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La voix qui crie dans le désert de Lodoïc de Divonne

Lodoïc de Divonne – La Voix qui crie dans le désert (texte intégral) – Un des plus beaux textes de la mystique chrétienne d’un ami intime de Louis-Claude de Saint-Martin. À paraître en 2010 avec une Préface et commentaires de Jean-Marc Vivenza.




(extrait)

« Besoin universel d’être heureux ! Si vous attestez qu’il existe une source suprême de félicité, vous êtes aussi la démonstration qu’elle est elle-même le principe générateur de l’homme, puisque tout être est attiré par la mine qui l’a engendré, et que le désir et l’attrait ne peuvent exister qu’entre les choses analogues et qui appartiennent à la même nature. Ainsi nous voyons toutes les substances terrestres, graviter vers la terre qui les a produites, et chaque élément tendre à retourner vers le centre dont il est sorti. Besoin universel de la vérité ! Non seulement vous témoignez qu’il est une lumière transcendante impérissable, mais vous déposez encore que les ténèbres, les obscurités, les ombres et les doutes, sont contraires à la vraie nature de l’homme, et qu’il a en lui le germe de cette lumière universelle. Besoin dans l’homme de comprendre les raisons de tout, de pénétrer jusqu’aux lois centrales de tous les êtres, et de ne rien manifester qui ne soit le produit d’une intelligence ! Vous attestez qu’il est un principe éternel d’intelligence suprême et universelle, et que l’esprit de vie dans l’homme en est une émanation directe, selon le témoignage même de Moïse : « Et Dieu respira en lui (l’homme) le souffle des vies. » Besoin insatiable d’admirer ! Non seulement vous êtes une démonstration qu’il existe au-dessus de nous un ordre de choses capable de satisfaire en nous cet intarissable appétit, mais vous témoignez de plus, que nous appartenons par les droits de notre origine, aux régions des merveilles éternelles et divines, que nous avons une affinité naturelle et une analogie nécessaire avec cette source inépuisable et éternelle d’admiration, et qu’il n’y aura de repos pour nous que lorsque nous serons remontés jusqu’à elle. Enfin, besoin d’une vie sans bornes, dont l’homme seul a l’idée ! non seulement vous proclamez qu’il est une source de vie impérissable, infinie, mais, oserai-je le dire, vous attestez encore que NOUS AVONS TOUJOURS ÉTÉ, PUISQUE NOUS DÉSIRONS ÊTRE TOUJOURS. Bien plus, si nous pensons à des bornes, si nous avons l’idée de la destruction et de la dissolution, ce n’est que parce que nous sommes liés à un ordre de choses qui ayant eu un commencement, doit aussi avoir une fin ; et la répugnance et la peine que nous font éprouver ces pensées, sont le résultat du conflit dans nous, et de la loi de la vie passagère et destructible, à laquelle nous sommes accidentellement liés, et de la loi de la vie éternelle qui nous constitue radicalement. Aussi, en proportion que l’homme s’enfonce davantage dans l’ordre faux, et qu’il identifie avec les choses périssables, les inconvénients de la région temporelle, deviennent de plus en plus sensibles pour lui, et la mort plus redoutable ; tandis qu’au contraire, toutes les qualités importunes et gênantes de la nature visible, s’annulent insensiblement, et jusqu’à l’idée même de cette mort tant appréhendée, disparaît graduellement, pour celui qui fixe la région supérieure et travaille à s’en approcher. Car alors, la loi fixe de la vie réelle, se développant avec plus d’énergie, elle absorbe progressivement l’action de la loi de vie passagère et finit par la rendre complètement nulle. C’est ainsi que la mort même est comme forcée d’attester la vie, lorsqu’au milieu des décombres parmi lesquels nous marchons et des monuments de dissolution dont nous sommes environnés de toutes parts, non seulement nous agissons comme étant destinés à ne jamais cesser d’être, mais nous surprenons encore quelquefois en nous le sentiment vague de la possibilité, que notre être physique même échappe à la loi commune, tant est puissant dans l’homme LE CRI DU BESOIN DE LA VIE (…).