Myriam PHILIBERT - Miyamoto Musashi – Calligraphie & Art de la Guerre

« Que ton épée te soit fidèle, ton ami sincère, ta dame douce, aimable et constante ; et au milieu des sourires de l’amitié et de l’amour, tu perdras enfin le souvenir de l’île solitaire... » - Walter Scott

Des Mythes et Légendes à la Chevalerie de combat

Une histoire contée depuis les cirques romains dévolus à Spartacus et ses hommes jusqu’aux villes tentaculaires dans lesquelles combattent dans la Matrice - et au fin fond de notre Psyché - les héros emblématiques des Temps modernes. Dans ce livre d’Histoire intitulé « De Spartacus à Batman », l’auteur, Myriam Philibert, Docteur en Préhistoire, grande spécialiste des Mythes et des Légendes, des symboles anciens aussi, mais surtout gardienne aimante de ces personnages si glorieux, relate avec un style hors du commun la fabuleuse légende de nos héros anciens.

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SAINT MICHEL, SAINT GEORGES, ACHILLE, SPARTACUS, CUCHULAINN, GALAAD, LES TEMPLIERS, JEANNE D’ARC, MIYAMOTO MUSASHI, NÉO, BATMAN…


De la Chine où la guerre est une vertu (parfois) taoïste, passons au Japon où une société de type féodale va développer celle-ci dans toute son horreur et dans tout son code d’honneur. L’art du sabre, dit-on, forge le caractère. Pourtant à l’origine, le shintoïsme était une religion prônant l’harmonie entre l’homme, la nature et les divinités. Cette confession, sans dogme, sans rite, sans éthique précise, fleurit jusque vers 550. Dès lors, le Japon s’ouvre aux influences et aux courants philosophiques étrangers, venant de Chine essentiellement. Les courants philosophiques, Taoïsme et Chán, qui devient Zen, renouvellent totalement l’esprit japonais.

L’effort de guerre débute après 700, quand les Japonais comptent coloniser les terres des Aïnous, redoutables cavaliers. Une première classe de guerriers, à cheval et armés d’arc, se forme alors. La conscription a précédé l’apparition de ces troupes. Au vu des revers engendrés par ce système originel, une refonte de l’organisation sociale a été conçue. Les groupes les plus aisés ont alors fourni des hommes et les paysans ont été exemptés de l’effort militaire. Ainsi sont nés « les Samouraï », guerriers nobles au service de l’empereur. Le mot lui-même apparaît dans un manuscrit du Xe siècle.

La fleur des fleurs est le bourgeon de cerisier ; Le Samouraï est homme parmi les hommes. (Proverbe.)

Voilà la vision idyllique du combattant ! Des lois rigoureuses régissent la profession. En réalité, il semble que celles-ci n’aient pas d’existence avérée avant le XVIIe siècle, où treize préceptes juridiques sont énoncés. Cependant, certaines règles sont attestées de tout temps. Fanatique, et c’est une expression qu’il emploie à propos de lui-même, le combattant demeure à la disposition de son seigneur et maître jusqu’au sacrifice total. Il méprise la mort, grâce à une solide préparation mentale. En fait, le peuple japonais, dans son ensemble, cultive un relatif détachement par rapport à la vie, ce qui se traduit par une absence de peur face à la mort.

Quand un Samouraï est constamment prêt à mourir, il a acquis la maîtrise de la Voie et il peut sans relâche consacrer sa vie entière à son seigneur. (Josho Yamamoto, Hagakuré.)

La fin du VIIIe siècle voit renaître une paix relative, et l’armée de métier n’a plus de justification, sauf dans certaines campagnes… En des périodes troubles, les Samouraï font montre d’une bravoure exemplaire lors des combats. En temps de paix, ils se sentent inutiles et dévalorisés. Ils s’affrontent souvent, avec honneur, pour des querelles anodines ! Puis viennent les premières rebellions. Cruauté, sectarisme, sauvagerie caractérisent certains et ternissent l’image de marque du combattant. À ces époques, l’éthique ne semble pas être la préoccupation principale ni des généraux, ni des hommes de troupe. Si celui-ci doit obéissance à ses supérieurs, il a tout pouvoir sur le petit peuple, et il ne se prive pas de cette prérogative.

Le Japon s’installe peu à peu dans une ère féodale, où sévit une très forte hiérarchisation. Le Shogun entre en jeu. En 1185, Minamoto no Yoritomo prend le pouvoir et dirige le pays ; l’empereur n’a plus aucune influence, alors qu’auparavant le Shogun correspondait à un général en chef issu d’un milieu princier, et nommé le temps d’une campagne. Cette phase de l’histoire japonaise va durer jusqu’au milieu du XIXe siècle.

Qui sont les Samouraï ? Sont-ils nés de l’adoption d’un corps d’archer à cheval, au VIII e siècle ? Sont-ils plutôt des gardes du palais ? Le mot indique le service. Toujours est-il qu’ils passent de celui de l’empereur à celui des riches propriétaires terriens, en lutte contre les bandits ou leurs propres rivaux. Certaines familles de Samouraï, comme les Minamoto conservent tout au long des siècles, une influence déterminante à la cour. Il faut attendre la fin de la période féodale pour que les guerriers abandonnent quelque peu leurs armes pour devenir fonctionnaires et/ou s’intéresser aux arts et lettres. En son temps, Miyamoto Musashi avait trouvé la « Voie » et donné une impulsion à une démarche artistique.

L’éducation des fils paraît austère, soumise à une discipline rigide, sans confort, ni plaisir. Dès son plus jeune âge, le garçonnet apprend à développer maîtrise de soi, courage, impassibilité. La gymnastique et la pratique des arts martiaux sont quotidiennes, dans des conditions très spartiates de vie. Tout apitoiement est banni. Une surveillance constante s’appesantit sur le jeune homme. On compte une quarantaine d’armes différentes à manier. Mais, la préférence va aux deux sabres qui forment son attirail de combattant, à la lance et à l’arc, lui aussi très prisé. Il arrive que l’on envoie les enfants pour trancher les têtes des condamnés, afin qu’ils s’aguerrissent. Un enseignement portant sur le respect des dieux et des ancêtres complète ces bases générales, où figurent la littérature, l’histoire et la calligraphie. Mais le sommet de l’art est de connaître le moment où l’on doit sacrifier sa vie pour l’honneur et par loyauté.

Dans cette perspective, le Seppuku, forme rituelle du suicide à l’arme blanche, représentait aux yeux du samouraï la preuve la plus authentique de maîtrise de soi en même temps que la manifestation la plus élevée de son pouvoir sur sa destinée. (André Protin)

Miyamoto MUSASHI

Miyamoto Musashi (1584-1645) représente l’exemplarité du Samouraï, bien qu’il n’ait pas eu de maître, et appartienne – officiellement - à la catégorie des « rônins ». Quelques faits le dépeignent, avec éclat ou ironie. Son héroïsme le fait passer de l’histoire incertaine et parfois enjolivée à la légende. Il est l’acteur principal d’un roman paru en 1935, la Pierre et le sabre. À treize ans, il tue son premier adversaire en duel ; à dix-sept ans, il reste pour mort sur le champ de bataille et ne doit sa survie qu’à sa force d’âme. Quelques années plus tard, il alimente ses prouesses en éliminant un à un les membres d’autres écoles d’escrime, usant d’un sabre de bois contre des armes métalliques. Soixante, voire soixante-dix-neuf engagements successifs victorieux et mortels : un splendide exploit !

Un nouveau et dernier duel force le respect général – il est commémoré par une stèle - mais l’incite à abandonner définitivement ce jeu dangereux, jugé futile et inutile. On raconte que son adversaire du jour usait d’un sabre particulièrement long et lourd, manié à deux mains. Pour sa part, Miyamoto Musashi prit une rame du bateau qui l’avait conduit sur l’îlot où devait se dérouler le combat. Il y eut un effet de surprise indéniable, en raison de la longueur inhabituelle de l’arme… Et Koryu Yoshioka se retrouva assommé, avant même d’avoir compris ce qui fondait sur lui. À la suite de cet acte prodigieux, Miyamoto Musashi obtient un commandement militaire.

Puis, après trente-cinq ans, il se consacre à la peinture, à la littérature – il commet plusieurs ouvrages sur les arts du combat – et à la calligraphie. Il a également conçu un jardin, hélas disparu ! Très populaire en dépit de l’orgueil dont il fait preuve, il est mis en scène dans le conte des Trois mouches. Voilà une anecdote plaisante où trois spadassins sans foi ni loi s’apprêtent à l’attaquer dans une auberge. Miyamoto Musashi a remarqué leur manège, mais il reste stoïque et continue son repas, malgré trois mouches qui l’importunent. Les rônins jouent la provocation. Rien n’émeut le guerrier, en dépit de leurs railleries.

Tout à coup, en trois gestes rapides, le Samouraï attrape les trois mouches qui tournaient autour de lui, et ce avec les baguettes qu’il tenait à la main. – (Trois mouches.)

Inutile de dire que les trois hommes déguerpissent sans plus lui chercher noise, ravalés, semble-t-il, au rang d’insectes importuns. Même après avoir abandonné la carrière militaire et la pratique du sabre de compétition, Miyamoto Musashi continue à entretenir son corps et surtout son esprit. On narre, avec humour, sa fuite d’une maison en feu, d’où il aurait sauté avec la souplesse d’un adolescent. Vers soixante ans, il se retire dans une grotte et devient méditant. C’est dans cette retraite qu’il rédige ses traités sur les formes de combat. Il demande à être enterré dans son armure d’apparat.

Un mot sur le Shodo, la Voie de l’écriture. Pendant longtemps, le Japon n’a pas connu l’écriture. Il l’a emprunté à la Chine et la langue officielle est demeurée le chinois jusqu’au XIXe siècle. Cependant, les lettrés ont développé une expression exceptionnelle de l’écriture – la calligraphie, avec plusieurs styles, selon les textes administratifs, la correspondance ou les poèmes, et deux types de caractères. L’art consiste en un tracé d’un seul jet et en une seule respiration, qui fait de chaque calligraphie une œuvre unique.

Sur le plan des arts martiaux, il a mis en œuvre une technique de combat très spécifique, où il utilise les deux sabres simultanément, le katana dans la main droite et le sabre court, dans la gauche. Imaginons la maîtrise et la force que demande un tel art, si l’on n’est pas ambidextre, sachant que le sabre se manie usuellement à deux mains. Certains ont pu railler le fait qu’il appartenait à une classe modeste, même si son père fut escrimeur, ce qui fait de lui un « rônin » ; il n’en demeure pas moins que ce fut un homme d’exception, sur le plan de la puissance tant physique que mentale. Le traité des cinq roues (ou Gorin no sho) demeure sa contribution magistrale à ces arts qui ont été toute sa jeunesse. Il commence ainsi :

J’ai voulu exprimer, pour la première fois, en un livre la Voie de ma tactique nommée École de Niten dont j’ai poursuivi l’élaboration durant de nombreuses années. C’est ainsi qu’au début d’octobre de la vingtième année de l’ère Kan-ei (1643) je me suis rendu au mont Iwato situé dans la province Higo en Kyushu. J’ai salué le Ciel, me suis prosterné devant Avalokitesvara (Kannon) et me suis assis face aux Bouddhas. (Miyamoto Musashi)

Au début, il donne avec complaisance quelques éléments biographiques, avant d’entrer dans un exposé qui se réfère aux cinq éléments, la Terre, l’Eau, le Feu, le Vent et le Vide. Dans la première partie, il décrit la société japonaise et ses quatre classes, plaçant les (…)

Myriam PHILIBERT - "DE SPARTACUS à BATMAN" (EXTRAIT) - Les Chroniques de Mars, numéro 27 - mai 2018.


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