Michel LAMY – Le mystère en pleine lumière

Patrick Berlier nous avait déjà enchantés avec son ouvrage dédié à la « Société Angélique ». Quel plaisir de le voir poursuivre sa « queste » dans cette voie.

Lorsque j’ai écrit Jules Verne, initié et initiateur, paru en 1984 chez Payot, j’ai vivement souhaité que d’autres chercheurs prennent la suite et auscultent, notamment, la littérature du XIXème siècle, une période carrefour de la pensée. La science est alors en passe de prendre la main et s’installe en maîtresse des esprits. Pour autant, d’autres dimensions continuent à opérer et se réfugient dans l’ombre, préservant un enseignement initiatique qui franchit les siècles.

Patrick Berlier est passé maître dans ce type de recherches, sachant que toutes les réponses ne se trouvent pas au sein d’une rationalité désincarnée. Vous connaissez sans doute l’histoire de l’homme qui a fait tomber ses clefs de voiture la nuit au bord d’un trottoir. Il cherche, cherche, mais ne les trouve pas. Pourtant, elles sont très près de lui, mais il cherche dans le halo de lumière fourni par un réverbère, ébloui par ce qu’il considère comme évident : la recherche doit se faire dans la zone de clarté. Ses clés ne sont pas loin mais il ne les voit pas car elles sont tout juste au-delà du halo du réverbère.

Patrick Berlier n’appartient pas à cette catégorie de personnes qui s’emprisonnent dans des théories toutes faites qu’on lui apporterait sur un plateau. Il prend du recul, analyse, déduit, vérifie, continue la recherche et persévère fut-ce au-delà du halo du réverbère, et il trouve. En le suivant dans ses travaux, il n’est pas impossible que vous attrapiez le virus et que vous vous lanciez vous-même dans des recherches, si ce n’est pas déjà le cas.

Cela peut paraître un peu fou de se dire que Jules Verne, dans l’ensemble de son œuvre, nous parle non tant de science mais de mystères, de sociétés secrètes ou discrètes qui ont formaté durant des siècles une partie de la littérature et qui le font parfois encore. Fidèle aux enseignements de Grasset d’Orcet, Jules Verne utilise une langue « blasonnée », comme l’aurait qualifiée Gérard de Nerval. Ses romans cachent, occultent, d’autres récits pour mieux les révéler à ceux qui en comprennent les clés.

Lorsque vous lirez ce livre, il vous arrivera sans doute de vous interroger : ne s’agit-il pas de coïncidences ? Après tout, on vous a généralement présenté Jules Verne comme un précurseur, un inventeur de techniques nouvelles, un chantre du progrès, rarement comme un membre de société secrète. Chercher un autre texte derrière le texte est-il légitime ?

Faites confiance à Patrick Berlier et vous verrez au fil de l’ouvrage qu’il ne peut pas s’agir de coïncidences. Il existe bien une autre histoire, une autre signification derrière les apparences des romans.

Patrick Berlier a beaucoup cherché, beaucoup travaillé, pour être certain de ne pas s’égarer. Ses recherches sur la Société Angélique l’ont sans nul doute beaucoup aidé. Et encore, il pourrait en dire bien plus sans doute. Il évoque par exemple une société secrète corporatiste qui regroupait des imprimeurs, des typographes et des cartiers, mais aussi des peintres : l’AGLA, un nom très angélique. Si vous voulez vous convaincre de l’intérêt de cette société, intéressez-vous aux peintures des frères Van Eyck.

Leurs tableaux sont à regarder de très près, détail par détail et pas seulement comme une vue d’ensemble. Dans certains tableaux de Jan Van Eyck vous verrez apparaitre le mot AGLA dans les motifs de tapis, comme une signature, signifiant qu’il faut redoubler d’attention pour percevoir le message de l’œuvre. Vous rencontrerez également des vêtements richement ornés de perles et brodés. Si vous n’y prenez garde, vous avez toutes les chances de passer à côté de l’essentiel car les perles et autres broderies écrivent des phrases entières, camouflées par les couleurs et les mouvements des personnages. Pour s’en apercevoir, il faut absolument sortir du halo du réverbère.

Patrick Berlier est un véritable chercheur qui fouille les textes comme un archéologue fouillerait un site, patiemment, méthodiquement. Lorsque vous aurez lu son livre, vous ne pourrez plus lire Jules Verne avec le même regard. Vous saurez ! Vous saurez que l’écrivain qui éduquait la jeunesse au travers des Editions Hetzel, parlait aussi à qui savait l’entendre, de sociétés secrètes, de rituels, de Franc-Maçonnerie, de Rose-Croix, d’ordres forestiers, et de grimoires comme l’extraordinaire Songe de Poliphile.

Jules Verne vous emmènera aussi sur les chemins du Razès , au sud de Carcassonne, entre Rennes-le-Château et le Bugarach. Il ira jusqu’à imaginer, dans Robur le Conquérant , un vaisseau survolant les actuels Etats-Unis et suivant un méridien, passant au-dessus d’une montagne noire, d’une ville fortifiée aux remparts garnis de créneaux, de châteaux du moyen-âge. Il n’y a pourtant aucune chance de trouver de tels sites aux USA. Par contre, si vous suivez le méridien de Paris du nord au sud, vous survolerez effectivement la Montagne Noire, puis Carcassonne, le Château d’Arques, etc.

D’ailleurs la montagne dans laquelle Robur se réfugie dans un roman suivant : Maître du Monde, le Great Eyry, est représentée par une gravure qui illustre le roman de Jules Verne et c’est très exactement le Bugarach.

Avant de vous laisser dévorer l’ouvrage de Patrick Berlier, je voudrais soulever un point important. Sachant que les mêmes thèmes concernant le Razès, et d’autres points mystérieux que nous rencontrons chez Jules Verne, se retrouvent, également voilés, chez d’autres auteurs contemporains du maître, il est plus que probable que ces différents écrivains puisaient leur inspiration à une même source.

Dès le départ, Patrick Berlier nous le rappelle, en citant ce qu’écrivait Jules Verne dans Cinq semaines en ballon : « Je ne poursuis pas mon chemin, c’est mon chemin qui me poursuit ». Et dans Matthias Sandorf il ajoutait : « Mais le conteur possède comme une sorte de seconde vue qui lui permet d’écrire ce qu’il ne lui a pas été donné de voir ». Cela signifie-t-il que la Société Angélique lui fournissait régulièrement des éléments propres à développer son œuvre ? Pour ma part j’aurais tendance à le penser.

Il est un auteur qui a connu Jules Verne et qui lui vouait une admiration sans bornes : Raymond Roussel. Lisez Locus Solus, il est écrit avec des méthodes de cryptage proches de celles de Jules Verne. Et en plus, Roussel avait pris la précaution de déposer ses manuscrits dans des cartons confiés à un garde-meubles avec pour consigne de ne les faire parvenir à la Bibliothèque nationale que cinquante ans après sa mort, ce qui fut fait. On s’aperçut alors, entre autres surprises qu’il existait trois versions de Locus Solus, les noms des personnages changeant d’une version à l’autre. Le nom de l’héroïne fut successivement Hélo, Blanche et Aude. Or l’eau blanche de l’Aude fait songer à la Blanque qui nait sur les bords du Bugarach. Quant au savant de Locus Solus, dans l’une des versions il s’appelle Boudet...

La Société Angélique ne manquait pas de références.

Accompagnez maintenant Patrick Berlier, sans crainte de vous égarer, embarquez dans le vaisseau que constitue cet ouvrage qui ramène le mystère en pleine lumière.

Bon vent.

PRÉFACE de Michel LAMY au livre de Patrick BERLIER - JULES VERNE - Matériaux cryptographiques - CHRONIQUES de MARS © - No 17, juin 2015.


Chroniques de MARS // Interview de Jules Verne

Michel LAMY // Le mystère en pleine lumière

Entretien avec Patrick BERLIER // Jules Verne – Matériaux cryptographiques #1

Entretien avec Patrick BERLIER // Jules Verne – Matériaux cryptographiques #2

Entretien avec Patrick BERLIER // Jules Verne – Matériaux cryptographiques #3

Entretien avec Patrick BERLIER // Jules Verne – Matériaux cryptographiques #4

Michel GRANGER // Jules Verne, visionnaire ou prophète ?

Patrick BERLIER // Jules Verne et la carte de l’abbé Boudet

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Patrick BERLIER // Jules Verne – Matériaux cryptographiques - Sommaire

Emmanuel RIVIERE // Jules Verne dans l’espace

Patrick BERLIER // Le Pentacle de Jules Verne

Jean-Louis SOCQUET-JUGLARD // Jules Verne et la Serre de Bec

Patrick Berlier // Du dé du Serbaïrou au château des Carpathes

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