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Frédéric GARNIER - Le mystère de l’aventureuse vie de l’Alchimiste Denis Molinier - Chevalier du Christ.

I – Un certain manuscrit alchimique de la BnF.

Fabrice Bardeau écrit en 1989, dans un texte de référence sur l’édition du manuscrit de la Bibliothèque Nationale (Fr. 14765) - L’alchimie de Flamel :

« On ne sait rien de ce fameux Chevalier Denis Molinier, si ce n’est qu’il est un « Amateur de la Science Hermétique », dont Eugène Canseliet voulait nous laisser entendre qu’il fut Dom Pernety lui-même (1). En fait rien n’autorise cette hypothèse et rien ne peut valablement étayer cette présomption qui, finalement, n’offre pas un intérêt majeur. »

Il est à remarquer qu’une grande partie du manuscrit contenant des textes d’alchimie « flamelienne » ainsi que des textes théurgiques manquent à l’appel dans l’édition de Fabrice Bardeau ; l’auteur semble s’être concentré seulement sur la pratique alchimique (d’ailleurs nous signalerons qu’à l’époque de la défunte association : « les philosophes de la nature », une équipe enthousiaste de membres bénévoles firent un incroyable travail de décryptage et de transcriptions du manuscrit lui-même qui j’espère sera publié un jour prochain).

Dans une publication anglaise, de 1806, du Testament de Nicolas Flamel, on peut lire :

« Ils affirment que l’original de cette œuvre a été écrite sur la marge d’un livre de psaumes, de la main de Nicolas Flamel en faveur de son neveu. Le procédé a été écrit en code, pour mieux cacher le secret. Chaque lettre a été formée de quatre manières différentes, de sorte que pour compléter l’alphabet tout entier à celle-ci, 96 lettres ont été employées. Le Père Pernetti (sic) et M. de Saint-Marc ont déchiffré cette écriture avec beaucoup de difficulté. M. de Saint-Marc était sur le point d’abandonner, mais le Père Pernetti, qui avait déjà découvert les voyelles, l’a encouragé à continuer le travail, qu’ils ont enfin surmonté, avec un succès complet, sur l’année 1758 ».

II – De Nicolas Flamel à Dom Pernety…

Ce texte peut parfaitement expliquer qu’Eugène Canseliet ait pu penser à une filiation de « l’Alchimie de Flamel » avec Pernety. Or, selon nos recherches, le chevalier Molinier à bien existé, comme l’atteste notamment son dossier de demande de pension écrit avec la même belle écriture que dans son manuscrit de la Bibliothèque Nationale…

Il est né aux environs de Montauban, en 1711, d’Anne Villeneuve et Géraud Molinier potier et négociant. C’est vers 1730 qu’il devient un des premiers peintres de la fabrique de Faïence d’Ardus, il concevra les principales pièces qui permettront en 1739 d’obtenir les lettres patentes du Roi érigeant la faïencerie en manufacture royale. Une description de la Société archéologique de Bordeaux nous désigne ainsi un plat signé « Molinié fecit » au-dessous d’un cartouche aux armes parlantes du peintre ; un moulin à vent…

C’est sûrement à cette époque qu’il acquiert son savoir en Hermétisme. En 1740, il est désigné comme « premier Arpenteur » en titre à Cayenne et ingénieur du Roy. Il se maria le premier mars 1745 avec Jeanne Rose Marot, le couple eut une fille, Rose Jérômée, en 1746. Sa femme meurt la même année. Denis Molinier sauve, en 1748, une vingtaine de personnes au péril de sa vie, l’incident est décrit dans le Mercure de France.

Il revient en France en 1750.

III – Denis Molinier – Chevalier de l’Ordre du Christ.

Il se remarie avec la fille d’un autre céramiste, Jacques Dupré, et en 1753 devient maire de Caussade. Un document des archives départementales de Gironde confirme sa nomination par Benoit XIV en tant que « Chevalier de l’ordre du Christ », sa prise d’habit et réception est effectuée en 1755. Il faut préciser que cet ordre, créé en 1319, par le pape Jean XXII à la demande du roi du Portugal avait pour but de regrouper les chevaliers Templiers portugais et ceux ayant fuit le royaume de Philippe Le Bel, après la dissolution de l’Ordre chevaleresque dans le Royaume de France, en 1312 , (Bulle Vox in excelso).

En 1757, la Chambre de commerce de Bordeaux « donne avis favorable à la demande du sieur Denis Molinier chevalier de l’ordre du Christ tendant à être autorisé à établir une fabrique de faïence à Bordeaux ». Son entreprise ne semble pas avoir prospéré, car on le retrouve à Paris, rue des Lions, paroisse Saint Paul, en 1764, où il devient pensionnaire du Roi, son dossier de pension a des pièces de lui jusqu’en 1777, ce qui ne veut absolument pas dire qu’il soit décédé à cette époque, mais cela nous donne somme toute une très pertinente indication de date.

Sur la fin de sa vie, cet homme extraordinaire eut dans son vieil âge un don adoucissant les blessures de ses contemporains, comme une récompense divine…

IV – Denis Molinier, Adepte et Chevalier.

Je laisserai pour conclure, sur ces aperçus biographiques concernant Denis Molinier, la parole à Fabrice Bardeau, ce brillant hermétiste et pratiquant chevronné de la voie alchimique trop tôt disparu :

« Denis Molinier signale qu’il parvint à la phase ultime de sa quête alchimique le 15 avril 1773, après avoir passé dix ans et cinq mois devant ses fourneaux… ».

Les armories alchimiques de Denis Molinier où l’on peut voir une décoration du XVIIIe siècle de L’Ordre du Christ avec le ruban de moire rouge, symbolisant le sang du Christ… - Manuscrit n°100 de la collection Mellon.

* * *

Néanmoins avant de laisser ici un point final à cet article, je voudrai signaler aussi un manuscrit alchimique inconnu de Denis Molinier dont j’ai utilisé plusieurs illustrations pour les Chroniques de Mars et dont une me semble être un autoportrait inédit et l’autre son propre laboratoire, je m’avance un peu ainsi car ce sont les seules images parvenues jusqu’à nous qui ne soient pas du symbolisme alchimique pur, dans un contexte fantastique, mais bien des scènes concrètes. On y retrouve son écriture et sa manière de dessiner, ainsi que des allusions au même procédé que celui de Nicolas Flamel ; il s’agit du Manuscrit numéro 100 de la collection Mellon déposé à la Bibliothèque Beinecke - archives des manuscrits et livres rares de l’Université de Yale, qui est consultable numérisé sur le site de cette même bibliothèque.

Plat peint par Denis Molinier, avec la mention : « Molinié Fecit » - autoportrait du Chevalier Molinier sûrement à son domicile rue des Lions, à Paris, et laboratoire de Denis Molinier - (Manuscrit n°100 de la collection Mellon) - documents inédits.

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J’ai la certitude à présent que beaucoup de choses restent encore à découvrir sur l’énigmatique vie de Denis Molinier - Chevalier de l’Ordre Royal et militaire du Christ... enfin partiellement dévoilée.

Frédéric Garnier - Les Chroniques de Mars ©, numéro 10, décembre 2012.

(1) Voir son article dans Initiation et Science - nº 45 janvier-mars 1958.

Merci à Pierre Stibia pour les renseignements, et les documents qui ont permis de compléter cet article.

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