Dominique STROUC - Réflexions sur les zodiaques

Antinomiques ou complémentaires ?

Revenons tout d’abord sur les faits… Lorsque les fondements de notre astrologie occidentale furent posés par Ptolémée au IIe siècle de notre ère, le zodiaque tropique et le zodiaque sidéral ne faisaient qu’un. Certes l’astronome grec Hipparque avait bien découvert la précession des équinoxes, 130 ans avant J.-C., révélant un décalage entre les deux systèmes d’environ 1° tous les 72 ans, mais ce phénomène fut occulté par Ptolémée, certainement parce qu’il était peu visible à son époque. En effet, le zodiaque des signes et celui des constellations coïncidaient parfaitement en 221 après J.-C., c’est-à-dire que le point vernal se trouvait à ce moment là à 0° de la constellation du Bélier.

Ainsi le zodiaque des signes et celui des constellations se confondirent l’un dans l’autre et le germe de la confusion fut alors planté. D’autres zones de brouillard furent disséminées au cours de notre ère dans bien d’autres domaines de connaissance et de référence, la liste est longue, nous pouvons aller voir du côté des conventions de la gamme musicale occidentale, des mensonges de l’histoire, du découpage du temps et notre calendrier etc. Eh oui, les hommes se sont toujours arrangés pour tenter de cerner le réel malgré sa complexité déroutante. Ah, « Convention », quand tu nous tiens !

Quoi qu’il en soit, nous nous inspirons encore aujourd’hui, des liens analogiques que ces premiers théoriciens tissèrent entre ciel et terre. Force est de reconnaître que les signifiants attribués alors à chaque signe/constellation coïncidaient tout aussi parfaitement avec les cycles naturels dans lesquels l’humain était immergé, son ciel personnel et son ciel cosmique étaient alors unifiés. Est-ce à dire que nous nous sommes progressivement éloignés de notre nature première d’unité vivante pleinement intégrée dans l’univers, les pieds sur la terre et la tête dans les étoiles ?

Ces deux niveaux de réalité ne pouvaient de toute façon que se dissocier à nouveau, nous mettant évidemment dans l’embarras. Mais devons-nous choisir aujourd’hui, entre nous investir aveuglément dans notre présence sur terre ou nous accorder avec le ciel ?

Si nous appliquons le regard quantique qui constate que l’observateur aussi neutre soit-il, agit par ses états de conscience sur ce qu’il découvre, nous n’avons que les problèmes miroirs de notre propre disposition d’esprit. Nous voici donc aujourd’hui dans un état bien schizophrénique…

En cette période de mutation planétaire, même si tous, encore une fois, ne seront pas d’accord à en définir les caractéristiques, ne sommes-nous pas invités à résoudre ce dilemme en ouvrant notre champ de vision ? Nous savons par expérience que les solutions dépendent de notre façon de poser les questions…

Alors que l’avancée des Sciences dissout peu à peu ses antinomies avec les connaissances spirituelles ancestrales, nous piétinons encore dans notre rapport ciel/terre et perdons beaucoup d’énergie dans de stériles polémiques, devons-nous vraiment faire un choix entre ces approches plutôt que d’en appréhender la spécificité et en explorer les richesses respectives ?

Certes, l’homme souvent dérouté par le mystère de son destin leva régulièrement les yeux au ciel en quête de sens et de guidance, mais ses questions furent bien différentes selon les siècles et les civilisations. N’est-ce pas une première piste de réflexion ? Que cherchons nous à éclairer dans la nébuleuse de notre pas ? Notre futur, comme une inéluctable suite d’événements, placée hors de nous même et consignée à des années lumière au dessus de nos têtes ? Sommes-nous si fort perdus dans l’obscur labyrinthe de notre substance qu’il nous faille d’urgence résoudre l’énigme posée par notre présent ? Sur quel plan de notre être appelons-nous la lumière céleste ?

Les multiples questions posées à l’astrologie reflètent toujours la polarisation de la conscience individuelle, civilisatoire et planétaire. Dans les sociétés spirituelles, elle renseigne les parents sur les aspirations d’âme du nouveau venu. De par le passé, elle fut principalement utilisée par les puissants et les décideurs politiques pour accomplir aux meilleurs moments leurs batailles, leurs couronnements etc. Aujourd’hui, elle est couramment interrogée par les êtres désireux de mettre du sens sur leur histoire personnelle et l’astrologie mondiale observe avec brio les émergences, les fractures et les chutes des états du monde.

Le zodiaque tropique, système le plus pratiqué en occident, est bien sûr saisonnier, chaque signe égal évoquant le pas des saisons, il parle de la cyclicité de l’apparition et de la disparition des formes sur terre. Il raconte notre impermanence, décrit avec finesse les mouvements internes et externes de notre expérience d’incarnation, nos angoisses de vie et de mort. Notre ego ballotté plus que jamais dans les reflux de ses mémoires peut ainsi réfléchir sur les empreintes qui engendrent sa manifestation. Le remue-ménage émotionnel qui agite nos contemporains trouve là un outil de lecture particulièrement subtil et profond de l’inconscient personnel, généalogique et karmique ainsi que de l’activation cyclique de ces engrammes au cours de la vie.

Le zodiaque sidéral se cale sur l’emplacement des constellations d’aujourd’hui tout en leur conférant une égale dimension symbolique. Si nous restons sur une lecture analogique, l’importance donnée aux étoiles fixes, peut fournir un éclairage précis sur ce qui échappe au contrôle égotique, à la volonté et au libre-arbitre. Le destin, avec ses rendez vous horlogers incontournables, nous apparaît mué par une logique hors de portée de la compréhension ordinaire des événements et nous effraye. Les mobiles silencieux de notre âme et de sa nécessité intrinsèque d’incarnation semblent encore bien inaccessibles. Le zodiaque des constellations ne serait-il pas le lieu idéal pour explorer de plus près les coulisses des chemins de l’âme, de l’esprit, bref, de notre part plus éternelle ? Une petite frange de l’humanité commence à porter son attention sur cette dimension de l’être, ce qui laisse pressentir de bien belles découvertes dans cette direction…

Une troisième proposition plus récente, le zodiaque astronomique réel, fait moins de bruit mais porte aussi en elle de vastes perspectives d’exploration. Riche des apports de l’astronomie contemporaine, elle nous ramène à la source, loin des conventions, nous proposant un zodiaque composé des treize constellations inégales telles qu’elles se présentent sur le plan de l’écliptique et intégrant le Serpentaire situé entre le Scorpion et le Sagittaire.

L’astrologue, en mal d’adéquation avec la réalité physique, se retrouve pourtant encore une fois bien embarrassé par la vastitude de la réalité astrale, l’astronomie actuelle montrant que les planètes de notre système solaire peuvent au cours de leur révolution, passer devant 21 constellations… De quoi faire exploser nos anciennes grilles de lecture.

Devant ce fait, pouvons nous continuer à nous référer aux seuls signifiants répertoriés par le système symbolique traditionnel ? Cet immense champ des possibles n’imposerait-il pas aux débroussailleurs de ces nouveaux espaces, de se remonter les manches pour découvrir les nouvelles dimensions de réalité intérieure correspondantes, tout comme les anciens l’ont fait pour nous ?

Voici des chemins bien vivants et riches de potentialité. Encore une fois, gardons l’esprit ouvert, qui mieux que le praticien lui-même peut juger de la validité d’un sentier d’exploration ? Juste compte la posture du chercheur tendu entre sa fascination pour sa part manquante et sa peur devant l’insaisissable. Nous restons peut être encore trop occidentaux, dans ces débats, le ciel de référence des astrologues indiens, arabes ou chinois, n’est-il pas encore bien plus différent des nôtres ? Et pourtant n’ont-ils pas eux aussi accès, chacun à leur manière, aux filaments de lumière qui guident les humains dans leur expérience de vie ?



L’astrologue est un passeur. Ce chercheur étoilé, à la fois analytique et intuitif, tisse les ponts subtils entre l’homme et le cosmos, entre l’appréhension de notre cerveau gauche et celle de notre cerveau droit, il œuvre entre les dimensions. Son besoin d’être avalisé par la communauté scientifique ne doit pas lui faire perdre de vue son rôle de médium et sa place entre les espaces rationnels et irrationnels. Il est avant tout l’éveilleur qui met en lumière les analogies invisibles entre les mondes et comme tout bon guetteur, il se doit de dilater toujours plus loin ses perceptions pour accueillir intuitivement la nouvelle donne au travers de ses outils d’élection.

L’astrologie avec tout le respect et l’amour que je lui porte, n’est qu’un outil, une béquille, une grille de lecture entre notre univers intérieur partiellement obscurci et la vastitude du grand Tout. Un support n’en reste pas moins qu’une interface symbolique entre l’état de Conscience de chacun (fruit de l’alchimie intérieure à un instant T de notre équation Essence/ Conscience/ Mental) et le mystère de la Création.

Certains liront au travers des pierres, des nuages, des feuillages, des entrailles, des flammes ou des cours d’eau. La réalité n’est elle pas holographique, chaque parcelle contenant des informations sur le Tout ? L’important n’est il pas simplement le chemin que notre conscience fait au travers d’un outil d’affinité pour fertiliser notre obscurité avec les faisceaux de notre lumière intérieure ?

Nous sommes bien dans la gigantesque salle aux miroirs et nous créons le monde tout en l’observant… L’heure planétaire est à l’urgence, les forces de division font bien assez de ravage, il est grand temps de recentrer notre attention sur l’épanouissement des univers singuliers que nous mettons au monde. Nos jardins sont uniques, et tant mieux, les parfums de nos fleurs et les saveurs de nos fruits témoignent de l’inimaginable diversité de la création.

Comme c’est exaltant !

Ainsi, chaque chemin de conscience apporte sa goutte de lumière à l’humanité, ne nous trompons pas d’ennemis, nous avons vraiment besoin de toutes les bonnes volontés…

Dominique Strouc - Les Chroniques de Mars , janvier 2011.

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