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ENTRETIEN avec Chantal JEGUES-WOLKIEWIEZ # 2


« Grâce à leur chien qui s’était engouffré dans un trou, quatre jeunes périgourdins découvrent la grotte de Lascaux près de Montignac. Stupéfaits de trouver des peintures sur les parois, ils alertent leur instituteur Léon Laval. Quelques jours plus tard, le préhistorien Henri Breuil, au terme d’une étude approfondie, certifie scientifiquement qu’il s’agit de peintures rupestres. Il baptise alors la grotte : "La chapelle Sixtine du Périgord". Le 27 décembre 1940, le site est classé monument historique. »

Histoire des découvertes archéologiques.

Chantal Jègues-Wolkiewiez chercheuse indépendante émérite, Docteur ès Lettres et Sciences Humaines, Anthropologue, Ethnoastronome, Psychologue, a à la fin des années 1990, mis en évidence une thèse absolument incroyable qui tendrait à démontrer que les scènes rupestres d’animaux enchevêtrés à Lascaux seraient la représentation figurative et très concrète du ciel étoilé tel que pouvait le percevoir il y a environ 20 000 ans les hommes de la Préhistoire… Autre découverte majeure faite par Chantal Jègues-Wolkiewiez : l’entrée de la grotte de Lascaux se trouve être parfaitement orientée, par rapport au grand diverticule axial, de manière à ce que soleil puisse y pénétrer de façon linéaire le jour même du solstice d’été. Au tout début de l’entrée de la grotte, les rayons solaires au solstice éclairent d’abord le premier taureau peint, qui représente la constellation du même nom. Nous serions donc en présence d’un « planétarium » préhistorique absolument unique qui, outre sa qualité de représentation graphique et picturale exceptionnelle, nous indiquerait aussi de façon réaliste une autre « vérité », celle qu’un savoir ancestral astronomique préservé ainsi pour les générations futur… Ce qui bien entendu remettrait en cause la totalité de ce que l’on croyait connaitre sur les connaissances primitives de nos ancêtres.

Mais il faut aussi convaincre… !

Devant tant d’interrogations et de mystères inexpliqués, et afin de se faire une opinion plus circonstanciée nous avons interrogé pour nos lecteurs des « Chroniques de Mars » Chantal Jègues-Wolkiewiez dans une interview sans concession qui tente de remettre en question les théories soutenues par l’ethnoastronome et ce pour pouvoir faire encore plus de lumière sur ce magnifique chemin étoilé de Lascaux…

Les CHRONIQUES de MARS – Septembre 2013.


Les Chroniques de Mars
// Ya t-il eu des scientifiques concernés de près ou des préhistoriens pour valider votre thèse totalement ? Y a t-il eu une grande hostilité ou plutôt une « indifférence polie » de la part de la communauté concernée - surtout des préhistoriens ? Pouvez-vous nous dire si depuis la publication de votre travail des scientifiques ont changé d’avis sur vos recherches ou vous ont rejoint pleinement au point de former un groupe, une équipe… à partir des pistes que vous avez explorées ces dernières années ? Peut-on envisager une école archéoastronomique propre aux civilisations magdaléniennes ?

Chantal JEGUES-WOLKIEWIEZ // Valider totalement ? Non, je ne crois pas. Il faudra encore que le temps fasse son travail. Les archéologues ne connaissent pas du tout le ciel ou très peu. Les astronomes n’ont pas eu la possibilité et le temps d’étudier la grotte. Jean Michel Geneste m’a dit une fois : « Un jour vous serez célèbre, mais ce ne sera pas de votre vivant, car la Communauté scientifique fera tout pour vous en empêcher. »
Pour vous dire la vérité, mon but est qu’un jour, demain peut-être ou dans 50 ans, un archéologue éclairé, passionné de lumière, — donc de vérité récupère enfin toutes les mesures en azimut de la Salle des Taureaux, du Diverticule axial, du Puits et s’enthousiasme pour faire vivre la vérité. Ces mesures existent puisque le fac-similé a été réalisé… Un directeur de recherche du CNRS qui travaille à l’INRA, a souhaité créer un groupe de recherche dont j’aurais fait partie pour vérifier mon hypothèse. Il a fait par deux fois une demande officielle à Jean-Michel Geneste qui ne lui a jamais répondu.

Rendez-vous compte ! ... Quelqu’un, une femme de surcroît niçoise, arrive en plein Périgord comme ça du jour au lendemain et annonce aux archéologues que le Soleil entrait dans « leur » grotte qu’ils étudiaient depuis 60 ans sans avoir rien soupçonné… Bon d’accord j’ai un doctorat d’Anthropologie, avec une spécialité en Ethnoastronomie (deux directeurs de recherche : Un Astronome Jean-Michel le Contel et un Ethnologue Jean-Pierre Jardel) mais en fait ça ne les intéresse pas… finalement, ils ont bien été obligés d’accepter l’entrée du Soleil dans l’antre de la terre puisqu’il se présente toujours à sa porte au vu de tout un chacun. Mais pour travailler sur le ciel étoilé de l’époque, bien que depuis 1999 l’informatique ait fait des progrès, il faut vraiment s’accrocher pour saisir cet ensemble de données. Il faut surtout être capable de faire ce que l’on appelle un « scanning inconscient » après avoir étudié suffisamment le ciel pour savoir sans calculs que si le Soleil était dans le Verseau en été, le pôle était dans la constellation du Cygne, le point vernal était proche de Graffias du Scorpion (qui bien sûr n’était pas un Scorpion à cette époque et en ce lieu, que le Soleil était conjoint à Régulus en hiver, etc. … Il faut avoir toutes ces formes dans la tête et reconnaître les constellations aussi bien sur une carte du ciel égyptienne, chinoise, mésopotamienne, grecque, hollandaise, etc. qui toutes représentent la même chose, mais à des moments différents donc dans des positions différentes. Il n’est pas plus difficile de reconnaître le ciel à Lascaux que sur le zodiaque de Denderah par exemple. Prenons la constellation du Scorpion qui est visible en ce moment plein sud, proche de l’horizon.Les Polynésiens l’appellent « l’Hameçon de Maul » et les Égyptiens la « Proue ». Pourquoi les Paléolithiques n’auraient pas imaginé un aurochs mythique ? Parce qu’il faut bien le souligner, à l’époque de Lascaux, il n’y avait pas d’aurochs proches du site. Il fallait pour les voir, descendre beaucoup plus vers le sud, vers Biarritz et aux alentours de la grotte de Oxocelhaya au Pays basque.

En tout cas, nombreux sont les chercheurs qui s’intéressent à ce que je fais. Ceux du CNES par exemple. Des archéologues aussi bien sûr, dont je tais le nom par discrétion, des philosophes, des écrivains, des cinéastes, des mathématiciens, etc. J’ai un jour discuté avec Philippe Perrin l’astronaute français, qui était venu écouter une de mes conférences. Il m’a dit que les gens du CNES, ainsi que les astronautes me suivent parfaitement, car ils ont l’habitude de se diriger avec les étoiles. Peut-être que si un jour les voyages interplanétaires deviennent courants, alors chacun verra les constellations zodiacales de Lascaux !

Les Chroniques de Mars // Quel est en outre l’avis des astronomes de métier sur votre travail de recherches sur Lascaux et sa « voûte étoilée » ? On connait celui de Gérard Jasniewicz, astronome à Montpellier, mais avez-vous d’autres témoignages ? Dans un sens comme dans un autre ?

Chantal JEGUES-WOLKIEWIEZ // Gérard Jasniewicz est celui qui m’a poussée à présenter ce travail. Lorsque nous parlions ensemble il était d’accord. Pendant le tournage du film, le choix de la phrase disant : « Je ne crois pas que toute la grotte de Lascaux soit un planétarium » est un choix qui a été voulu par le producteur Bonne Pioche qui ne voulait pas trop choquer les Scientifiques. De toute façon, je n’ai jamais dit que toute la grotte de Lascaux est un planétarium. J’ai dit que l’ensemble des constellations zodiacales est représenté dans la Salle des Taureaux. Quant à la Scène du Puits, on a coupé court à la fin du film, toujours pour la même raison. C’est pourtant là que j’ai fait le plus de découvertes et donné le plus d’explications. Je les ai communiquées en Italie au symposium du Valcamonica de l’an 2 000. Donc 8 ans avant le film. C’est du reste grâce à ce travail que j’ai pu communiquer au Valcamonica, soutenue à l’époque par Jean-Michel Geneste.


Les Chroniques de Mars
// L’orientation de l’ouverture de la grotte de Lascaux, permet au soleil d’y pénétrer au solstice d’été. C’est un constat. Mais n’est-ce pas un pur hasard, en effet il y a sans doute beaucoup plus de cas contraires, en ce qui concerne les grottes ornées, et sans aucun rapport solsticial avec les ouvertures à l’entrée des sites… ? En réalité - selon nous - nécessité fait loi. Ainsi, si l’on prend le problème à l’envers, on pourrait aussi dire que sans cette « coïncidence » - et en se référant à votre thèse - il n’y aurait pas eu de peintures rupestres à Lascaux… si l’orientation solsticiale avait été autre… ? Ce qui pose quand même problème. (On se doit, par parenthèses, aussi de signaler au passage qu’il n’y a pas de lien direct entre la voûte étoilée et sa représentation projetée à Lascaux et les solstices et les équinoxes- Ce sont deux choses distinctes). De plus, et même si les intersignes sont là, il faut quand même considérer que les orientations solsticiales des grands temples, comme celui d’Abou Simbel, pour ne prendre qu’un seul exemple édifiant sont bien des constructions humaines… À Lascaux c’est différent ! Il s’agit bien d’une configuration totalement naturelle – Autre contre-exemple majeur, et pas des moindres, si l’on prend Altamira en Espagne, près de Santander, par exemple, il y a énormément de similitudes avec les peintures animalières de Lascaux, c’est connu, la ressemblance est frappante sur de très nombreux dessins, et les techniques de projections de couleurs sont similaires, et pourtant il n’y a pas là de « corrélations stellaires » à visualiser. Autre élément particulièrement retors, où là encore « nécessité fait loi », on a toujours concernant les reproductions de Lascaux ou d’autres grottes, une vision profane parfaitement bidimensionnelle et plane, or pour qui connaît les grottes ornées, le support n’est bien sûr pas uniforme et plan du tout ! Bien au contraire… Ainsi les contours marqués en noir des peintures rupestres sont parfois tout simplement assujettis aux volumes sur lesquels les dites peintures sont réalisées. Ainsi, un mamelon en ronde-bosse, saillant sur la roche, donnera une croupe de cheval ou un dos de taureau – C’est la perception volumétrique de la roche, en vraie grandeur, qui conditionne le dessin. On le voit le problème est là bien délicat, et donc se discernent ainsi très distinctement les limites de votre argumentation, me semble-t-il ? Que répondez-vous à ces objections ?

Chantal JEGUES-WOLKIEWIEZ // J’ai déjà répondu à votre première objection. Toutes les grottes et les abris ornés ont une ouverture permettant au soleil solsticial ou équinoxial de pénétrer et d’éclairer pendant ces moments remarquables. Au début, j’avais pensé que seulement quatre grottes ne présentaient pas cette caractéristique. Finalement, je me suis rendu compte que c’était une aberration que de vouloir que ce soit par l’entrée utilisée par les hommes de l’époque. C’est la lumière qui sacralise un lieu, ce n’est pas l’homme. J’ai donc tenu compte pour ces quatre grottes d’autres ouvertures qui alors m’ont permis de faire cette affirmation. Les résultats ont été communiqués et publiés.

Je crois sincèrement personnellement en tenant compte des résultats de ma recherche que malgré toutes les qualités de la grotte, si le soleil n’avait pas pénétré à l’intérieur le soir de l’été, jamais cette grotte n’aurait été ornée. C’est l’avenir de la recherche qui le confirmera un jour. Si la lumière solaire ne pénètre pas dans un lieu lors d’un moment sacré, il n’y a pas de sanctuaire.
Pourquoi dites-vous : « - On se doit, par parenthèses, aussi de signaler au passage qu’il n’y a pas de lien direct entre la voûte étoilée et sa représentation projetée à Lascaux et les solstices et les équinoxes — Ce sont deux choses distinctes. »

Ce sont les archéologues qui au départ ont décrété que Lascaux est un sanctuaire. Ils l’ont nommée « la chapelle Sixtine » de la préhistoire. Qu’est-ce que vous voyez dans la chapelle Sixtine ? Il me semble bien que ce soit la représentation et les symboles de tout ce que les chrétiens ont imaginé dans le ciel. Pouvez-vous me dire quelle est l’orientation de la chapelle Sixtine ? Entrée parfaitement à l’Est, soit le lever du Soleil équinoxial.

Quant à la construction, vous savez bien qu’à cette époque il n’était pas question de construction grandiose ! Vous êtes vraiment l’avocat du diable. Ce sont les Paléolithiques qui ont été capables de choisir les grottes ou abris bien orientés lorsqu’ils se sont rendu compte du temps remarquable, du changement de direction du Soleil lors de ces moments. Allez donc au Val d’enfer près des Eyzies. Vous verrez toutes les grottes ou abris qui sont éclairés lors de ces moments clefs de l’année solaire. Par contre il n’y a aucune œuvre pariétale retrouvée lorsque l’orientation n’est pas dans ces directions. En tout sept rayons solaires spécifiques bien sûr à la latitude du lieu. Car bien sûr l’orientation du solstice d’été à Arcy n’est pas la même qu’à Oxocelhaya.

Pour Altamira vous tombez mal. Il y a eu un travail, une thèse même faite par un Espagnol concernant le ciel représenté à Altamira. Je n’y suis jamais allée bien que ça me passionne. Je ne peux pas être partout et puis les voyages lorsqu’on n’a aucun crédit coûtent cher.



Dernière objection : Toutes les mesures que j’ai prises sont en azimut à partir du centre de la Salle des Taureaux. Centre du ciel, centre de la salle où je me suis placée de façon instinctive dès la première fois. C’est alors que le conservateur de Lascaux m’a dit : regardez sous votre pied. Il y a un triangle en laiton qui est enfoncé dans le sol. C’est le centre de la Salle des Taureaux qui a été déterminé par les mesures pour réaliser Lascaux II. Les mesures en Azimuts sont des angles par rapport au point d’observation. Sur les parois, tenez vous bien, ces artistes paléolithiques ont il y a 19 000 ans marqué au pinceau sur la paroi des points bien précis qui sont : le nord, le lever du soleil de l’été, l’est, le sud. À l’ouest on ne retrouve rien, car les courants d’air ont effacé les peintures. Le coucher du soleil de l’été se dirigeant vers le lever du soleil de l’hiver (car les deux sont opposés) était inscrit dans l’espace de la grotte. En été le soir, le soleil y pénétrait pour atteindre le fond du diverticule axial en opposition. Ils ont donc partagé la salle en portions correspondantes aux différentes parties du ciel qu’aujourd’hui encore les astronomes utilisent dans leurs calculs.

Les Chroniques de Mars // Chantal Jègues-Wolkiewiez autre question qui pose problème, imaginons par hypothèse que votre thèse soit effective. Il y aurait donc, premièrement, un choix pertinent de ces hommes de prendre une grotte avec une correspondance naturelle au solstice, deuxièmement ils seraient possiblement en capacité de pouvoir retranscrire graphiquement des mesures stellaires en tout point parfaitement exactes, données cosmiques qu’ils représentent ensuite de façon picturale, et vous en conviendrez, la chose est loin d’être aisée ! D’autant qu’au lieu de représenter des étoiles… sous formes « d’étoiles »… ils choisissent de les représenter sous formes de vaches, de taureaux, de bisons, d’animaux…, et ce de façon allégorique voire « cryptée », puisque strictement rien en apparence ne permet de faire ce lien avec la voûte étoilée ! Pourquoi n’ont-ils pas peint d’ailleurs la voûte étoilée elle-même, directement sans aucune allégorie…, c’est d’ailleurs bien souvent à cela que l’on reconnait les « temples » ou les édifices sacrés depuis Égypte ancienne, grâce justement à cette voûte étoilée, représentée certes de façon purement symbolique… La question qui vient naturellement en dernier lieu est donc de savoir… pourquoi ? À quelle fin ! Pourquoi vouloir représenter le ciel ainsi ? Pour qui ? Pour les générations suivantes, pour un enseignement ? Si l’on schématise en hâte, il faut savoir que toutes les traditions anciennes de ces périodes là, autour de - 20 000, jusqu’à la naissance de l’écriture à Sumer vers – 5000 ans, sont toutes des traditions de l’oralité - c’est ce qui les caractérisent - traditions qui qualifient les grands mythes éternels et les légendes primordiales. Il y aurait donc là, avec Lascaux, non seulement une découverte incroyable concernant ce « planétarium » mais encore, plus extraordinaire, nous serions en présence – il y a 20 000 ans ! – de la transmission d’un savoir éminent, selon un « code graphique » donné, et donc pour ainsi dire d’une « écriture idéographique » voire même « pictographique » au sens large du terme, ce qui représenterait fondamentalement une coupure épistémologique phénoménale dans ce que l’on croit connaître de la transmission écrite du savoir humain – qu’en pensez-vous ?

Chantal JEGUES-WOLKIEWIEZ // Pourquoi représenter des animaux ? C’est pourtant simple. Étant donné les milliards d’étoiles qui existent dans le ciel, il est plus aisé de comparer les amas d’étoiles brillantes à un animal que l’on reconnait ou que l’on imagine pour s’en souvenir. Vous pensez bien qu’à cette époque on ne disait pas par exemple l’étoile alpha du Scorpion, ni Hip 80763, ni même Antarès qui sont trois noms différents pour la même étoile. Il était plus facile de dire en Paléolithique bien sûr : la grosse étoile qui marque le cou de l’Aurochs tacheté (Ils ont fait des points à l’emplacement de la Voie lactée). Et puis des animaux, ça se déplace comme ceux qu’ils imaginaient dans le ciel. Savez-vous que si on se place dans une grotte en face de l’ouverture les animaux représentés sont toujours dans le sens du mouvement des étoiles dans le ciel ? Et le sens des animaux change, justement là où le soleil change de direction aux changements de saisons. S’ils n’ont pas mis d’arbre par exemple c’est tout simplement parce qu’un arbre ne marche pas. Seules les armes de jet (lances ou sagaies) sont représentées, car elles se déplacent dans l’espace. Une sagaie est du reste une façon symbolique de représenter un rayon de soleil. Même les enfants d’aujourd’hui dessinent une flèche lorsqu’ils représentent les rayons solaires.

Ensuite on peut dire que tous les textes sacrés ont décrit des animaux pour représenter les corps célestes et leur lumière. Les vaches de l’aurore dans le Rig-Veda sont les rayons solaires du matin lorsque la lumière est rose. Les représentations des étoiles sur toutes les cartes célestes de toutes les cultures ont été des animaux, puis plus tard à partir du moment où les dieux ont pris figure humaine, des hommes ou des femmes. Ce sont les cultures matérialistes qui ont représenté des objets. La Balance qui a été inventée par les Romains est apparue dans le ciel à ce moment-là aussi bien à Rome qu’en Égypte puisque Rome avait fait main basse sur l’Égypte. Auparavant, les Mésopotamiens considéraient cette constellation comme les pinces du Scorpion.
Quant à la transmission du savoir, oui l’art pariétal a été un moyen de transmettre le savoir. Sinon, pourquoi a-t-il duré pendant 25 000 ans. Pourquoi aurait-on trouvé des signes identiques en Espagne au cours du Magdalénien à ceux que l’on a trouvés par exemple dans la grotte du Placard de l’époque aurignacienne ? Il n’existe pas dans le monde de modèle plus précis que celui du ciel qui est visible dans le monde entier au même moment. Quand la pleine lune magdalénienne brillait en été dans la constellation du Lion au-dessus du ciel de ce qui deviendrait un jour Lascaux, les Égyptiens, les Chinois voyaient à quelques heures de différence la même Lune dans la même constellation qui avait la même forme. Et tous, savaient que la lune (s’ils étaient dans l’hémisphère nord) ce soir-là avait pris la place dans le ciel du soleil en hiver. Peu importait leur langue et les mots utilisés c’était la pleine lune de la saison chaude qui se trouvait près de l’étoile Régulus dans cette constellation que l’on nomme de nos jours le Lion et qui à Lascaux a été représentée par un « Bison mourant rouge. »

Vous savez bien, que petit à petit, les Anthropologues, les Archéologues, remettent complètement à plat leurs idées concernant l’intelligence et la connaissance non seulement de Cro-Magnon à l’époque paléolithique, mais également de Néandertal.

Quand je regarde l’os de renne de l’abri Blanchard, (Dordogne, 35.000 ans) je sais que je suis non seulement devant une étude de la position, de la forme, du déplacement, de la lune sur l’horizon du couchant près de Lascaux. Je sais aussi, que cette connaissance inscrite là dans l’os avait été transmise puisque le graveur a étudié et gravé un fait bien précis et remarquable qui ne se reproduit qu’une fois tous les 19 ans à cette latitude. Un dernier quartier de lune avant le jour du printemps qui est placé avec les deux cornes vers l’horizon comme un accent circonflexe ! C’est le jour où il a débuté son observation. C’est peut-être le hasard me direz-vous. Moi, je vous répondrais : oui, c’est vrai, il y avait 1 chance sur 6975 pour qu’il observe juste ce jour-là.
Le Musée de Saint-Germain-en-Laye qui possède la pièce ne s’est pas trompé. Il a publié mon travail.

Les Chroniques de Mars // Il y a à votre crédit une analyse vraiment étonnante que vous avez pu produire et qui est celle des deux bisons peints dos-à-dos à Lascaux ? Pouvez-vous nous l’expliquer, selon votre thèse ?

Chantal JEGUES-WOLKIEWIEZ // Les bisons croisés se trouvent dans une partie de Lascaux que l’on nomme la nef. Plaçons-nous devant ces deux figures, juste au milieu devant les queues croisées qui sont en fait au sommet d’un angle dièdre dans la paroi. Les têtes des bisons sont de part et d’autre de cet angle. Utilisons alors un instrument de précision pour mesurer l’azimut/nord. Nous relevons 90°. Nous constatons donc que les queues des bisons se croisent à l’est.

C’est dans les yeux d’un être vivant que se reflète la vie, et symboliquement aussi la lumière solaire. Sans bouger de place, tournons-nous légèrement pour mesurer l’œil du bison de droite. Nous relevons 124° (lever du soleil de l’hiver sur l’horizon de Lascaux). Puis l’œil du bison de gauche : 56° soit le lever du soleil de l’été sur l’horizon de Lascaux. Nous avons devant nous, sur trois points remarquables de la paroi, des mesures remarquables spécifiques du lieu. L’angle en azimut entre le croisement des queues et les yeux est de 34° de part et d’autre comme ces levers solaires sur l’horizon du site. Les animaux ont donc une même taille, mais ils ne sont pas tout à fait semblables. Celui de droite a un pelage intact. On remarque son étui pénien qui nous apprend qu’il est en rut. Par contre, le bison de gauche n’est pas en rut, mais son pelage disparu par larges taches laisse voir la couleur rouge de la peau. Il est en train de muer.

Considérons maintenant les périodes de ces phénomènes : la période de rut commence à l’automne et dure jusqu’à l’hiver. La période de mue commence au printemps et se continue jusqu’à l’été.

Le sens des animaux indique le sens du Soleil sur l’horizon. Au printemps, lorsque muent les bisons, le soleil tourne le dos à l’est et se dirige vers le nord-est (56°.) En automne lorsque les bisons sont en rut, le soleil tourne le dos à l’est et se dirige vers le sud-est à 124°.

Y aurait-il un moyen plus intelligent pour exprimer aussi bien la direction du Soleil levant lors des changements de saison, tout en expliquant que le comportement animal est lié à la saison et à la lumière du Soleil ?
Croyez-vous que si on fermait pendant 20 000 ans cette grotte, après que j’ai inscrit dans la pierre mon petit topo sans dessin, avec des mots en bon français et puis aussi (tant qu’on est dans le phantasme) en anglais la langue soi-disant internationale, les hommes dans 20 000 ans comprendraient les mots que j’ai écrits ? Je suis absolument sûre que non. Par contre, chaque homme de chaque coin du monde parlant une autre langue pourrait comprendre la signification de ces peintures réalisées 40 000 ans auparavant. Voici donc la preuve une fois de plus non seulement de la transmission volontaire de la connaissance qu’avaient les Paléolithiques des phénomènes de la nature (que tant de nos contemporains ignorent) mais aussi du niveau élevé de leur intelligence.


Les Chroniques de Mars
// Vous avez tellement travaillé sur l’Astronomie d’une part et les grottes ornées d’autre part que vous avez acquis un savoir totalement singulier dans ces deux domaines. Dans l’absolu, et livrée à vous-même et avec quelques amis choisis, dans un contexte favorable, imaginons que vous ayez un lieu d’accueil vierge – une grotte ancienne par exemple, et ce associée à une connaissance mimétique de synthèse et de reproduction du ciel à l’identique de ce que faisaient les anciens « chamans préhistoriques » – en théorie - pourriez-vous envisager de reproduire une iconographie relativement similaire, projetée sur des parois vierges, avec des constellations ou des signes zodiacaux ? Est-ce que cela vous paraîtrait réalisable aujourd’hui sans problème ?

Chantal JEGUES-WOLKIEWIEZ // Oui, c’est réalisable sans problème aujourd’hui à condition de savoir dessiner, de connaître le ciel, d’avoir une ouverture correspondant à un lever ou un coucher solsticial, d’avoir un bâton, un bâton percé, de la corde, des morceaux de charbon de bois, de l’ocre, des tampons de peaux, des pinceaux, de l’eau, des pointes de silex, des peaux, quelques lampes à huile pour éclairer les détails lorsqu’il ne fait pas assez clair, des aides pour aller chercher les couleurs, pour nous nourrir, des coussins d’herbes pour s’asseoir confortablement. Lorsque nous avons tourné « Lascaux le ciel des premiers hommes » l’artiste sculpteur qui était dans le film a peint en quelques heures une grotte qui a servi de décors. Bien sûr, l’orientation des dessins n’avait aucun lien avec le ciel. Mais partager une grotte en différentes parties quand elle est complètement éclairée, illuminée même, pendant presque une heure pendant quelques jours ne serait qu’un jeu d’enfant pour des archéoastronomes. Surtout, si comme à Lascaux elle avait une forme aussi régulière avec des parois aussi belles.

Interview de Chantal Jègues-Wolkiewiez pour « Les Chroniques de Mars No 12 » ©, septembre 2013.

A découvrir les Livres de Chantal Jègues-Wolkiewiez sur son site Internet //

SOURCES données dans l’Interview //

Jègues-Wolkiewiez Chantal - Des gravures de la Vallée des Merveilles au ciel du mont Bego. Approche ethno-astronomique d’un temple luni-solaire du Néolithique [Rapport]. - Sophia-Antipolis : [s.n.], 1997. - B.U. 97NICE20011 n° inventaire A.R.N.T. 25439.

Jègues-Wolkiewiez Chantal - Aux racines de l’Astronomie ou l’ordre caché d’une oeuvre paléolithique [Article] // Antiquités nationales / éd. nationale Musée d’archéologie. - Saint Germain en Laye : [s.n.], 2005. - 37. - pp. 43-62.


MARS EYE 2013

En 2013, Marseille est Capitale Européenne de la Culture, les éditions ARQA qui fêtent cette année leurs dix ans d’activités se devaient dans la continuité du travail déjà accompli de proposer à leurs lecteurs plusieurs ouvrages de qualité, avec des auteurs reconnus et surtout avec la présentation de nombreuses recherches et documents d’archives inédits. Avec les livres de Georges COURTS, Gino SANDRI et la Trilogie de Gil ALONSO-MIER sur les guérisseurs spirituels de la fin du XIXe siècle, Vignes, Schlatter, et Philippe de Lyon, voilà chose faite.

En souhaitant donc à tous nos lecteurs de très bonnes lectures !

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