Daniel DUGÈS – L’Affaire de Rennes // 5 Prêtres… et une étrange photo

Dans le bulletin 2009 de l’association Terre de Rhedae, Antoine Captier, nous faisait part d’une étrange photo regroupant cinq prêtres. Je voudrais me pencher d’un peu plus près sur ce document. Afin de réfléchir sur du concret j’ai restauré les parties abîmées et contrasté le document photographique.

La scène se passe, semble-t-il, dans un jardin, ou peut-être un coin de cour, on aperçoit du gravier sur le sol, en bas et au centre du document. Une table a été placée au centre de la photo, et recouverte d’un tissu sombre. Plusieurs traces de branchages au premier plan nous donnent à penser que la scène se situe en extérieur. Derrière l’épaule droite du plus grand des personnages, on aperçoit quelques branches de fougère. Ceci confirmerait le coin de jardin, quoique aucun élément dans le fond de l’image ne nous permette de déterminer la moindre perspective. Fait du hasard, ou calcul du photographe, les cinq têtes des personnages sont exactement placées sur un demi-cercle. Cette particularité aurait tendance à souligner le côté « mise en scène » de l’image. En effet, la table en bois dont on aperçoit le piètement n’est pas une table de jardin, c’est une table d’intérieur, elle a nécessairement été placée là pour la photo. On peut considérer que la pose a été étudiée puisque les prêtres sont très resserrés et qu’ostensiblement trois d’entre eux regardent vers leur gauche dans la même direction, alors que les deux autres regardent à droite, aucun ne dirigeant son regard vers l’objectif.

Examinons maintenant les personnages. Assis à gauche, il s’agit sans nul doute de Bérenger Saunière assez jeune. En le comparant avec la photo officielle provenant du fonds Corbu-Captier on reconnaît les traits familiers du personnage, jusqu’à cette petite irrégularité dans le sourcil droit. Le dessin de la bouche et l’implantation des cheveux est bien la même. Il semble que dans ce cliché, le photographe l’ait surpris au moment d’un changement d’expression, soit alors qu’il allait faire une grimace ou esquisser un sourire.

Au-dessus de lui, l’abbé Antoine Maurice Joseph Malot, nous n’avons pas d’autres photos de lui, mais il semble que la famille l’ait reconnu, d’autant que la photo en provient. Il était curé de Grèzes, et neveu de l’abbé Gélis ; il en sera son unique héritier. Sur la photo, l’abbé a le visage fermé et les bras croisés.

Au centre le plus grand de tous est sans conteste Alfred Saunière, frère cadet de Bérenger. L’ambiance de la photo n’est guère à la plaisanterie, lui seul semble adopter une attitude plus désinvolte en posant son bras sur l’épaule de l’abbé Malot. Pourtant cette légèreté du geste n’est peut-être qu’apparence car le visage d’Alfred trahit lui aussi, sérieux et concentration. Si nous le comparons avec la photo très connue, qui a longtemps été prise pour celle de Bérenger, nous y retrouvons les caractéristiques du visage d’Alfred plus rond que celui de Bérenger et la même implantation de cheveux, ainsi que le léger retombé de la bouche à la commissure des lèvres.

Avec toutefois une différence sensible, lors de la prise de la photo du groupe, Alfred était nettement plus jeune.

Nous parlerons du prêtre suivant, plus tard, pour en venir au curé assis à droite de la photo. Là encore, nul doute, nous le connaissons bien, mais nous avions l’habitude de le voir sur la seule photo connue de lui, celle de son faire-part de décès. Il s’agit de l’abbé Gélis, le curé de Coustaussa assassiné dans son presbytère.

La comparaison des deux photos là aussi ne laisse pas place au doute. Les yeux enfoncés, le crâne dégarni, la bouche et le menton fort sont aisément reconnaissables. Mais nous y voyons le visage d’un homme plus âgé qui semble las et inquiet, et somme toute, peut être peu sensible aux joies de cette prise de vue. Grâce aux différences d’âges, nous pourrions estimer une date de prise de cette photographie. L’abbé Gélis meurt en 1897 à soixante-dix ans, Sur cette photo, il semble avoir entre 64 et 70 ans. Si nous la situions autour de 1893, Béranger aurait alors 41 ans, Alfred 38 ans, cela correspondrait assez à plus ou moins trois ans près aux visages que nous voyons sur cette photo.

Il reste le mystérieux cinquième curé… On est en droit d’imaginer qu’il pourrait s’agir de l’abbé Boudet, dont nous ne connaissons pas de portrait authentifié. Si c’était le cas, en 1893, Boudet aurait eu 56 ans. Une photo d’un prêtre assez jeune a circulé portant même parfois le nom de « Bérenger Saunière séminariste ». À ce sujet, il n’y a aucun doute, ce n’est pas lui. En revanche, sans connaître la provenance de cette rumeur, on l’a aussi intitulée « Henri Boudet jeune ». Aussi nous l’avons comparée au personnage de cette photo en l’inversant pour avoir le même angle.

On peut y trouver quelques points de ressemblance. Par exemple, le dessin de la bouche quasiment identique, la forme des sourcils, le contour du visage arrondi, et détail tout à fait particulier le dessin du pavillon de l’oreille exactement semblable. Bien sûr cela ne prouve rien d’autant qu’entre ces deux photos plus de trente ans ont dû s’écouler... Un détail encore en regardant de près, on devine que l’homme porte des lunettes, il serait intéressant de connaître si ce détail, apparaît quelque part dans la vie de L’abbé Boudet ? J’espère que des chercheurs passionnés de l’auteur de « la vraie langue celtique » connaîtront ce détail.

Il reste encore quelques déductions à tirer de cette curieuse photo. Par exemple, pour quelle raison ces hommes se sont-ils regroupés ? Etait-ce des amis ? Mais alors pourquoi y a-t-il l’abbé Malot qui n’apparaît pas vraiment comme un ami de Saunière, on se serait plutôt attendu à voir l’abbé Gazel, ou l’abbé Rouannet. Dans le cas d’une photo amicale, la joie d’être ensemble n’apparaît guère sur les visages ! Est-ce une réunion de proximité ? Dans ce cas encore ni l’abbé Malot, ni Alfred saunière, n’avaient des activités proches de Rennes-le-Château. Enfin quelle est cette curieuse médaille que porte Bérenger qui évoque une étoile à huit branches ?

Nous, qui défendons la thèse d’une société occulte catholique de type para-maçonnique, retrouvons dans cette image le sérieux qui sied à toute représentation d’un groupe lié par le secret. La mise en scène de l’image, le livre (ou les feuillets) épais et fermé sur lequel Bérenger a ostensiblement posé la main, semblant montrer que ce texte central réunit ces hommes, la position des têtes (circulaire), et le nombre des prêtres admis dans ce cercle, nous incite à penser à une société secrète d‘ecclésiastiques.

Ils sont cinq ; dans la tradition maçonnique la définition d’une loge est : « trois qui la dirigent, cinq qui l’éclairent et sept qui la rendent juste et parfaite. »

Ces cinq-là seraient-ils en train de nous éclairer ?

Daniel DugèsLes Chroniques de Mars, février 2011 et Terre de Rhedae 2010.


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