Jacques HALBRONN - L’astrologue d’aujourd’hui est-il un « voyant » ?

On connait cette posture de l’astrologue déclarant « je ne suis pas un voyant ! ». Mais que vaut réellement et qu’est-ce qu’implique une telle affirmation ? En tout cas, sur le web, l’astrologue est bel et bien répertorié comme voyant ou comme sous-catégorie de voyants et cela vaut aussi pour les pages jaunes et il ne semble pas que les astrologues s’en offusquent tant que cela, sont-ils résignés à un tel « amalgame » ? D’ailleurs, l’astrologue préfère prévoir que prédire, ce qui renvoie à la « voyance », du moins étymologiquement. Il est vrai qu’il y a ou qu’il y avait des « diseuses de bonne aventure ».

Un tel distinguo nous fait penser à une personne portant des lunettes et affirmant qu’elle ne saurait être assimilée aux gens qui n’en portent pas. L’exemple n’est pas mauvais puisque l’on reste dans le domaine de la vue.

Toujours est-il que notre astrologue qui ne se veut pas « voyant » explique qu’il n’a pas de dons, pas de « pouvoirs » et que de ce fait il ne saurait être qualifié de « voyant ». CQFD. Mais que vaut une telle définition du « voyant » lequel souvent se sert de « supports » dont le tarot, dont… l’astrologie ?

L’astrologue véhiculerait, à l’entendre, un « savoir » qui s’apprend, qui s’acquiert mais ne ferait appel à aucune aptitude particulière pour « capter » son client. Pourquoi une telle insistance ? Serait-ce pour rassurer son client de ce qu’il n’est pas un « sorcier » ou bien pour se rassurer lui-même ?

On pourrait penser à un argument visant à vendre des livres du genre « comment devenir astrologue », « l’astrologie scientifique à la portée de tous » (Maurice Privat, Paris, Grasset 1935) mais depuis quelque temps se multiplient les séminaires pour éveiller nos facultés « naturelles » [1]. Par ailleurs, l’informatisation des calculs a rapproché l’astrologie d’autres techniques.

Apparemment, le « grand » argument tiendrait au fait que l’astrologue recourt…. aux astres, comme son nom l’indique et que les astres, eh bien ce n’est pas les cartes…même si l’on dresse une carte du ciel. Et l’astrologue de souligner qu’il suit attentivement les dernières découvertes de l’astronomie, au cas où on aurait découvert une nouvelle planète qu’il se hâterait de tester et d’intégrer dans le « thème ». Ce n’est pas l’astrologue qui décide du « tirage » et ce tirage ne change pas d’un praticien à un autre, la carte du ciel restant la même tout au long de l’existence, si ce n’est la prise en compte de l’évolution du ciel (transits). On pourrait en dire autant du chiromancien, encore que l’on nous dise que la main change. Mais enfin, on sait que c’est la main de la personne alors que le thème, encore faut-il « croire » que les astres à notre naissance nous concernent…

Pour ceux qui ont un peu réfléchi sur l’Histoire et la genèse de l’astrologie, les choses ne sont cependant pas aussi simples qu’on veut nous le faire penser, ce qui pose la question des rapports entre astronomie et astrologie. Qu’est-ce que l’astromancie ou l’astrosophie, à la base, si ce n’est une lecture du ciel non pas au moment même de la consultation, que ce soit lors d’une naissance en train de se produire ou pour toute autre circonstance ? Comme le rappelle Serge Bret-Morel [2], l’astrologue pendant des siècles n’avait pas les moyens de dresser rétrospectivement un thème natal, il pratiquait l’astrologie dite « horaire ». Il contemplait le ciel et y cherchait des « signes » bien avant que l’on ait découvert la différence entre planètes et étoiles. Son art comportait certaines règles, conférant une importance particulière à certaines configurations tout comme un tarologue, une cartomancienne accordent de la valeur au tirage de certaines cartes. A la limite, l’astromancien pouvait voir dans le ciel un message à décrypter et ce d’autant plus qu’il ignorait les lois de l’astronomie qui était encore naissante.

Quant aux objectifs poursuivies par l’astrologue, différent-ils tellement de ceux des « voyants » ? Est-ce que le client de l’astrologue sort d’une consultation d’astrologie autrement que de quelque consultation « divinatoire » ? Nous dirons que toute approche individuelle relève soit de la psychologie (psy), soit de la divination (parapsy) mais que le cadre dans lequel l’astrologue opère se rapproche plus de la seconde que de la première. Tout se passe comme si l’on voulait faire de la psychologie dans la conditions propres à la voyance….On parle d’ une consultation et non de séances. Ce singulier est tout un programme même si l’on nous affirme qu’une consultation astrologique vaut dix séances avec un psi. Cela dit, il y a eu effectivement, au XXe siècle (avec Dane Rudhyar, notamment), des tentatives de convertir les outils de la divination astrologique au service de ce que l’on appelle l’astropsychologie. On a gardé tout l’arsenal ancien (maisons, aspects, signes, planètes) mais en se situant non plus dans une dynamique d’intervention ponctuelle, en temps de crise, mais dans l’idée d’une structure permanente du moi à partir du thème natal, ce qui n’est pas sans faire songer au rapport entre allopathie et homéopathie. L’astropsychologie serait une forme homéopathique, « soft », de divination, qui ne s’arrêterait / attaquerait pas aux seuls symptômes.

Loin de nous cependant de vouloir réduire toute forme d’astrologie à un processus divinatoire. Pour nous la divination se situe dans une démarche individuelle et personnelle. Dès lors que l’astrologie aborde les enjeux collectifs (astrologie mondiale), elle se démarque du divinatoire et de la voyance. De même, dès lors que l’astrologie est mise au service d’un psychologue, d’un praticien ayant par ailleurs une compétence et une méthodologie propres, elle cesse d’être divinatoire.

Mais on en arrive au paradoxe suivant : faut-il distinguer voyance et divination ?

La divination, pour nous, passe par des supports et l’astrologie est un de ces supports. La voyance se passe de supports tout comme celui qui se passe de lunettes. D’aucuns disent que la présence de supports rassure le client, ce qui correspond selon nous à une certaine mythologie technologique qui nous fait préférer monter dans une voiture que de se promener à pied. En fait, le qualificatif de « voyant » serait plutôt flatteur et parfois quelque peu usurpé. Tout le monde voudrait être voyant et d’ailleurs cela aide beaucoup dans les rapports humains.

Et ceux qui n’y parviennent pas se tourneront vers telle ou telle forme de divination pour compenser un manque, la divination est une béquille et comment qualifier autrement le comportement de ces astrologues qui sont perdus quand ils n’ont pas le thème de leur interlocuteur comme quelqu’un qui ne trouverait plus ses lunettes ?

>[Jacques HALBRONN] pour Les CHRONIQUES de MARS © 17 janvier 2011

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[1] On pense à ceux proposés par Jean-Pierre Girard, voir notre entretien sur Futurvideo.

[2] Voir son commentaire sur le JAB de janvier 2011 et son site la raison et l’astrologie.

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