Thierry E. GARNIER // « L’Île aux 30 cercueils » - L’énigme des 3 CARTES – Boudet – Verne – Leblanc

I – Voyage au centre de ma terre

« Al cap dels sèt cent ans, verdeja lo laurèl »

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Il y a de cela plus de trente années, en Occitanie, à une époque révolue où je partageais mes recherches de terrain avec des amis choisis, dans un triangle d’or entre Théopolis, le château d’Arginy, les chapelles templières du Verdon mystérieux d’Alfred Weysen et Rennes-le-Château et son sulfureux secret de prêtres - mis à l’honneur par Gérard de Sède dans son « Trésor maudit » - je constituais alors avec bonheur, de retour en mes terres provençales chères à Mistral et Giono, de très nombreux dossiers qui me servirent bien des années plus tard pour réaliser l’iconographie attitrée de toutes mes éditions futures, que ce soit pour la Revue « Arcadia » de 1999 à 2002 ou les livres publiés chez « Arqa » à partir de 2003 .

À cette époque-ci, à Rennes-le-Château, Henri Buthion recevait les chercheurs de passage à sa table et Jean Pellet (il existe une histoire peu commune à raconter entre eux deux, à l’origine de leur différent commercial, dans les années 60) était pour tous les chercheurs de terrain, comme Guy Gentil et ses amis, le personnage charismatique absolument incontournable à rencontrer, véritable mémoire vivante de tout ce qui s’était passé depuis 1967 comme recherches de toutes sortes dans le petit village audois – et il y en eut beaucoup… Y compris de sacrées falsifications de la décoration de l’église et du domaine de Saunière, par certains chercheurs arrivés les premiers et que l’on encense aujourd’hui sans savoir, ce sont ces mêmes égarements d’alors qui font les chausse-trappes des nouveaux arrivés, sans parler des vols, intimidations, et autres infractions commises par quelques uns sur place…

Dans la même période, exactement, Didier Hericart de Thury était, lui, un inconnu de presque tous, sauf de quelques rares chercheurs, et bien sûr de Buthion qu’il visitait très régulièrement pour ses recherches familières, de Pierre Plantard aussi qu’il croisa une fois à Rennes-le-Château. Pour ma part, ce n’est que bien plus tard, en 2009, que j’ai pu côtoyer Didier, avec chaleur, à son domicile de Carcassonne lors de mes visites, dans son magnifique appartement sublimement décoré de reproductions parfaites des Bergers d’Arcadie et d’un certain tableau de Teniers qu’il avait fait concevoir à grands frais, à Paris, dans un atelier de maîtres. S’ensuivit, entre nous, une correspondance très amicale échangée de temps à autres et l’envoi par Didier de quelques livres et de documents d’archives, au fil du temps, concernant notamment l’inclusion du mythe de Rennes-le-Château dans l’espace populaire audois des années 1960 et 1970, sujet qui le passionnait véritablement, ces documents me furent par la suite légués par Didier de son vivant.

De par ses nombreuses rencontres et des témoignages afférents, Didier reste pour moi, à ce jour, l’un des chercheurs les plus experts dans la connaissance de « l’énigme des deux Rennes », secret qu’il aurait eu je pense plaisir à nommer « énigme de Sougraigne » - comme la nomme aujourd’hui Franck Daffos avec conviction - si la camarde n’avait pas fait son office bien trop tôt.

II - L’Île aux 30 cercueils

« Entre Alaric et Alaricou es la fortuno de tres reis. »

Vieux dicton populaire audois, souvent cité par Alain Caradec.

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J’ai eu la très grande chance de pouvoir en ce temps béni, de fin de comète, de découvrir sur le terrain le mystère des deux Rennes, dans les années 80, à une époque ou des hordes (non pas de wisigoths), mais de touristes français et étrangers ne s’étaient pas encore disséminés à tout va, sac à dos et pataugas, poêle à frire en main, dans les campagnes audoises environnantes, hiver comme été, à la rencontre d’un certain « fauteuil-du-diable », d’un « tombeau-des-Bergers-d’Arcadie » au lieudit des Pontils (découvert à l’origine par un Jean Pellet sur le qui-vive, qui en informa promptement Gérard de Sède)…

Nous étions partis à la recherche d’un bras profond d’une rivière salée emplie de siphons d’eau, de grottes énigmatiques enivrés de genêts du Cardou, de sentiers escarpés du Bugarach investis par les élémentaux de pierre bien avant même que la montagne magique devienne pour le monde entier une… « base extra-terrestre » ; à la rencontre de profondes failles avoisinantes l’aven Paris non loin de terres agricoles de Rennes-le-Château, partis encore que nous fûmes aux abords du cimetière pentu et de la sacristie de Coustaussa, encore fortement gardée par le fantôme sépulcral de l’abbé Gélis, partis à la recherche d’une certaine mine de kaolin d’Alet d’où l’on revenait « blanchis » après avoir visité les vestiges ouvragés de la grande cathédrale diaphane au corps démembré en plein ciel, investiguant aussi durant des journées entières vers le Bézu « templier » et ses paysages grandioses, puis retournant aux alentours du cromlech de Rennes-les-Bains, avec ses « pierres levées » à découvrir et ses « dolmens-aux-fées » enfouis dans une luxuriante végétation séculaire.

Recherches menées plus loin en direction des racines profondes du donjon carré d’Arques, à proximité des dernières et indicibles archives cathares encore conservées-là par de pieuses personnalités du cru, nous abreuvant en cours de randonnées au pont romain si caractéristique par sa forme en plein cintre et son absence de parapet ou se rafraîchissant à une fontaine moussue envahie l’été de nombreuses salamandres, tout près du château des ducs de Joyeuse... (Sans parler du sentier souterrain qui descendait à pic de la montagne de Rennes, vers le village tout en contrebas, seul encore connu des anciens…). Et plus près de nous, maintenant, au Pech-d’En-Couty et sa chatière gardienne du seuil - qui risque de devenir au fil du temps un point de passage obligé, aujourd’hui inscrite sur la carte au trésor à découvrir comme un problème qui n’a pas encore révélé toutes ses énigmes.

Dans les années 2000, il y a près de vingt ans maintenant, je me remémore avoir continué une fois mes pérégrinations de terrain avec Christian Doumergue avec qui j’étais allé voir sur place un certain « cheval de Dieu », figuration zoomorphe et minérale parfaitement dissimulée dans des roches ocres et blanches, en contre-jour d’un versant de colline envahie par les chênes verts ; ou encore, plus tard, je me souviens aussi avec sourire de cette incroyable visite ensoleillée à « la Pierre Alcor », un 22 juillet en la fête de Marie Madeleine, en compagnie de Jean Brunelin et de Jean-Luc Chaumeil.

Cette chance a été dédoublée, pour moi, par le fait que mon ami Alain Caradec (1930-2003) qui fut mon initiateur sur le terrain était de profession ingénieur, géomètre-expert, et avait donc acquis au fil des années une connaissance parfaite des territoires environnants Rennes-les-Bains et Rennes-le-Château ; nous allions nous recueillir ensemble alors, pour finir notre parcours d’une journée, sur la fameuse tombe de l’abbé Boudet et son livre mystérieux, à « Axat », dont le nom latin emprunte au fleuve Aude (1). Alain Caradec avait été, de plus, très lié avec Henri Buthion chez qui il avait logé - au domaine - durant plusieurs années d’affilée, dans les années 1970, avec toute sa famille, ce qui me permit de recueillir ainsi lors de nos randonnées une très belle collection d’anecdotes choisies que je raconterai certainement un jour dans d’autres chroniques sur Rennes-le-Château.

C’est grâce à Alain Caradec que j’ai pu constituer définitivement le projet sur « L’ABC de RLC – L’Encyclopédie de Rennes-le-Château » qui vit le jour en 2007 et c’est grâce à Alain Caradec, encore, que je vais pouvoir faire état ce jour, pour la première fois, de nos recherches communes concernant « L’énigme des 3 CARTES – Boudet – Verne – Leblanc », en présentant succinctement quelques découvertes inédites.

III – BOUDET (1886) - VERNE (1888) - LEBLANC (1919)

« Le cromleck de Rennes-les-Bains se trouve intimement lié à la résurrection… »

Abbé Henri Boudet

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Les premières lectures de Charroux, De Sède, Jarnac, Chaumeil, Captier, puis plus tard dans les années 90, j’aurais la chance de rencontrer également Henry Lincoln, Laurence Gardner, Tim Wallace Murphy, ils furent pour moi, tous ces auteurs, des écrivains à considérer avec bienveillance car ils ouvraient le chemin vers une lumière inextinguible. Je m’intéressais de près, grâce à leurs livres, à ces révélations successives qui me permirent d’investiguer des premières pistes de recherches, de bien défricher, pour mieux dénouer les thèses des uns et des autres, avant de rencontrer certains d’entre eux sur le terrain ou à leurs domicile respectifs. Pour ma part, je n’avais que peu lu dans ma prime jeunesse Jules Verne et encore moins Maurice Leblanc, y préférant avant tout les nouvelles d’outre-monde d’Howard P. Lovecraft et son « rôdeur devant le seuil », ou les personnages d’« Harry Dickson » détective d’un autre style que celui de Lupin, écrit par Jean Ray, ou du baroudeur « Bob Morane » magnifiquement stylisé par Henri Vernes - question d’époque et de modes sans doute. Mais j’ai commencé bien sûr à m’intéresser de près à Verne et Leblanc beaucoup plus tardivement lors des publications très remarquées de Michel Lamy et de Patrick Ferté en 1984 et 1992. Le décodage historiographique que firent ces deux écrivains exégètes des œuvres de Jules Verne et de Maurice Leblanc est d’un remarquable apport concernant « l’affaire de Rennes-le-Château » et il nous apparaît nécessaire ici, au passage, de leur rendre hommage.

Ajoutons que leurs continuateurs d’aujourd’hui, Patrick Berlier et Franck Daffos sont aussi leurs dignes successeurs au regard de leurs contributions littéraires publiées ces dernières années sur ces deux maîtres de la littérature policière et d’aventures (2).

* * *

Venons-en maintenant à notre sujet plus en profondeur, au cœur de la matière, car nous allons revenir sur ces deux derniers auteurs cités. Comme souligné précédemment, Alain Caradec était géomètre-expert et avait constitué un dossier d’archives conséquent concernant l’énigme de Rennes-le-Château. Dans ce dossier figurait au milieu d’archives anciennes ces trois cartes qu’il avait longuement étudiées et dont il m’avait fait part pour confronter nos points de vue. Je dois dire qu’à l’époque je n’y avais pas accordé une importance majeure. Et pourtant…

Les 3 dates que nous précisons ici, 1886, 1888, et 1919, sont capitales à retenir car dans leurs chronologies respectives elles induisent clairement une filiation initiatique et donc une transmission particulière qui n’a rien d’hasardeuse, sachant que Verne fut un contemporain de Boudet et que Leblanc adulait Verne. 1886 est la date de parution de « La Vraie langue celtique » de l’abbé Boudet ; 1888 est la date de parution de « Deux ans de Vacances » de Jules Verne ; 1919 est la date de parution de « L’lle aux trente cercueils » de Maurice Leblanc. Dans chacun de ces trois livres précisément on trouve une carte bien énigmatique, imaginée et plus ou moins « imaginaire », dont le but inavoué est bien de nous faire découvrir par cryptogrammes interposés un endroit privilégié du Razès possédant une signification singulière, en rapport avec le grand secret des Rois de France… - (Et à proximité de…).

La véritable curiosité que nous allons - pour la première fois - présenter à nos lecteurs et amis chercheurs est l’incroyable similitude de forme que l’on ne peut que constater entre ces 3 cartes ! On va le voir maintenant, dans les détails, ce rapprochement nécessaire concerne aussi certains mots légendés qui servent en réalité de fil rouge entre les trois cartes de ces trois auteurs… ! Au plan de la représentation graphique on ne peut que constater que ces trois cartes se lisent sur la verticale, elles sont toutes trois disposées largement sur la hauteur et chacune légèrement cintrées dans leurs parties médianes. Il faudrait être de particulière mauvaise foi, quand on connaît les différentes connexions existantes entre le mystère des deux Rennes et les deux auteurs Verne et Leblanc, pour nous faire accroire qu’il s’agit ici d’une simple coïncidence ! D’autant que si nous creusons un peu plus nous allons trouver de véritables joyaux, comme dans une île au trésor...

On retiendra pour l’instant que seule la carte de l’abbé Boudet nous parle d’un « cromlech », c’est-à-dire ni plus ni moins d’un « cercle de pierres » ; autrement dit d’un endroit - ou d’un territoire - parfaitement géolocalisé et très bien circonscrit. On trouvera cette même notion sémantique chez Jules Verne présentée symboliquement sous la forme narrative d’une « île » dans « Deux ans de vacances » ; de même chez Maurice Leblanc, dans « L’île aux trente cercueils ».

Dans la « Barre-y-Va », roman à découvrir où il est question - entre autres - comme l’a clairement présenté Franck Daffos dans son livre « Arsène Lupin – Gentleman cambriolé » : - « d’un trésor », « d’une rivière salée », « d’une nécropole oubliée », d’un prêtre Lazariste, d’une victime du nom de « Guercin » qui rappelle étonnement « Le Guerchin » et sa fameuse sentence : "ET IN ARCADIA EGO" et son non moins fameux tableau sur le thème de l’Arcadie ! Tout ceci – ce qui fait beaucoup, on en conviendra avec nous - nous amène donc à bien considérer cet ouvrage avec une grande attention. Je subodore, par ailleurs, et pour rester sur ce même sujet, que notre vieil ami Géraud de Barail, dans son superbe livre « L’île rouge », publié en 2009 chez Arqa, mais écrit à partir des années 1960, nous invite volontiers à la même réflexion symbolique à propos de cette fameuse « île rouge »… Un livre parfaitement codé où il est question de Templiers oubliés et d’une Arche d’Alliance dissimulée dans le Razès, dans les environs de Rennes-les-Bains, au fin fond d’une cavité souterraine.

* * *

Sur « La vraie Langue celtique » et sur sa carte annexée, l’étude historique remarquable réalisée par André Goudonnet dans son « Henri Boudet abbé de Rennes-les-Bains – 100e anniversaire », nous suffit pour l’instant comme point de repère initial pour débuter notre étude. Pour servir de guide et de boussole, nous avons pour notre part donné gratuitement à tous les chercheurs s’intéressant à l’énigme, en 2008, en téléchargement libre d’accès sur Internet, la carte en couleurs d’Edmond Boudet, en fac-similé – reproduction très fidèle à l’original, bien plus d’ailleurs que la très mauvaise carte publiée par Bélisane où l’absence de détails caractéristiques est malheureusement flagrante. (Cela n’empêche pas de nombreux chercheurs de continuer à utiliser cette carte défaillante pour leurs articles sur Internet).

PDF - Téléchargement gratuit - Mise en ligne Thierry E. Garnier - 17 janvier 2008

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PDF - Carte de l’Abbé BOUDET - ABC de RLC

Comme un signe du destin ou comme une volonté caractérisée, le roman de Jules Verne « Deux ans de vacances » paraît donc, lui, en 1888. Et justement DEUX ANS (DE VACANCE) ! … c’est exactement le temps qui s’est écoulé entre la sortie de « La Vraie Langue celtique » de l’abbé Boudet, publiée chez Pomiès, en 1886, et le livre de Jules Verne publié en 1888. Quelle curieuse coïncidence... ! On le sait, la carte de l’abbé Boudet attenante à son livre est à elle seul un véritable casse-tête qu’aucun chercheur n’a réussi à décoder dans son entièreté - en tout cas publiquement. La carte dessinée par le frère d’Henri Boudet, Edmond, présentée en fin de volume, n’a que peu de rapport avec la topographie constatée sur le terrain, on le sait. Bien que – et nous ajoutons cette précision avec beaucoup de circonspection à l’égard des chercheurs de terrain actuels – les collines et les montagnes des environs de Rennes-les-Bains, et même certains aspects de cours d’eau, pour des raisons bien précises, ont pu évoluer depuis la fin du XIXe siècle, il suffit simplement pour s’en convaincre de constater comment se disposait ne serait-ce que le menhir de Peyrolles dans les années 1960, dégagé de toute végétation, à l’époque de la sortie de « L’Or de Rennes » de Gérard de Sède - comme nous pouvons le constater dans ce document inédit que nous avait confié en son temps Didier Hericart de Thury, quelques années avant son décès, à fin de publication. Si l’on va se promener aujourd’hui dans les parages, il est peu de dire que le paysage a énormément changé…

A la différence de ce que l’on croit savoir en général, l’émondage et la coupe des forêts ont énormément diminué au XXe siècle pour une raison bien précise, c’est que les villageois du XIXe siècle utilisaient comme bois de chauffage tout le bois qui pouvait leur tomber sous la main à proximité des demeures où ils résidaient. A cet égard, le paysage d’alors est bien à reconfigurer grandement lorsque l’on a compris cette donnée du problème. Si l’on se réfère maintenant au travail de recherches de Patrick Berlier, dans son ouvrage « Jules Verne – Matériaux cryptographiques », il fut le premier chercheur a parfaitement démontrer qu’il y avait une collusion certaine entre les deux cartes présentes dans chacun des deux livres énoncés plus haut, notamment avec l’utilisation abusive du mot « moor » curieux langage abscons employé par Henri Boudet et Jules Verne pour signifier sans doute des « marais », ou des « marécages », et ce dans une langue « anglo-celtique » qui n’a jamais existée !

Pour quelle raison Jules Verne reprend-il donc ce mot précisément ? Sinon pour nous signaler dans quelle direction chercher. Il va sans dire que si cet élément, qui n’est pas un point de détail, était simplement isolé dans l’œuvre de Verne, nous n’en ferions pas cas ici – mais, on le sait, l’œuvre du romancier est truffée de références au mystère de Rennes-le-Château ! Comme le relève avec beaucoup d’humour Patrick Berlier dans son livre : « On finirait par croire que Jules Verne, qui disait ne pas connaître l’anglais, a appris cette langue en lisant le livre de l’abbé Boudet… » ! Sur la complémentarité évidente entre ces deux cartes, nous renvoyons donc nos lecteurs à l’ouvrage de Patrick.

La primauté et même l’originalité de notre démonstration vient du fait que nous ne mettons pas ici en avant, dans notre propos, seulement deux cartes mais bien trois cartes - qui s’emboîtent avec beaucoup d’aplomb et de cohérence. Ce qui réduit considérablement, statistiquement, toute possibilité d’intervention d’un hasard circonstancié.

En ce qui concerne, cette fois, les deux cartes Boudet et Leblanc (dans « L’Ile aux trente cercueils »), Franck Daffos, dans son dernier ouvrage sur l’œuvre cryptée de Maurice Leblanc, apporte une succession de démonstrations pertinentes, en analysant la carte se trouvant dans le roman lupinien. Mais nous allons maintenant attirer l’œil de notre lecteur sur un élément de codage énigmatique qui ne figure pas dans le livre de Franck Daffos et qui ne peut que conforter son travail de recherches.

IV - « Calvaire FLEURI » ou « Calvaire FLEURY » ?

SOLIS SACERDOTIBUS

* * *

Si l’on compare avec attention les deux cartes d’Henri Boudet et de Maurice Leblanc, sans déflorer de trop les découvertes de Franck Daffos que nos lecteurs retrouveront avec plaisir dans son livre fraîchement publié chez Arqa, nous observerons que « le cromlech de Rennes-les-Bains » se trouve être nommé par transposition symbolique, dans le livre de Jules Verne, comme étant « l’île Chairman » ; et se trouve être nommé dans le livre de Maurice Leblanc, comme étant « l’île Sarek ». Rappelons ici que pour Maurice Leblanc « Sarek » veut dire « sarcophage » (3) ! Nous sommes donc bien-là dans une proposition littéraire et métaphorique qui conjoint à la fois une "île" et des "sarcophages", dans un périmètre donné...

N’omettons pas d’ajouter que si l’on met, comme il se doit, le haut de chaque carte au nord et que l’on compare maintenant les trois cartes : - on remarquera que dans la carte Leblanc intitulée « île de Sarek », le mot Sarek est l’anagramme parfaite de « Arques » - petit village non loin de Rennes-les-Bains, qui signifie étymologiquement « Arca » le « coffre », le réceptacle sacré ou, en langue araméenne, « Arqa » pour signifier « l’arche d’Alliance » ; - on trouvera aussi sur cette même carte, un « dolmen », un « Prieuré » (de Sion ?), une « issue de tunnel » et, au sud de la carte de Leblanc, en traversant hypothétiquement le village de Rennes-les-Bains, en direction de Sougraigne, se trouve la maison « Archignat », dont on peut considérer que le mot se déconstruit en « arche » « ignée », ou « arche-de-feu », c’est-à-dire un « coffre » possédant le « feu divin » - autrement dit « l’Arche d’Alliance » (4).

Nous gardons maintenant le meilleur pour la fin de notre démonstration. En haut de la carte de Maurice Leblanc se trouve une mention incroyable qui est celle de la localisation d’un « CALVAIRE FLEURI » ! Cette notation n’a jamais été perçue par aucun chercheur travaillant sur ce dossier comme pouvant avoir valeur de preuve définitive – et pourtant c’est bien de cela qu’il s’agit maintenant de considérer à sa juste valeur ! Quelle est la probabilité sur un million pour que les termes transcrits sur une carte : de « Rennes-les-Bains » chez Boudet, et de « calvaire » « fleuri » chez Leblanc, se retrouvent parfaitement associés, en 1919, sur une carte romanesque, plus ou moins bien calquée sur celle de Boudet et conçue « empiriquement » par un Maurice Leblanc maître en cryptographie à l’instar de son mentor Jules Verne ? Surtout quand on connaît l’importance qu’eurent les différents calvaires Delmas érigés au fil du temps à Rennes-les-Bains , et ce pour vraisemblablement coder significativement soit une direction bien précise, soit une structure hermétique faisant appel aux signataires-donateurs des calvaires, par exemple, ou mieux encore à des membres d’une confrérie religieuse à retrouver, partageant tous un même secret…

Quelle est la probabilité sur un million pour que Paul Urbain de « Fleury » - ou « fleuri » - se trouve totalement associé à ce codage mis en place par Maurice Leblanc, quand on sait par ailleurs que pour Gérard de Sède, Paul Urbain de Fleury (1778-c.1836) - descendant de la noble famille des Hautpoul-Blanchefort par sa mère ; (cette dernière n’étant ni plus ni moins que la petite fille de François d’Hautpoul, Marquis de Blanchefort marié à une certaine Marie de Nègre d’Ables, bien connue de tous les chercheurs castelrennais par sa tombe codée, si mystérieuse) - fut en son temps celui qui détint, plus que tout autre dans cette affaire impossible à résoudre, toutes les clefs du mystère audois. Qu’en savait Maurice Leblanc, qui nous jette ici en pâture un « calvaire fleuri(-y) » ? Rappelons pour les chercheurs oublieux de ce genre de détails que la « Pietà » de Rennes-les-Bains fut offerte dans les années 1800 - selon ce que nous en dit Gérard de Sède - par Paul Urbain de Fleury à l’église du petit village curiste… Rappelons ici encore avec curiosité et malice, fait souvent oublié, que cette Pietà possède - outre son « demi-dolmen » qui s’emboîte parfaitement dans le « demi-dolmen » de la crucifixion d’Henri Gasc - une copie équivalente dans le petit village de Sarzeau, situé lui dans le… Morbihan ! … village à la fois très bien cité dans les œuvres de l’abbé Boudet et celles de… Maurice Leblanc ! Peut-il s’agir ici encore d’une coïncidence ? Rappelons aussi au passage que Paul Urbain de Fleury est connu dans cette histoire pour avoir possédé deux tombes (!), sur l’une des deux figurait la mention : « Il est passé en faisant le bien », nous aurons à revenir sur l’une de ces deux tombes sise dans le cimetière de Rennes-les-Bains, et dans un autre article à suivre sur cette épitaphe.

Ajoutons pour conclure provisoirement : - quelle est la probabilité sur un million que trois cartes aussi ressemblantes dans leurs approches visuelles, comme on peut le constater, fassent apparaître dans leurs détails des éléments de langages cryptés susceptibles de s’emboîter parfaitement avec ceux de l’affaire de Rennes-le-Château, sans que cela soit un pur hasard de circonstance ? On le voit, nous progressons à grand pas dans l’analyse cryptographique du « mystère des 3 cartes »…

V – Un certain Géraud de Barail…

« A l’orée des signes, entre le jour et la nuit, sur la lisière impondérable, il n’est pas impossible que le secret de l’aube et le secret du crépuscule, le secret de l’Occident et le secret de l’Orient soient un seul et même secret. »

Henry Corbin(cité par Géraud de Barail dans « L’île rouge », page 11).

Pour finir notre petit exposé sur le « Mystère des 3 cartes – Boudet – Verne – Leblanc », il nous apparaît nécessaire de conclure sur un engagement de combat concernant nos travaux de recherches. Il s’agit d’une révélation à venir, mais le moment n’est pas encore venu, aussi nous adresserons nous dans notre court épilogue, à nos amis lecteurs, sous la forme d’un logogriphe. Par quel tour de force de l’esprit, et sans pour autant révéler la véritable identité de ce chercheur de « haut vol » - il m’en voudrait assurément - nous ne pouvons donc que conclure notre article de cette livraison 27 des « Chronique de Mars », en faisant observer que si – comme le prétendait de Sède – Paul Urbain de Fleury était sans aucun doute un des meilleurs garants du mystère dit « de l’abbé Saunière », il nous faudrait alors nous pencher un peu plus sur son cas, pour peut-être pouvoir avoir quelques clefs supérieures et tout à fait inconnues. Pour nous la piste est bonne à suivre, alors suivons la…

Depuis la découverte récente et tapageuse « d’un angle à 16° » à Rennes-le-Château, expertise sans concession qui permet donc - selon son auteur - de définitivement décoder l’ensemble du mystère et de lancer sur orbite l’abbé Saunière au panthéon des prix Nobel de mathématiques…, je dois dire que je ne m’étonne plus de rien. Pourtant je dois bien reconnaître qu’aucun chercheur, (à part un auteur historique aujourd’hui décédé qui nous avait interrogé en son temps par lettre manuscrite), aucun chercheur, disions-nous, depuis la publication de « L’Île rouge » de Géraud de Barail, en 2009, ne s’est questionné pour savoir comment il était possible que dans ce livre présenté à la fois comme un polar métaphysique et comme un roman de « fiction », figurât en son plein centre, dans le cahier iconographique proposé par Arqa, de nombreux documents de premier choix concernant l’affaire de Rennes-le-Château – notamment une photo bien curieuse à analyser en tant que document historique de premier plan.

En effet, un document particulier et inédit ne pouvait qu’interpeller le lecteur sagace, il s’agissait d’une remarquable photographie représentant la tombe de Paul Urbain de Fleury, adossée au mur extérieur du cimetière de Rennes-les-Bains ! Comment cela est-il possible, puisque son emplacement actuel en est totalement différent ? A quoi donc est dû ce changement de place… ? Après le cercueil baladeur de l’abbé Saunière, voilà donc « les tombes » gyrovagues de Paul Urbain de Fleury !

Décidément il s’en passe des choses dans les petits cimetières audois !

La réponse est simple et bien connue des anciens chercheurs, (les chercheurs récents dans leurs articles plus ou moins étayés sur Paul Urbain de Fleury ont tendance à mélanger bien des choses). La disposition spécifique de cette tombe, les plus anciens habitants de Rennes-les-Bains l’attesteront, ne peut se comprendre que par rapport aux inondations diluviennes qui se sont abattues sur le petit village audois en 1962, (bien sûr nous ne nous référons pas ici à celles de 1992. – la confusion étant possible). Inondations dévastatrices de 1962 qui obligèrent la commune de Rennes-les-Bains à réaménager entièrement le cimetière du village et les abords de celui-ci.

Ces éléments factuels étant remis dans leur contexte historique, la question que nous posons maintenant est la suivante : - Quel est donc ce chercheur ami, grand spécialiste du mystère audois, capable de réaliser un tel texte mettant en scène l’Arche d’Alliance dans le Razès et à même de prendre en photographie la tombe de Paul Urbain de Fleury, pièce incontournable du mystère dit de Rennes-le-Château – en 1960 - soit sept années pleines AVANT la publication de « L’Or de Rennes » de Gérard de Sède, seul et PREMIER ouvrage historique mettant en scène Paul Urbain de Fleury au regard du mystère des deux Rennes ? Avant Gérard de Sède, s’il y avait bien eu quelques articles peu significatifs et plutôt indigent sur « le curé aux milliards » et le descriptif de Rennes-le-Château de 1936, de Jean Girou, (auteur décédé à Marseille dont nous possédons une édition originale dédicacée et quelques papiers annotés de la main de cet écrivain régionaliste qui nous permettent de penser qu’il avait déjà en sa possession, pour sa rédaction, quelques détails biographiques sur Saunière très peu connus) (5), il faut bien reconnaître qu’aucun historien avant de Sède – (rappelons-le ici piloté en sous-main par Plantard via le dossier Corbu-Boyer) n’avait eu la chance ou la possibilité d’éditer ses recherches que ce soit sous une forme romancée ou historique, si l’on met bien sûr de côté Jules Verne et Maurice Leblanc - mais nous sommes ici dans un autre cas de figure.

La réponse à ce questionnement est donc en attente depuis près de dix ans et depuis la publication de « L’Île rouge » de Géraud de Barail, chez Arqa. (Nous serions ravis de recevoir à l’occasion une réponse circonstanciée aux éditions, puisque nous avons maintenant définitivement levé ce lièvre) (6). Dernière remarque, avant de conclure notre article sur « le mystère des 3 cartes ». Sur la carte de Jules Verne, ressemblante à la carte de l’abbé Boudet et à celle de Leblanc dans ses contours, on l’a vu, se trouve indiqué dans la langue de Shakespeare, en plein centre, un nom, le « Family-Lake », autrement dit : le « Lac de la famille ».

Mais de quelle famille s’agit-il... – selon Verne, Leblanc et Boudet… ?

Thierry E. GARNIER © K2Mars numéro 27 - juin 2018.

1 - J’ai eu l’occasion de raconter en détail ce témoignage de ma venue dans le Razès dans la Préface à « L’ABC de RLC - L’Encyclopédie de Rennes-le-Château », page 23 et suivantes.

2 - Et c’est bien parce que j’avais été enthousiasmé par ces lectures éminentes que j’ai eu dans les années qui ont suivi le projet, marchant sur ces brisées, d’en réaliser pour Arqa des suites remarquables, les plus complètes possibles, avec Patrick Berlier et Franck Daffos.

3 – Cf. Franck Daffos – Arsène Lupin - Gentleman cambriolé, page 113.

4 – Franck Daffos donne une étymologie légèrement différente.

5 – Cf. « L’ABC de RLC – L’Encyclopédie de Rennes-le-Château » – page 35 et 147, 148.

6 - Compte tenu du climat ambiant délétère qui sévit depuis une décennie environ dans le microcosme castelrennais, nous avons déposé et daté pour ces quelques découvertes les notifications ad hoc, et nous incitons les chercheurs qui désireraient « emprunter » ultérieurement nos découvertes à ne pas omettre de nous citer de même pour les documents et photographies présentées © Arqa ed. - Chroniques de Mars - Thierry E. Garnier.

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Arsène Lupin à Rennes-le-Château… ? La question a de quoi surprendre. Cependant depuis les recherches publiées il y a plus de vingt-cinq ans par Patrick Ferté sur le héros de romans de Maurice Leblanc, les découvertes se sont enchaînées et bien des pistes entrevues à cette époque se sont confirmées. D’autres, tout à fait nouvelles, grâce aux recherches inédites de Franck Daffos viennent aujourd’hui amplement valider la cohérence de la piste normande en relation avec le Razès et l’église de Rennes-le-Château de l’abbé Saunière - sans oublier également, en son temps, les révélations de Gérard de Sède guidé qu’il fut en sous-main par un invisible Pierre Plantard tapi dans les coulisse de l’Histoire...

Mais avec quelles sources, avec quels renseignements exactement, avec quels éléments obscurs venus du fond des âges, tous ces initiés qui composent cette saga nous enseignent-ils… ? Quelle fut aussi la part authentique dévolue à ce mystérieux « docteur Hervé » dont il est question dans le dossier Lobineau déposé en toute discrétion à la Bibliothèque nationale de France, à propos de la généalogie des Rois de France… ? Le fil conducteur de ce scénario stupéfiant qu’a été la rédaction de « L’Or de Rennes » de Pierre Plantard et Gérard de Sède, en 1967, est d’ailleurs à lui tout seul une rocambolesque entreprise « lupinienne » pourrait-on écrire… Franck Daffos, dans cet ouvrage absolument remarquable par les découvertes effectuées nous convie à le suivre, une fois de plus, dans ce tome VI des « Chroniques de Rennes-le-Château », dans de nouvelles découvertes extraordinaires… Du bien curieux fort de Fréfossé si évocateur de La Tour Magdala, d’Arsène Lupin à Maurice Leblanc et aux abbés des deux Rennes, le fil de trame se laisse découvrir peu à peu au fil des pages lues, sans oublier La Comtesse de Cagliostro, L’Aiguille creuse, Dorothée danseuse de corde, et bien sûr L’île aux trente cercueils. Sans conteste, à la lecture de tant de révélations le mystère semble se déchirer définitivement et les pièces lumineuses proposées dans ce livre magistral viennent s’imbriquer parfaitement dans l’incroyable puzzle que Franck Daffos reconstitue patiemment depuis maintenant près de vingt années de publication.

Entretien avec Franck DAFFOS // Arsène LUPIN à Rennes-le-Château #1

Entretien avec Franck DAFFOS // Arsène LUPIN à Rennes-le-Château #2

Franck DAFFOS // L’incroyable secret de l’Abbaye de Saint-Wandrille

Franck DAFFOS // Le mystérieux « Docteur Hervé »

Franck DAFFOS // De l’aiguille creuse et le donjon d’Arques

Thierry E. GARNIER // De Jules Verne à Maurice Leblanc - aux sources du mystère

Thierry E. GARNIER // « L’Île aux 30 cercueils » - L’énigme des 3 CARTES – Boudet – Verne – Leblanc

Thierry E. GARNIER // Braquage à Rennes-le-Château

Franck DAFFOS // La véritable utilité du jumelage des deux tableaux de Rennes-les-Bains



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