Jörg VÖLLNAGEL – Le « Splendor Solis », un manuscrit alchimique exceptionnel

Le Splendor Solis, est sans aucun doute l’ouvrage alchimique entièrement calligraphié et enluminé au XVIe siècle, le plus somptueux qu’il nous ait été donné de consulter. Grâce à l’aimable autorisation et communication de M. Moleiro, les « Chroniques de Mars » sont heureuses de présenter à ses lecteurs un texte inédit sur le Web de Jörg Völlnagel, aperçu historique qui introduit l’ouvrage proprement dit.

Le Splendor Solis, nouvellement réédité en fac-similé par les éditions catalanes est un ouvrage d’art qui grâce à cette nouvelle présentation et à une nouvelle traduction tirée du texte original, non pas du français selon la version la plus communément répandue, permet de prendre connaissance dans les moindres détails d’un chef-d’œuvre salué par tous, historiens, calligraphes, enlumineurs, etc., comme unique en son genre.

Le texte en gothique Fraktur, somptueusement calligraphié et enrichi de nombreux paraphes et lettrines dorés à l’or fin, commente et dédouble artistiquement un manuscrit d’une très haute importance alchimique. La partie opérative de l’Œuvre, prenant ainsi un sens largement plus concret, lorsque la visibilité des parties cachées et enluminées en arrière-plan se dévoile enfin au grand jour.

La présentation érudite de Jörg Völlnagel permet également un replacement historique et surtout symbolique de la première importance. Autant dire, qu’au-delà du manuscrit original, cette réédition commentée trouvera une place hautement privilégiée dans toutes les bibliothèques consacrées à l’Art royal.

Thierry E GarnierLes Chroniques de Mars

Le Splendor Solis présenté par les éditions Moleiro //

L’histoire du codex

Le Splendor Solis, conservé à la British Library de Londres, est le plus beau traité d’alchimie jamais créé. Réalisé en 1582, ce codex renferme de pures merveilles parmi ses illustrations, des merveilles dont la fantaisie et le pouvoir lyrique font frissonner même les peu connaisseurs en la matière. Ce traité, splendidement illustré, a été faussement attribué à Salomon Trismosin, probablement le pseudonyme de Ulrich Poysel, peintre du mythique Paracelse. Ce manuscrit expose les clés de la cabale, de l’astrologie et du symbolisme alchimique tout au long de ses 22 feuillets enluminés à pleine page, d’une grande richesse chromatique et d’une profusion de détails presque baroque.

Ce volume renferme 22 peintures de grand format, bordées de motifs floraux ou animaliers, d’un style qui se situe dans la tradition nord européenne de l’enluminure de la Renaissance. L’interprétation des illustrations est difficile et hermétique, tel que le veut le contexte et le contenu de l’œuvre. Les enluminures les plus remarquables sont celles des célèbres Glaskolben, « ballons de verre », présentés dans un luxueux cadre central, entouré de scènes typiques de la vie rurale et urbaine de l’Allemagne médiévale tardive et présidées par l’image d ’un dieu païen qui semble donner tout son sens à l’ensemble de l’image.

Les motifs intérieurs de chaque ballon- images allégoriques, poétiquement suggestives et d’une fantaisie débordante- représentent la splendeur de la connaissance mystique de Trismosin, acquise, selon ce qu’il affirme, au moyen de « livres magiques de cabale ». En effet, le traité, cryptique et étrangement poétique, nous renseigne d’une manière vélaire bien que précise, sur les clés des éléments dans la Nature, leurs associations, leurs mélanges, leurs pouvoirs et leurs influences.

Le codex compte 100 pages, écrites en allemand d’une délicate écriture gothique germanique. Le texte est embelli par des initiales de très grande dimension et des décorations spectaculaires qui sont à elles seules une source de jouissance esthétique.

L’histoire du codex lui-même n’en est pas moins intéressante. Celui qui est aujourd’hui appelé « Harley 3469 » a été vu par John Evelyn, peintre à la cour du roi Charles II d’Angleterre, dans la bibliothèque de Whitehall Palace, le 2 septembre 1680 ; Il a écrit sur lui qu’il contenait « les procédés pour le Grand Elixir des philosophes » et qu’il était illustré par des peintures d’une grande beauté. Plus tard il est passé dans les mains du théologien allemand Johann Cyprianus, et des héritiers de celui-ci il est arrivé à la bibliothèque privée de la puissante famille aristocratique Harley, protectrice d’artistes et remarquable bibliophile. La British Library l’a acheté en 1753, pour la ridicule somme de 10.000 Livres. Actuellement, il est considéré comme l’un de ses trésors les plus précieux. Non en vain le Splendor Solis est le traité d’alchimie le plus beau qui n’ait jamais été créé.

M. Moleiro éditions

Le Splendor Solis – « Aurora consurgens. »

La première miniature montre deux hommes barbus en train de converser sous une grande arche derrière laquelle s’étendent un paysage vallonné et un vaste ciel. L’arche appartient à un ensemble architectural en grande partie caché par une longue laize pourpre bordée d’un galon doré. Devant l’étoffe, dont le rouge donne un fond qui rehausse l’image, sont rassemblés les éléments d’un blason : tout en bas, des armoiries avec un soleil d’or qui porte dans son visage trois autres petites faces constituées de soleil ronds. Au-dessus du blason, un heaume d’argent orné de feuilles bleues d’acanthe et d’étoiles d’or est surmonté d’une imposante couronne d’or.

Sur la crête de la couronne, trois croissants de lune argentés, disposés concentriquement, s’ouvrent vers le haut. Vers le milieu des croissants descend l’extrémité d’un rayon venu d’un grand soleil d’or au regard aimable mais sérieux. Le blason n’est pas celui du commanditaire du manuscrit, dont les couleurs ornent habituellement les premières pages, mais un emblème imaginaire qui évoquerait une dédicace au Soleil.

En réalité le blason est une copie minutieuse de la première miniature du manuscrit alchimique intitulé Aurora consurgens.

Dans le Splendor Solis le tout a été élargi par l’environnement architectural dont le peintre a trouvé le modèle chez Hans Sebald Beham. Tout comme cette enluminure première représente pour le lecteur, ou l’observateur, le point de départ de la lecture, les deux adeptes, curieux de savoir, sont sur le seuil du royaume de l’alchimie hermétique où règne le soleil. Le nom d’ « Arma Artis » (Les armes de l’art) donné à la miniature, ainsi que la représentation de soleils et de croissants de lune, renvoient au pouvoir cosmique des planètes, en particulier Soleil, Lune et Mercure qui, pour leur influence sur les métaux, font partie des instruments naturels de l’alchimie – les « armes » de l’alchimie – elle-même qualifiée d’ « Art royal ».

Jörg Völlnagel - Historien d’art, chercheur au Staatliche Museen de Berlin.

Pour les « Chroniques de Mars » avec l’aimable autorisation de M. Moleiro éditions.

THESAVRVS // Adam – Adepte – Aigles – Alchimie – Alchimiste – Argyropée – Assation – Athanor – Chrysopée – Coupellation – Cyliani – Élixir- Élixir de longue vie – Eugène Canseliet – Philalèthe – Fulcanelli – Gnose – Grand Œuvre – Lavures – Macrocosme – Magnum Opus – Mercure – Microcosme – Nicolas Flamel – Œuvre au noir - Œuvre au blanc – Œuvre au rouge – Or – Panacée – Paracelse – Philosophie Hermétique – Pierre Philosophale – Poudre de projection – Régule – Rémore – Soufre – Sublimations – Table d’Emeraude – Teinture – Terre adamique – Transmutation – Unobtainium - Vitriol – voie de l’Antimoine – voie du Cinabre //


Textes & photos © Arqa ed. // Sur le Web ou en version papier tous les articles présentés ici sont soumis aux règles et usages légaux concernant le droit de reproduction de la propriété intellectuelle et sont soumis pour duplication à l’accord préalable du site des éditions Arqa, pour les textes, comme pour les documents iconographiques présentés.