Patrick BERLIER - L’étrange Noël de Monsieur Philippe # 1

En cette fin d’après-midi du 24 décembre 1898…

L’hiver s’était abattu sur la ville de Lyon. Le vent du nord, glacial, soufflait sur les vieux quartiers du cinquième arrondissement, et par la place du Petit Collège il s’engouffrait, comme dans un entonnoir, dans la rue du Bœuf. Des flocons de neige, soufflés par le blizzard, virevoltaient entre les façades Renaissance. Dix-sept heures venaient de sonner à l’horloge de Saint-Jean. Bien peu de passants se risquaient au-dehors. Les habitants, pour la plupart, restaient calfeutrés chez eux et préparaient déjà la veillée de Noël. Quant à leurs invités, il était beaucoup trop tôt encore pour qu’ils vinssent frapper aux portes de leurs hôtes. Seule leur foi indéfectible ferait sortir les Lyonnais de leurs demeures, un peu avant le milieu de la nuit, pour aller, emmitouflés, assister à la messe de minuit, qui à la cathédrale Saint-Jean, qui à l’église Saint-Georges, et qui à l’église Saint-Paul, les trois pôles religieux du Vieux Lyon.

La nuit s’installait doucement. La porte du numéro 6 de la rue du Bœuf, ancienne annexe du Petit Collège des Jésuites, s’ouvrit pour laisser passer la silhouette replète d’un homme d’une cinquantaine d’années, dont il émanait naturellement une impression de générosité et de bonhomie, soulignée sans doute par son léger embonpoint et ses énormes moustaches, assorties d’un petit toupet de poils sous la lèvre inférieure. L’homme fit quelques pas dans la rue. Les cristaux de neige et de givre, propulsés par le vent, lui piquaient la peau des joues comme autant de fines aiguilles. Il enfonça son chapeau sur les oreilles, et releva le col de son pardessus, qu’il maintint fermé de sa grosse main gantée de cuir, se dirigeant vers la place du Petit Collège.

La porte du 6 de la rue du Bœuf s’ouvrit à nouveau, et dans l’encadrement apparut un homme, plus jeune, dont la longue barbe noire paraissait vouloir compenser le crâne dégarni, et qui héla le premier :

— Père ! Vous n’allez pas trop loin, j’espère ? Vous vous souvenez que vous nous avez promis, à Victoire et à moi-même, de passer le réveillon avec nous ?

— Je m’en souviens parfaitement et vous savez, mon cher Doc, que je tiens toujours mes promesses. Surtout celles que je fais à ma fille chérie. Ne vous inquiétez pas, je vais juste saluer quelques amis, et je serai de retour dans une heure, tout au plus, bien assez tôt pour aller ensemble rejoindre Jeanne et Victoire, qui doivent être affairées aux préparatifs de la soirée. Et vous, Emmanuel, vous m’avez promis de venir avec nous à la messe de minuit…

— Mais moi aussi je compte tenir ma promesse. J’irai avec joie assister à l’office de la Nativité en l’église Saint-Pothin. Je vous attends donc ici vers dix-huit heures. Vous allez voir vos amis « de l’autre côté », j’imagine ? Je ne les connais que de nom, mais saluez-les quand même pour moi…

— Ils y seront sensibles, certainement. Je sais que vous adoreriez les rencontrer, mais je ne puis emmener personne avec moi dans ces voyages étranges que le Ciel me permet de faire. À tout à l’heure, cher Emmanuel.

Tandis que le gendre refermait sur lui la porte de ce numéro 6 de la rue du Bœuf, sur laquelle était simplement indiqué « Docteur Emmanuel Lalande », le beau-père poursuivit sa progression, à pas mesurés, sur le pavé devenu glissant. À peine avait-il parcouru quelques mètres qu’une femme s’approcha de lui. Son visage protégé par un pauvre châle semblait marqué par le désespoir : elle avait dû pleurer de toutes les larmes de son corps, à tel point que ses yeux rougis semblaient asséchés.

— Maître, Maître, s’écria-t-elle, vous êtes mon dernier espoir. Je suis bien heureuse de vous trouver ainsi, près de votre laboratoire.

Puis, se reprenant :

— Vous êtes bien Maître Philippe, n’est-ce pas ?

— Nizier Anthelme Philippe, pour vous servir. « Maître » est superflu, restons simples et humbles, je vous en prie ; « Monsieur Philippe » suffira amplement. Que puis-je pour vous, chère Madame ?

— Mon fils unique, Maître… Heu… Monsieur Philippe. Il a fait une sorte de transport au cerveau hier, depuis il est paralysé, il ne peut plus bouger, plus parler, et même respirer lui devient difficile. J’ai peur que cela empire encore et notre médecin de famille ne sait plus que faire. Mon pauvre enfant gémit de douleur dès que l’on tente de le déplacer, impossible de le transporter à l’Hôtel-Dieu, cela le tuerait. Oui, Monsieur Philippe, vous êtes mon seul espoir. Vous voulez bien venir le voir, c’est à deux pas, rue de Gadagne…

— Alors allons-y tout de suite, cela ne devrait pas trop me retarder…

Si cette femme faisait appel à lui, c’est que Monsieur Philippe possédait une solide réputation de guérisseur, mieux même, de thaumaturge. Un don naturel, un cadeau du Ciel disait-il, dont il faisait profiter ses semblables sans en tirer le moindre profit. En deux minutes, la rue de Gadagne étant en effet à deux pas puisqu’il n’y avait qu’à traverser la place du Petit Collège pour y accéder, le guérisseur fut au chevet du jeune malade. Il lui toucha le front et aussitôt celui-ci donna des signes de meilleure santé. Il retrouva la parole et parvint à remuer un peu. Dès que sa mère l’eût embrassé, il trouva la force de se lever et de marcher.

— Voyez, dit le thaumaturge à la femme éplorée, c’est à travers vous, sa chère Maman, et à travers l’amour que vous lui portez, que je vais achever de soulager votre fils. J’aurais pu le faire sans même me déplacer, mais ma présence vous rassurait, sans aucun doute. Je vais vous quitter maintenant, j’ai des amis qui doivent déjà m’attendre, ensuite avec mon gendre nous allons rejoindre ma femme et ma fille pour la veillée de Noël…

Il devança sa question :

— Non, vous ne me devez rien, rien d’autre qu’un serment : promettez-moi de ne pas dire du mal d’autrui, jusqu’à ce soir à minuit… En particulier de votre mari. S’il s’absente souvent, c’est qu’il travaille dur, pour vous apporter un peu de confort. Ne le soupçonnez pas à tort, il est peu loquace sans doute, mais c’est un bon mari et un bon père.

— Je promets tout ce que vous voudrez, si cela peut me rendre mon enfant… Je ne calomnierai plus personne, pour le reste de ma vie si vous le souhaitez.

— Ne promettez pas ce que vous ne pourriez pas tenir… Jusqu’à ce soir à minuit, cela suffira, et ensuite vous pourrez assister à la messe en compagnie de votre fils et de votre époux. N’oubliez pas de remercier le Seigneur de la grâce immense qu’il vous accorde.

Monsieur Philippe repartit dans la nuit et le froid. Sous un réverbère il sortit sa montre de son gousset. Il n’était que 17 h 20. Rassuré, il poursuivit son chemin. De son côté, la mère bouleversée s’appliqua à respecter sa promesse. « Comment le Maître pouvait-il savoir, pour mon mari ? », se demandait-elle. De fait, elle fit un accueil chaleureux à son époux lorsqu’il rentra, et la guérison miraculeuse de leur enfant acheva de les réconcilier. Noël s’annonçait des plus heureux. Ce soir-là le couple et leur fils bravèrent le froid pour aller prier en la cathédrale Saint-Jean. Monsieur Philippe avait ramené leur enfant à la vie, comme il l’avait déjà fait pour des centaines de malades ou d’infirmes, comme il le faisait chaque jour en son hôtel particulier au 35 de la rue Tête d’Or, dans le sixième arrondissement. Et la renommée de Nizier Anthelme Philippe s’étendait bien au-delà de Lyon. D’ailleurs, il savait déjà que quelques mois plus tard il se rendrait à la Cour de Russie, à la demande du Tsar Nicolas II. Non que l’invitation lui fût déjà parvenue, mais apparemment il possédait aussi la faculté de connaître son propre avenir. Il savait tout également du passé de ceux qui venaient le consulter, même leurs actes les mieux cachés n’avaient aucun secret pour lui. On le disait encore doué de bilocation, capacité à se trouver en deux endroits en même temps.

Présentement Monsieur Philippe adressait une prière muette au Ciel pour que le fils de cette pauvre femme recouvre durablement la santé. Il eut aussi une pensée pour son gendre, ce médecin venu de Paris deux ans plus tôt et qui, admis dans l’intimité familiale du thaumaturge admiré, était également tombé sous le charme de sa fille unique, et l’avait épousée. Plus qu’un gendre, il était devenu pour le guérisseur un fils et un confident. Quel homme étrange, vraiment, ce Monsieur Philippe de Lyon, que d’aucuns appelaient « Maître », et qui se disait rien de moins que l’envoyé du Père. Une vingtaine d’années plus tôt, il avait vu venir à lui Jeanne Julie Landar, jeune fille condamnée par la médecine, qu’il avait guérie, avant de l’épouser. Jeanne lui avait apporté l’aisance matérielle lui permettant d’exercer son sacerdoce.

Monsieur Philippe revint vers la rue du Bœuf, et il s’arrêta devant le numéro 1. Avant d’y pénétrer il jeta un dernier coup d’œil vers le numéro 6 quasiment en face, vers cette échoppe acquise l’année précédente par son beau-fils, et dont ils avaient fait un laboratoire, où le thaumaturge mettait au point de mystérieux remèdes. L’espace d’un instant il eut la vision de ce que serait ce même endroit un peu plus d’un siècle plus tard, lorsque s’étalerait en lettres d’or sur la façade l’enseigne COUR DES LOGES. Le vieux bâtiment, où les austères Jésuites avaient éduqué des générations de collégiens, allait devenir un hôtel cinq étoiles et un restaurant gastronomique, un symbole de luxe et d’opulence, qui aurait au moins le mérite de redonner à la maison et à sa magnifique cour intérieure tout le charme suranné de la Renaissance, comme à l’époque où les riches marchands et banquiers florentins avaient fait de Lyon une fastueuse capitale européenne.

La porte du 1 rue du Bœuf était un lourd panneau de chêne, austère malgré ses jolis ornements de caissons, dont Monsieur Philippe fit tourner le loqueteau de laiton. La porte s’ouvrit sur un couloir, qu’une modeste lampe parvenait à peine à éclairer, donnant accès à une cour intérieure. Le thaumaturge avança d’un pas lent, en habitué des lieux il savait qu’au bout du couloir il lui faudrait descendre quatre marches. Ces degrés franchis, il traversa la cour où brillaient là encore quelques lampes, une à chaque coin. Sur le côté opposé de la cour débouchait un autre couloir. Cette seconde allée était celle du numéro 24 de la rue Saint-Jean. L’immeuble, ayant appartenu jadis à la famille Laurencin, avait donc deux entrées, l’une rue du Bœuf et l’autre rue Saint-Jean, formant un passage d’un côté à l’autre. C’était l’une de ces nombreuses « traboules » qui dans le Vieux Lyon permettaient de passer d’une rue à une autre sans avoir à faire le grand détour imposé par le manque de rues transversales entre les trois rues principales du quartier, disposées de façon parallèle.

La nuit noire s’était installée maintenant, la cour était déserte. Monsieur Philippe prit une profonde inspiration. Alors, inexplicablement, en quelques secondes tout se transforma, les lampes s’éteignirent et l’on passa de la nuit au jour. Le thaumaturge s’engagea dans le second couloir, arrivé au bout il tira la porte pour sortir dans la rue Saint-Jean, où il fit quelques pas. La rue était animée et, à en juger d’après la tenue vestimentaire des nombreux passants, soit elle était devenue le cadre d’un bal costumé, soit l’époque aussi avait changé, aussi incroyable que cela pût paraître. Des hommes en pourpoint et hauts de chausses saluaient, d’un virevoltant mouvement de leur chapeau emplumé, des femmes élégamment vêtues à la mode de la Renaissance. Si les horloges lumineuses, qui ornent aujourd’hui certaines devantures, avaient existé, elles auraient affiché la date du 24 décembre 1556. On était toujours à la veille de Noël, mais c’était un Noël « au balcon » : le temps était assez clément, presque ensoleillé, la température douce. Le thaumaturge se regarda : lui aussi avait changé d’aspect. Fini le sempiternel costume trois pièces, il portait une cape noire jetée par-dessus un pourpoint indigo à parements argentés, des hauts de chausses d’un bleu céruléen sur des bas de laine assortis, un chapeau plat à plume et une fraise blanche autour du cou. Seul son visage ne s’accordait pas vraiment avec la mode du temps : alors que tous les hommes portaient la barbe, lui continuait à arborer une figure glabre, seulement marquée par ses impressionnantes moustaches.

« Si mon gendre me voyait, se dit-il. Et ma femme alors : elle me dirait que je suis en barboteuse ! » Alors très en vogue, ces hauts de chausses, culottes bouffantes allant de la taille jusqu’aux genoux, nous paraîtraient aujourd’hui totalement ridicules. Mais il faut bien vivre avec son temps, et il faut reconnaître que Maître Philippe avait fière allure dans ce costume. Il avait donc choisi de s’intégrer en plein seizième siècle. Mais était-ce vraiment lui qui avait ainsi remonté le temps ? Ou seulement son image ? Ou bien encore tout cela n’était-il que la réminiscence de l’une de ses vies antérieures, auxquelles Monsieur Philippe, fervent chrétien pourtant, croyait fermement ? Difficile de conclure…

Il se dirigea vers l’immeuble situé presque en face de la maison Laurencin, une demeure possédée par le richissime magistrat Nicolas de Lange, qui se situe aujourd’hui au numéro 17 de la rue Saint-Jean. Demeure modeste en apparence, mais comme pour la plupart des maisons Renaissance sa vraie richesse était à l’intérieur et ne s’affichait pas côté rue. Le thaumaturge saisit le heurtoir et toqua plusieurs coups contre la porte de chêne à caissons et moulures. Après quelques secondes un domestique vint lui ouvrir, bientôt suivi du maître des lieux. Celui-ci frappait par sa haute stature et sa carrure d’athlète, sa longue barbe lustrée, mais ses yeux bleus exprimaient la douceur, la modestie et l’humanité. Il paraissait avoir une trentaine d’années.

— Ah, Maître Philippéus, fit-il d’une voix forte, nous n’attendions plus que vous…

— Je vous prie de me pardonner, Messire de Lange, j’ai été quelque peu retenu en route…

— Ne vous excusez point mon ami, je sais dans quelle mesure vous êtes sollicité.

Les deux hommes pénétrèrent dans le couloir conduisant vers la cour intérieure et vers les escaliers desservant les étages. Un couloir clair, à voûtes nervurées élégantes, dont les croisées d’ogives étaient ornées de blasons sculptés, vers lesquels le thaumaturge leva les yeux.

Nicolas de Lange devina son interrogation et lui précisa :

— Vous reconnaissez bien sûr les blasons qui ornent aussi la façade de la maison Thomassin, sur la place du Change. Il y a l’écusson à trois fleurs de lys, emblème royal de la France, l’autre blason est le parti de France et de Bretagne composé pour moitié du blason de à trois fleurs de lys et pour l’autre moitié de mouchetures d’hermines, emblème de la Bretagne. Ces blasons ont été mis en place à la fin du siècle dernier (du quinzième siècle par conséquent, rectifia en pensée Monsieur Philippe) en l’honneur de notre bon roi Charles VIII et de son épouse Anne de Bretagne, au moment où le couple royal résidait à Lyon. Le propriétaire de l’immeuble à l’époque se nommait Claude Le Charron.

Ce sont ses héritiers qui l’ont revendu à mon père.

On devinait la passion pour l’histoire et les choses anciennes qui animait Nicolas de Lange. Il aimait la faire partager, et sans être jamais pédant il savait passionner l’auditoire des érudits et humanistes qu’il réunissait chez lui régulièrement, depuis qu’il était revenu à Lyon après de longues études. Il reprit, en montrant les sculptures ornant les retombées de voûtes :

— Admirez aussi mes chers petits anges. Intéressants, n’est-ce pas ? Un souvenir de feu mon père, que je n’ai pas connu hélas.

— En effet… Six anges, rangés en trois paires de part et d’autre du couloir.

D’abord une paire d’anges défenseurs, chacun avec un bouclier, puis la paire d’anges dont chacun esquisse un geste de bénédiction ou de prière, enfin la paire d’anges montrant parchemin ou phylactère, les anges enseignants. On passe d’une paire à l’autre, d’un degré à l’autre : Monsieur votre père a bien fait les choses…

— Je reconnais là votre érudition, qui n’a d’égal que votre modestie. Vous êtes digne d’être des nôtres. Mais montons à l’étage, tous nos amis y sont déjà réunis.

Maître Philippéus, puisque c’est ainsi qu’il se laissait nommer en ce temps-là, suivit son hôte dans la montée d’escaliers en vis, formant sur la cour une tour polygonale. Au premier palier ils empruntèrent la galerie à voûtes nervurées, ouverte sur la cour, donnant accès à l’étage noble et à son grand appartement, où étaient réunis les invités, autour d’une longue table dressée dans la salle d’apparat, éclairée par trois grandes fenêtres à meneaux. Une clameur de satisfaction les accueillit.

Nicolas de Lange s’adressa aux convives :

— Mes amis, il est inutile je pense de vous présenter Maître Philippéus, qui a été précédé par sa réputation. Mais il est peut-être bon que je vous présente à lui, car il ne vous connaît point tous encore. Politesse oblige, je commencerai par les dames. Voici donc, mon cher Maître, notre célèbre poétesse Louise Labé, dont vous avez sûrement lu les sonnets récemment parus.

Le thaumaturge acquiesça sans mot dire, troublé par la beauté et par le regard de braise de celle que l’on nommait « la Belle Cordière. » Comment aurait-il pu oublier ces vers torrides où éclatait toute la passion amoureuse de la femme ? Nicolas de Lange continuait les présentations :

— Voici Jacqueline Stuart, qui tient toujours un salon très prisé en sa demeure place du Change, il faudra que vous vous y rendiez un jour prochain. Et puis Jeanne Fournier, ma cousine, qui est aussi l’épouse de Mathieu de Vauzelles, ici présent. Enfin mon épouse Louise de Vinols. Je poursuis par les messieurs…

D’abord nos trois princes de la Renaissance lyonnaise, le poète Maurice Scève, le recteur Barthélemy Anneau, et leur compère le peintre Bernard Salomon. Je continue par Mathieu de Vauzelles que je viens de citer, et son frère Jean, grâce à qui notre pays possède désormais le fameux Discours du songe de Poliphile. Voici encore l’historien Guillaume Paradin, Jean Grolier, Guillaume du Choul, grand connaisseur des anciens Romains, son fils Jean, grand botaniste devant l’Éternel, puis l’écrivain Benoît Court, qui lui aussi s’intéresse aux jardins et aux arbres. Et je terminerai par mon très cher oncle Claude Bellièvre, qui bien qu’âgé et souffrant a tenu à se déplacer pour vous rencontrer.

Maître Philippéus avait compté mentalement : ils étaient dix-sept. La tradition était respectée, depuis le temps où les cénacles qui avaient précédé la Société de Nicolas de Lange réunissaient rituellement dix-sept membres pour monter le soir venu sur la colline de Fourvière. Dix-sept, neuf et huit, soit l’addition du nombre de chœurs des anges et du nombre d’anges dans chaque chœur.

— Mes amis, annonça Nicolas de Lange, j’ai plusieurs nouvelles à vous annoncer. Mais avant tout, ayons naturellement une pensée pour ceux qui nous ont quitté récemment : le grand typographe Sébastien Gryphius, et ma chère mère Françoise Bellièvre. Que Dieu ait leur âme…

Après un instant de recueillement, il reprit sur un ton joyeux :

— Eh bien… Je vous invite à me suivre jusqu’au dernier étage de ma demeure, juste pour admirer la vue…

Intrigués, les invités suivirent le maître des lieux jusqu’au troisième et dernier étage de la maison. Claude Bellièvre arriva le dernier, soutenu par Maître Philippéus, qui était intervenu pour le soulager. Au second étage, ils s’étaient arrêtés quelques instants. Le vieux savant antiquaire avait confié dans un souffle au thaumaturge :

— Je sais que vous pouvez apaiser mes douleurs, et je vous en remercie, mais je ne vous demande pas de prolonger ma vie. Elle a été heureuse et m’a apporté tout ce que souhaitais, je peux me présenter sans crainte devant le Créateur.

— Qu’il en soit alors selon votre désir. Vous avez encore quelques mois à vivre avant que Dieu ne vous rappelle à lui. Je veillerai à atténuer vos souffrances physiques, votre âme pourra ainsi se préparer en toute tranquillité, et je sais que le Royaume des Cieux vous est ouvert.

Allez en paix maintenant....

(lire la suite - L’étrange Noël de Monsieur Philippe # 2)

Texte et photographies © Patrick Berlier - Les Chroniques de Mars numéro 15, novembre 2014.

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