Christian DOUMERGUE - Thierry E GARNIER - Le Prieuré de SION #2

Les parchemins dits de « l’abbé Saunière ».

René Descadeillas pensait que Gérard de Sède, dans son « ignorance encyclopédique », n’avait pas collaboré à la fabrication de la documentation qui servit à L’Or de Rennes, mais croyait tout simplement que : « alléché par la possibilité d’écrire une histoire – à sensation – il avait aveuglément utilisé tout ce qu’on lui avait mis dans les mains… ». À vrai dire, la présentation sommaire du « grand » et du « petit parchemin », dans l’affaire de Rennes, constitue un véritable casse-tête, une énigme en soi, un jeu de pistes phénoménal, aux bifurcations imprévues, qui mériterait des développements très longs et forts complexes susceptibles de faire l’objet d’un livre entier qui pourrait s’appeler : « parchemins, calques, pierres et papiers… », tant dans ce domaine la manipulation mise en place a été efficace et ce dès les années 1950 et donc bien avant la sortie de L’Or de Rennes. Il faut cependant en faire état ici, quelque peu, pour souligner à quel point le sujet lancé par Pierre Plantard était beaucoup plus embrouillé qu’il n’y paraît... Rappelons les faits « supposés » : l’abbé Saunière aurait découvert en 1891-1892, dans le pilier wisigothique du maître autel de l’église de Rennes-le-Château, les fameux parchemins reproduits par de Sède.

Les documents dont nous allons faire état, connus sous le nom de « parchemins » sont au nombre de quatre, si l’on se réfère à notre annexe (Cf. annexe # 9 – Dossiers secrets d’Henri Lobineau, 1967), mais seuls les deux parchemins composés d’extraits d’évangiles, seront commentés ici. (Cependant rien n’indique qu’il s’agit bien des « parchemins » découverts par l’abbé Saunière, lors de la réfection de l’église). Ces deux textes furent recopiés sous forme de calques et servirent plus tard à l’édition de L’Or de Rennes, de 1967, dans des conditions obscures que nous allons expliciter.

Nous verrons tout d’abord qu’en terme « d’originaux » il faut bien saisir ce à quoi l’on se réfère, car en la matière jamais personne n’a vu aucun document, d’aucune sorte, sur d’authentiques parchemins de peau - définition exacte pour le terme de « parchemins » - … Nous n’avons donc toujours eu à faire qu’à des copies : sur papier, sur calques, ou des fac-similés photographiques en noir et blanc. En préalable, pour la cohérence de notre démonstration, il nous faut dresser une nomenclature de référence qui nous permettra de repérer plus aisément ensuite les différents parchemins cités par les auteurs et selon les époques considérées.

La répartition s’effectue a minima sur six niveaux distincts, mais pourrait être plus importante et plus précise encore - L’abréviation « Ms. » concerne les deux parchemins, « grand » et « petit ».

[Ms. 1]

Manuscrits originaux - Dans le cadre d’un raisonnement objectivé signalons tout d’abord que l’abbé Saunière n’a pas pu être en contact avec un manuscrit original sur parchemin de peau, calligraphié en lettres onciales du Ve siècle, avec la présentation en exergue d’un codage (grand parchemin) manifestement réalisé à la fin du XIXe siècle. Il ne peut pas s’agir, non plus d’une copie sur parchemin, avec une datation possible au XVIIIe siècle, telle que cachée et/ou conçue par l’abbé Bigou parce que ce type de support sur parchemin disparaîtra définitivement au plus tard au XIIIe-XIVe siècle au profit du papier.

Rappelons aussi que la date du traité le plus connu de Blaise de Vigénère (1523-1596), Traités des chiffres ou secrètes manières d’écrire est de 1586, et concerne notamment les codes chiffrés utilisés par les ambassadeurs et les ecclésiastiques de haut rang. C’est pour ces raisons évidentes, mais jamais formulées comme telles, que Monsieur Debant, expert diplômé de l’Ecole des Chartes, interrogé par Gérard de Sède (Cf. L’Or de Rennes) - Debant n’expliquera d’ailleurs pas pourquoi - considèrera ces manuscrits avec certitude comme ne pouvant être antérieurs à la Renaissance. C’est bien sûr, signalons-le tout de suite, une drôle de curiosité, pour ne pas dire une anomalie, pour un chartiste, de considérer des documents en onciales romaines du IVe et Ve siècles, postérieures au Quattrocento… En outre, le commandant Lerville, cryptographe émérite et réserviste du Chiffre, interrogé lui aussi par de Sède, aurait pu garantir une expertise de bien meilleure qualité, en mettant en garde notre auteur pour qu’il ne puisse assurément pas attribuer à ce pauvre Antoine Bigou (1719-1794) - qui ne demandait rien à personne - un document cryptographié avec une méthodologie si complexe qu’elle ne pouvait dater, au maximum, que de la fin du XIXe siècle… Ainsi, considérant que la datation que nous préconisons pour ce document, compte tenu de la façon dont il est codé, ne peut que se situer à la toute fin du XIXe siècle (1880), jusqu’au début du XXe siècle (1910), il ne peut donc avoir été fait sur parchemin - et bien sûr en aucun cas par l’abbé Bigou, chapelain de Marie de Nègre d’Ables, dame d’Hautpoul de Blanchefort, au XVIIIe siècle, comme le prétend de Sède. Signalons aussi que les documents en possession de Bérenger Saunière, n’ont jamais été vus par aucun chercheur, autrement dit nous ne pouvons assurer l’exactitude du support, la seule chose que nous pouvons affirmer c’est qu’en aucun cas ils ne peuvent avoir été conçus sur parchemin. Au plus loin que l’on puisse remonter dans les informations factuelles recoupées par les anciens chercheurs, autour de l’année 1955-1956, selon les témoignages recueillis par Michel Vallet auprès de Gérard Dutriat et Jean Lecousse, il a bien été vu, pour cette année-là, des documents photographiques en noir et blanc, que l’on pouvait dater des années 1900-1930 et représentant les dits « parchemins ». Des copies de ceux-ci sont parvenus jusqu’à nous et sont actuellement au nombre de deux, nommés : « grand » et « petit parchemin ».

Plusieurs solutions s’offrent à nous quant à la découverte et la transmission de ces documents. Retenons d’abord l’idée qu’il n’est nul besoin à l’abbé Saunière de faire une « découverte » dans l’église de Rennes pour être en possession d’un document qui lui est assurément contemporain. C’est donc selon toute vraisemblance qu’il a obtenu ce document - manifestement capital dans l’affaire de Rennes - par un intermédiaire, une tierce personne, un ecclésiastique de son rang, un informateur, ou un relais avec l’évêché de Carcassonne, par exemple, ou un groupe de prêtres (Lazaristes) ou un autre groupe assimilé à une société discrète, rosicrucienne par exemple, comme le sous-entend de Sède, etc., les pistes ne manquent pas à l’appel. Les éléments trésoraires découverts, de-ci de là dans l’église de Rennes-le-Château par Saunière sont donc, sans nier leur validité, tout à fait mineurs et bien différents de ces « parchemins » qui n’avaient en réalité aucune valeur pécuniaire, en soi.

Si ces documents ont été communiqués comme nous le pensons à Saunière par un tiers, il faut se demander à quelle fin ? Tout simplement parce que Saunière était le mieux placé, car à Rennes, pour entreprendre des recherches, voire des fouilles in situ, ou dans la région voisine. Il n’est pas douteux que les éléments d’informations contenus dans le grand parchemin concernent bien la dalle de Madame de Blanchefort, ou tout au moins, le cas échéant, son équivalent papier.

(...) Extrait //

DOUMERGUE - GARNIER -Les Chroniques de Mars No 8, avril 2012. Le Prieuré de SION - Le véritable secret de Rennes-le-Château (Extraits).

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