SPACE TIME // Mars - la NASA et les scoops volants

Quand la Nasa filme des ovnis à partir de l’ISS

La NASA a annoncé le 28 septembre dernier détenir des preuves que de l’eau à l’état liquide s’écoulait sur la surface de la planète Mars. L’agence spatiale américaine, doté du plus gros budget au monde pour la recherche spatiale, est familière des annonces médiatiques. Cette annonce rappelle surtout que la quête de vie extraterrestre dans le système solaire est au centre des préoccupations de la NASA. Mais pas de quoi s’exalter sur un scoop qui n’en est pas un.

Une annonce en demi-teinte

La « révélation » de la présence d’eau sous forme liquide à la surface de Mars, annoncée le 28 septembre dernier, avait en fait déjà été exposée sous la forme d’une hypothèse par le jeune chercheur d’origine népalaise, Lujendra Ojha. Il avait découvert, par accident, en 2011 les traces de « possibles coulées d’eau salée sur Mars » pendant la saison chaude.

Pour Francis Rocard, chercheur au Centre national d’études spatiales (CNES), spécialiste du système solaire, « la seule vraie nouvelle, c’est que l’eau contient vraisemblablement des sels de perchlorate hydraté, peu favorables au développement des bactéries et donc de la vie ».

Depuis plusieurs années, la NASA est devenue une habituée des annonces fracassantes et largement médiatisées. Quitte à commettre quelques erreurs ou à manquer de précisions pour mieux flatter les fantasmes du public, en particulier sur la vie extraterrestre ou sur l’existence de planètes « potentiellement habitables ». Le professeur Roger Maurice Bonnet, directeur de l’International Space Science Institut (Berne) se dit quant à lui « stupéfait » par cet effet d’annonce. « On a l’impression que la NASA se sent frustrée de n’avoir rien d’autre à diffuser de Mars que des selfies de son robot Curiosity », qui parcourt la planète depuis 2012. « Ce scoop n’est pas à la hauteur de la qualité du travail de cette agence. Et puis on a clairement vu que le succès européen de Rosetta avait été un coup dur pour la NASA ».

Pas près de fouler la planète rouge

Il y a peu de chance pour que les objectifs ou le calendrier de la NASA varient considérablement. « Les projets qui concernent Mars ne peuvent absolument pas être modifiés par cette annonce : les moyens sont bien trop importants pour que la NASA se permette une quelconque accélération de son agenda », explique le professeur Bonnet.

Quant au projet « Mars One », mené par un ingénieur néerlandais visant à envoyer un équipage sur Mars en 2024 pour y fonder une colonie, il semble surtout avoir permis à une émission de téléréalité de voir le jour. « Leur budget était de 6 milliards de dollars », sourit le professeur Rocard. Les chiffres de la NASA pour une telle mission oscillent entre 500 et 1 000 milliards de dollars. Pour monter une telle opération, il faudrait que les États-Unis gèlent pendant une année au moins leur budget Défense. Le jour où nous irons sur Mars, ça sera donc certainement sous la forme d’une opération internationale. « Cela voudra dire que les humains auront réglé toutes leurs priorités et auront réussi à s’entendre pour aller sur Mars : autrement dit, ça sera une très bonne nouvelle ! », ironise Roger-Maurice Bonnet.

« Coopération », pas « rivalité »

La communauté scientifique affirme que la conquête de l’espace n’est plus celle d’Apollo 11, durant la guerre froide. « Aujourd’hui, nous sommes d’abord dans une situation de coopération scientifique et de complémentarité des missions », nous explique-t-on à l’Agence spatiale européenne (ASE), financée par 22 États.

Ça tombe bien, parce que si nous étions en situation de rivalité avec les USA, nous n’évoluerions pas dans le même univers : le budget de l’ASE a difficilement atteint 4,4 milliards d’euros en 2015 après une hausse de 8%. Celui de la NASA gravite dans l’orbite des 20 milliards de dollars, dont plus de 5 milliards pour l’exploration spatiale. Il est en constante augmentation depuis cinq ans.

« Nous finirons par trouver de la vie sur Mars, très probablement une forme de vie révolue, conclut le professeur Bonnet.

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SOURCE // Baptiste Cogitore

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