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7/1/2011 [L’astrologie comme dépassement du référentiel zodiacal soli-lunaire]

L’Histoire de l’astrologie est une archéologie, c’est-à-dire qu’elle est confrontée à un certain nombre d’objets, de notions, dont il importe de déterminer la raison d’être par delà les pratiques présentement en usage. D’aucuns diront que du moment que l’usage qui en est fait donne satisfaction, à quoi bon se poser ce genre de questions. Mais nous répondrons que si des dispositifs dont il est évident qu’ils n’étaient pas destinés à l’usage que l’on en fait « marchent », c’est probablement qu’un tel critère doit être relativisé. Nous aborderons ici le problème des subdivisions et des classifications du Zodiaque, en faisant apparaitre deux paradoxes : le premier tient au fait que sous le même mot zodiaque, tout le monde n’entend pas la même chose et le second tient au fait que les classifications ne visent point tant à séparer des ensembles d’éléments qu’à rapprocher les éléments ainsi réunis par delà leurs différences.,
Il faut distinguer deux zodiaques, l’un, le plus ancien, est originellement lié aux rencontres soli-lunaires et celui que l’on appelle de nos jours « tropical » est sensiblement décalé par rapport à ce zodiaque articulé sur les rencontres mensuelles entre les deux luminaires. Un tel zodiaque ne faisait initialement fonction que de calendrier et il est clair que la présence de la Lune apparait rétrospectivement comme un anachronisme systémique et l’on pourrait décrire les gesticulations de certains réformateurs comme Jean-Pierre Nicola pour « sauver » in extremis la Lune au niveau astrologique (dans le cadre du RET).

Certes, la Lune a ses propres lettres de noblesse, on connait son influence sur divers plans (marées, menstruation, agriculture etc) mais ce n’est jamais que le satellite de la Terre, ce qui enlève toute valeur universelle à une astrologie « moderne » intégrant la Lune. D’ailleurs, récemment, l’élimination par les astronomes de Pluton [1] - retenu par Nicola [2] - en tant que planète, aura fait,à juste titre couler beaucoup d’encre.[3] Rappelons le cas de Vulcain dont s’était entiché Alexandre Volguine dans les années Trente du siècle dernier. Ce dernier écrivait ainsi en première page du numéro 4 (juillet-août 1939) : « Les Cahiers Astrologiques publient dans chaque numéro les éphémérides de Vulcain afin de mettre les éléments de cette planète hypothétique à la portée de chaque chercheur car elle explique plusieurs énigmes d l’Astrologie Traditionnelle parmi lesquelles la combustion occupe une des premières places » Suivent les éphémérides pour l’année 1937. (dressées par F. Ransan). On peut lire dans plusieurs numéros, jusqu’en 1940, les résultats d’une Enquête sur la Combustion et Vulcain, avec des communications de dizaines d’astrologues. Peu après, Vulcain disparaitra des publications astrologiques alors que l’on s’intéressera de plus en plus à Cérès, notamment avec Claire Santagostini…

Ce zodiaque lunaire aura fortement marqué les almanachs astrologiques et toute une iconographie qui aura contribué à forger le symbolisme zodiacal. Mais force est de constater que le zodiaque actuel, tout en restant marqué par une telle structure originelle, aura par la suite pris en compte le cycle des saisons. D’où d’ailleurs, la différence, assez confuse, faite par les historiens du calendrier entre calendrier « lunaire » (fondé sur les rencontre lune-soleil, comme c’est le cas du calendrier islamique) et calendrier soli-lunaire (c’est-à-dire articulé sur les équinoxes et les solstices, comme c’est le cas du calendrier judaïque). Mais le calendrier actuel ne correspond à rien de tel pas plus d’ailleurs que l’entrée du soleil dans un signe. [4] Résultats des courses ; on a un zodiaque qui se dit tropique et qui reste divisé en 12 secteurs,subdivision dont l’intérêt est purement historique et analogique, vu que le zodiaque dit tropique ne s’articule pas réellement sur les conjonctions soleil-lune. Par la même occasion, on pourrait en dire autant des 12 maisons astrologiques, la trisection des 4 angles ayant donné naissance à toutes sortes de systèmes de domification (Campananus, Regiomontanus, Placidus, Koch, topocentrique, etc).

A ce stade, nous voyons que la dimension symbolique a pris le pas sur la réalité des phénomènes cosmiques. Et cela n’est pas fini. Car lorsque l’on a découvert les planètes « extérieures », Mars, Jupiter et Saturne, longtemps confondues dans l’Antiquité avec les étoiles fixes, une autre représentation astrologique se met progressivement en place qui va récupérer le zodiaque soli-lunaire. Initialement, de toute façon, ce zodiaque soli-lunaire était sidéral mais on ignorait alors la précession des équinoxes, découverte par Hipparque, et l’on pensait donc qu’il était stable par rapport au cycle saisonnier. Zodiaque tropique et zodiaque sidéral ne faisaient qu’un dans l’esprit des premiers astrologues.

Mais pour les astrologues « planétaristes » (Mars Jupiter, Saturne), par opposition aux astrologues « luminaristes » -(lune-soleil), se référer au zodiaque n’avait plus qu’une signification conventionnelle. Ce qui importait c’étaient les étoiles dans leurs rapports avec les planètes « extérieures » (à l’orbite terrestre) lesquelles servaient à baliser la course sidérale,c’est à dire le retour d’une planéte par rapport à une étoile donnée - des dites planètes.

C’est dire que la précession d’équinoxes n’était plus d’aucune incidence sur un tel système. Ce n’est pas en effet parce que les astrologues planétaristes se servaient des constellations zodiacales qu’ils accordaient la moindre importance au cycle saisonnier, lequel ne pouvait faire sens que pour le soleil, comme l’a bien noté Patrice Guinard, dans son Manifeste.[5]. Une erreur commune aux historiens tient au fait que l’on surinvestisse les sources. Emprunter une information à un corpus n’implique pas que l’on adopte l’ensemble de ce qui constitue celui-ci. Il s’agit là fréquemment de simples réminiscences.

En conclusion, nous espérons avoir apporté un peu de clarté au débat en en montrant, paradoxalement, toute la complexité et les intrications. Un même référentiel peut servir dans des contextes fort divers. Les tropicalistes croient avoir beau jeu à dénoncer l’ignorance de la précession des équinoxes chez les sidéralistes. Mais c’est la paille et la poutre car eux-mêmes n’ont que faire au premier degré du zodiaque des 12 signes puisqu’ils se référent aux saisons. Mais en fait, commes les sidéralistes, cette connexion zodiacale ne mange pas de pain, elle est une simple commodité, dont d’ailleurs les astronomes eux-mêmes, sans états d’âme, font eux-mêmes usage.

Malheureusement, les choses ne sont pas aussi simples dès lors que les astrologues tirent un enseignement symbolique du signe dans lequel une planète se situe et quand ils fondent la signification du signe sur le cycle saisonnier. On est en plein syncrétisme ! Plus grave encore est le constat quand ces astrologues accordent une extrême importance au passage d’une planète d’un signe à l’autre au lieu de se contenter du passage d’un quadrant saisonnnier à l’autre, ce qui correspondrait à l’esprit d’une astrologie tropicaliste... Le problème, c’est que le calendrier des almanachs - notamment du temps du calendrier révolutionnaire - avec la symbolique des 12 mois est lui-même "bâtard" puisqu’il associe, de toute évidence, les mois et les travaux saisonniers, des semences à la moisson... En ce sens, nous prônons un abandon par les astrologues de toute symbolique zodiacale hormis un usage purement formel...

Non pas que nous n’accordions point, présentement, toute son importance au fait qu’une planète (extérieure) se trouve en telle ou telle constellation. Mais ce n’est pas le nom de la constellation qui détermine la signification d’une telle configuration et ce d’autant suivant en cela l’Ecole Ebertin, représentée notamment en France par Henri Latou et Bernard Dumont, tous deux dans le département du Var ( 83), que nous pensons que les 4 phases par lesquelles on découpe un cycle sont isomorphes, c’est-à-dire porteuses exactement des mêmes significations. Nous pensons que certaines étoiles ou plus globalement certaines constellations ont même valeur quand elles sont séparées de 90°. Si l’on prend le cycle de Saturne, cela correspond à des situations comparables tous les sept ans environ. L’idée traditionnelle du carré est irrecevable : les signes du bélier, du cancer, de la balance et du capricorne, dits signes cardinaux, constituent un ensemble d’un seul tenant, ce qui signifie que le fait que les saisons concernées par chacun de ces 4 signes soient radicalement différentes ou opposées ne revêt ici aucune espèce d’importance. Autrement dit, la théorie des aspects n’a rien à voir avec une astrologie tropicaliste, pas plus que le dispositif des « gunnas » (cardinaux, fixes, mutables)[6] pas plus d’ailleurs que celui des triplicités ( les Quatre Eléments qui s’inscrit encore moins dans une logique saisonnière) sous tendant les trigones (120°). Autrement dit, tant les aspects que les divers classements de signes conduisent paradoxalement à évacuer toute symbolique zodiacale à caractère saisonnier, ils en constituent le dépassement et en impliquent la marginalisation.

En tout état de cause, tant l’astrologie tropicaliste que l’astrologie sidéraliste ont pris leurs distances par rapport au cycle soli-lunaire. On peut toujours divisé en trois chaque quadrant mais sans rapport avec le dit cycle soli-lunaire. Mais selon nous, le véritable tropicalisme ne s’intéresse pas symboliquement aux saisons, elles ne lui servent que comme un processus de subdivision et de découpage. Bien plus, les divers modes de classement des signes et des aspects ont pour vocation de dépasser toute considération saisonnière en plaçant ensemble des signes appartenant à des saisons opposées.(bélier et balance sont tous deux cardinaux) ou en reliant par des aspects des signes appartenant à des saisons différentes (trigone bélier-sagittaire etc.)

>[Jacques Halbronn]

[1] Il y avait eu précédemment le cas de Vulcain, planéte intramercurielle, qui fut éliminée mais qui passionna les astrologues jusqu’au milieu du siècle dernier, comme on peut le voir dans les premiers numéros de s Cahiers Asrologiques de Volguine, en 1939.

[2] Nombres et formes du cosmos, Paris, Ed. Traditionnelles, 1971.

[3] Voir notre récent entretien avec Frédéric Caillard, sur la TAF.

[4] Voir cependant les tentatives de l’astrologie « kabbalistique » de Philip S. Berg.. « La Connexion astrale », Centre de recherche de la Kabbale, Paris 1989//

[5] Site cura.free.fr

[6] Voir Marcelle Sénard, Le Zodiaque, clef de l’ontologie, appliqué à la psychologie, Paris, Ed. Traditionnelles, 1967. (première ed. 1948).