peu particulier justement… Peux-tu nous donner, là aussi quelques clefs interprétatives ?

Myriam Philibert // L’art cinématographique, comme le conte, verse dans l’éternel conflit Bien – Mal. Il lui faut des « héros » et des antihéros, et des luttes sans merci. La trilogie « Matrix » se révèle effectivement d’une richesse symbolique surprenante à mettre en lumière et, malgré son actualisation dans un contexte futuriste, renoue avec une Tradition qu’il est de bon ton de qualifier de Primordiale. Quant à Batman, il introduit une notion ambiguë, celle de chevalier obscur (« dark knight »), dans le cadre d’une symbolique anglo-saxonne des couleurs où le noir représente le soleil et le blanc, la lune, ce qui paraît paradoxal. Il se dévoile donc ni totalement blanc et veule, ni totalement noir et luttant dans le camp des forces bienfaisantes. En réalité, seul son emblème, la chauve-souris, flirte avec le monde sulfureux des Enfers et le Prince des ténèbres. Elle tisse également des liens avec les vampires, immortels, assoiffés de sang !

Et le champion, tantôt humain, tantôt héros, évoluant dans une clarté toujours crépusculaire, se bat avec des forces plus occultes encore que lui-même mais hautes en couleurs. Étrange personnage, cachant derrière un masque (et quelques accessoires) le fait qu’il ne soit pas un super-héros mais se borne à vivre aux marges de ces deux mondes, d’une échelle de valeur différente !

Chroniques de Mars // Pour finir avec toi Myriam cet entretien, il semble pertinent d’expliquer aussi en quoi la perfection du guerrier se conçoit comme un héroïsme transcendantal. Sans trop entrer dans les détails que tu donnes dans ton livre, je pense qu’il serait utile que tu nous mettes un peu sur la voie et que tu évoques ici cet aspect si profondément initiatique en guise de conclusion… ?

Myriam Philibert // Si le super-héros supra-humain triomphe toujours, il est dur, en fait, d’être héros ou chevalier, et d’aucuns renâclent devant la tâche à accomplir et/ou le sacrifice à accepter. Ce sont des hommes ! Dans le Mahabharata, Arjuna en donne une illustration d’anthologie. Tous rencontrent des guides qui les poussent et les obligent à dépasser leurs limites. Pour le chevalier, la monture, passeur entre les mondes, devient un précieux auxiliaire. Sans initiation héroïque ou chevaleresque, il n’y a pas d’héroïsme transcendantal. Ainsi, se dessine une « voie du guerrier », en quête d’une perfection sublime. Pouvons-nous la définir ? Discipline, courage, renoncement, et autres valeurs. Le cheminement s’avère ardu à ceux qui manquent de persévérance.

Une piste se fraie avec l’image symbolique du centaure Chiron, et de sa parfaite maîtrise du corps, de l’âme et de l’esprit. Ne fut-il pas l’enseignant d’Achille et de tant d’autres héros ? Ne renonce-t-il pas, dans la souffrance infinie, à l’immortalité, préférant un destin terrestre ?

Ne représente-t-il pas, aujourd’hui encore, la base et l’essence de l’héroïsme ou de la chevalerie ?

En notre siècle, des pistes plus actuelles sont à explorer…

INTERVIEW de Myriam PHILIBERT #2 - "DE SPARTACUS à BATMAN"- Les Chroniques de Mars, numéro 27 - mai 2018.


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